‹ L'évêque Gozlin, ou, Le siége de Paris par les NormandsChapitre 1 sur 46 · H DCCC XXXII · texte numérisé non relu

H DCCC XXXII

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Seriez-vous curieux de connaître,

Et V auteur ,

Et le traducteur,

Et Vannotateur

de la vieille Chronique que je mets en lumière , comme on disait autrefois ?

L'AutEUR, dont j'ai découvert le nom à la dernière page du manuscrit qui contient cette morale et dévote Chronique , s'appelait JP oly carpe Joculat. Il vivait dans le ix* siècle, était moine , et de plus chapelain du château de Rollonville. — Voilà tout ce que je sais de Fauteur.

Le Traducteur de son œuvre, c'est moi,

ij PREFACE.

aujourd'hui concierge du château qu'habitait le saint homme.

Que cette qualité de concierge ne vous donne pas de moi une opinion trop désavantageuse : j ai toute raison de croire que mes ancêtres étaient , il y a quelques siècles , seigneurs de PtoUonville.,. Mais ce n'est point ici le lieu d'exposer par quelles vicissitudes j'ai été dépouillé des titres et des biens de mes aïeux.

Mon nom est ff^andrille Leberneur. C'est du moins celui que m'ont donné mes voisins, de bons paysans , que je me plais à rassembler, tous lés dimanches, sous le portique du château , pour leur cx)nter des histoires , du vieux temps.

Je voudrais bieji vous dire quelque chose de mon château ; niais je craindrais que vous n'y prissiez aucun intérêt.

Permettez-moi seulement de vous apprendre que c'est un des plus antiques édifices de cette Neustrie où il existe encore tant de monuments des siècles passés ; qu'il est éloigné de toutes les grandes routes ; que , du haut

PRÉFACE. iij

de l'une de ses tours , on découvre une vaste plage parsemée d'écueils ; et qu'enfin il est entouré d'une sombre forêt de chênes , dont plusieurs sont aussi vieux que ses bastions , sa chapelle et son colombier.

C'est à présent la propriété d un brave capitaine de vaisseau marchand , qui l'a acheté pendant la révolution, 11 ne l'a visité qu'une seule fois ; mais il se propose bien de venir y finir ses jours lorsqu'il sera las de parcourir les mers.

Il m'a conservé, en attendant, le titre et toutes les prérogatives de concierge. Je pourrais donc disposer à mon gré de tout le château; mais , modeste dans mes goûts, je me contente d'habiter la tour soùs le toit de laquelle sont déposées le$ archwes.

Là je mène une vie tranquille , mais qui ne serait pas sans ennui , si je n'aimais passionnément la lecture.

N'allez pas croire que , pour satisfaire ce besoin de lire, je m'entoure de tous les ouvrages nouveauK dont Paris inonde les pro*^

IV PREFACK»

vin ces ; non. Voici tout ce qui compose ma bibliothèque :

Une grosse Biblb, oùl j'ai noté les maximes sages et vraiment morales que j'y ai trouvées, et où j'ai rayé tout ce qui m'a paru absurde, dangereux , antisocial;

Les deux grands poèmes d'HoMÈRE, où je n'ai rien rayé, que je sais par cœur ( ou à peu près ), et que je relis toujours ;

Un ShaK^speare , don précieux d'un Anglais qui vint ^ il y a dix ans , passer plusieurs mois dans le château , et qui m'apprit sa langue.

Mais il faut dire que, dès que je suis las d étudier mes auteurs favoris , je monte aux archives qui sont sops ma garde ; que j'y range chronologiquement les nombreuses chartes et pièces de tout genre qui y sont entassées^ et que je tâche de les déchiffrer.

Il y a , dans mes archives , un vieux coffre, tout vermoulu , qui n'existerait plus si les ais nen étaient contenus par de larges bandes de fer, et s^il n'était presque tout couvert de gothiques ornements en bronze.

PRÉFACE. y

C'est dans cette huche ( nos pères appelaient ainsi les grands coffres ) qu'ont été successivcunent déposés , pendant des siècles j nombre de poèmes et romans de chevalerie ; des lais ; des fabliaux de toute espèce, tant mondains que dévots, tant moraux que licencieux.

Vous devez bien penser que, de préférence, je fouille souvent dans ce meuble-là.

Un jour, je trouvai , tout au fond du coffre, une chronique écrite en mauvais latin , dans laquelle étaient racontées les aventures d'un certain évêque Gozlin , à l'époque où les Normands assiégèrent Paris.

A peine j'en eus parcouru quelques pages que le désir me prit de traduire l'ouvrage entier. ( Je dois vous prévenir que je sais le latin, et même un peu le grec : j'en ai l'obligation au précepteur du fils aîné de l'ancien possesseur du château , qui , voyant que son élève ne voulait point étudier, me prit en amitié , et m'instruisait à sa place ; mais il fit la sottise d'émigrer avec monseigneur et sa famille. )

' Lecteur, c'est cette traduction que je vous présente avec humilité, avec un juste senti-

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