LA RELIGIEUSE O ARGENTEUIL. II
gand ,. je me trouvai tout près de^ premières maisons du village où je me rendais. Mais le cœur me faillit quand je vis qu'elles étaient sans portes , sans fenêtres , et qu'elles avaient été presque aQssi dévastées que mon couvent. En avançant toujours ^ je m'aperçus pourtant que plusieurs cabanes avaient été épargnées. Dans l'une, un peu de lumière sortait d'une lucarne eotr'ouverte ; je ne balançai point à frapper à la porte. On m'ouvrit , et je vis un vieillard et sa femme qui , à la lueur d'une lampe de terré', assis près d'une petite table , faisaient un frugal souper. « Quoi ! s'écrièrei^t-ils tous deux , avec une grande surprise, en me voyant entrer, une nonne!.... » Je leur dis alors coinment, par une espèce de prodige, je venais de sortir vivante du milieu des ruines du monastère. À mon récit, uue douce pitié se peignit dans leurs regards. Us m^invitèrent à m'asseoir sur leur banc , me sévirent du pain et du laitage , que je dévorai avidement.
« Quand j'eus satisfait le besoin de la faim , je les priai de m'instruire des causes de l'incendie du monastère. Ils m'apprirent aussitôt qu'une assez forte garnison, laissée par les Normande au château de Charlevanne , ayant été informée que les Francs d'Austrasie avaient égoi^é, par trahison, un chef normand, avait résolu de
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s'eD venger sur les Francs de là Neustrie par le pillage et le meurtre; que le9 Normands avaient commencé par dévaster ce village ^ ap^ pelé Vezunum ^ , et n'avaient épargné que les cabane^ des vignerons et des labou|;^jur$ , parce qu'ils y pouvaient trojuver des approvisionne-
-^ments, pour leur forteresse voisine , en vivres et eu vin; pais qu'ils St'étaient répandus à l'im* proviste dans la plaine , ' avaient pillé de préférence le couvent d'Argentolaium , le plus riche de la contrée ; qu'ils avaient violé , et ensuite emmené, dans leur fort, la moitié, au moins, des nonnes mes compagnes ; que l'autre moitié) l'abbesse à leur tête, était parvenue à s'enfuir, et s'était sauvée ches^ les moines de Saint-Denis. « Quand ils eurent fini ce triste récit , je leur dis : a Et moi^ que devièndrai-je ?» Le vieillard réfléchit un moment, puis répondit : « Je ne <c vois qu'un moyen de vous soustraire aux Nor- « mands : c'est d'aller, cette nuit même, rejoin- « dre vos compagnes à Saint-Denis. Mon fils, tf ce grand garçon qui vous a ouvert notre por- « te, sera votre guide ; et , pour peu que vous a marchiez bien , demain dans la matinée vous
. « pouvez être arrivée à l'abbaye de Saint-Denis, a quq son prudent abbé a fortifiée de manière à
* BesoD*.
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« ne pas craindre les insultes des Normands. » «Au nom de Tabbë de Sainte-Denis, à l'idée qye je retrouverais là llnfàme abbçsse, nia plus cruelle ennemie , j'éprouyài un sentiment d'horreur , et m'écriai avec un geste d'^pou,vante : a Jamais , jamais , jç n'irai à Saint*Deni$ ! Plutôt « mourir^ plutôt être égorgée par les Nor*' « mands ! » £t j'ajoutai que , pour me refuser à une ^oposîtion qui paraissait si raisonnable , j'avais de puissants motifs , que je pe pouvais découvrir. Ils n'insistèrent plus; mais le vieillard se mit de nouveau à réfléchir. « Je me creuse ixen vain la tête, dit-il; je ne trouve rien de « bon , rien de praticable ; et pourtant , je vous « dis à regret, vous ne pouvez rester parmi nous, «pour peu que vous vouliez conserver vptre ^ honneur , peut-être même la vie. Il ne se passe « point de jour que des Normands de la garni- « son du fort ne Tiennent nous demander des « fruits, des légumes; ils se reposent dans notre « cabane, parcourent notre jardin et nos champs. « Il nous serait impossible de vous soustraire à « leurs regards , un jour seulement. Puisque vous « refusez de vous réfugier à Saint-Denis, il fau*^ « dra bien retourner dans votre ancienne de* *« meure , au monastère. Là , vous serez plus « cachée que nulle part ailleurs. Quel mo<^ « tif pourrait attirer les Normands dans ces mon*
lao CHAPITBE Yil.
« ceaux de ruines , où Us ne peuvent désormais « trouYer le moindre butin ? Tâchez de vous y « arranger le plus commodément possible. Cha- « que nuit, et n'en doutes pas, l'un de nous, « et qudquefois tous, eu £unille, nous irons « vous porter des vivres pour le lendemain.
m Mais vous êtes trop lasse pour vous remettre en « route à l'instant même ; reposez-vous quelques « heures sur le lit de ma femme, et , dès qu'il « fera un peu jour , vous partirez pour le mo- « nastère ruiné avec mou fils. Qui sait si vous « serez forcée de vous cacher long-temps à tous « les yeux ? Ou je» me trompe fort , ou les 'Sot- « mauds se préparent à une guerre contre les « Parisiens. Ils ne disent pas leur secret ; mais je « ne doute point que , pour mircfaer sur cette « ville , ils n'attendent des renforts qui ne peua vent pas tarder d'arriver. Peut-être ces nou- «c velles troupes sont-elles tout près de nous : « j'ai oui conter que , tout récemment , à l'em^ « bouchure de l'Oise dans la Seine , ils s'étaient « emparés d'un fort, que les Francs leur ont livré «c par capitulation ; qu'ils avaient là des milliers a de barques toutes prêtes à remonter la Seine. a Croyez que, lorsqu'ib se seront dirigés en « masse , comme ils font toujours , vers Paris , « on pourra voyager sans crainte dans tout ce a pays^i. Vous leur échapperez alors sans peine ;
LA RELIGIEUSE D AHOENTEUIL. 121
«et moi, malgré mon âge* je m'engage à vous « conduire où vous voudrez , dans quelque cou- « vent, fut41 situé sur les rives de la Loire, à «Tours, par exemple, où il y a tant de cou- «vents, et où les Normahds ne se sont point « encore présentés. »
«Je souscrivis à tout le plan du bon vieillard, tant je le trouvai raisonnable et juste. On me plaça dans le lit de âa femme , où je m'endormis profondément. Le matin, avant même que le soleil parut , on m'éveilla ; il fallut partir , et bientôt après, je me retrouvai dans le cachot de mon couvent , avec ma quenouille et mes fuseaux.
«r Pendant deux mois entiers je suis restée dans cette solitude. Chaque nuit , mes fidèles villa* geois venaient me visiter , et m'apportaient des vivres de toute espèce : je ne manquais de rien. Ils amenaient le plus souvent avec eux des voisins à qui ils avaient raconté mes malheurs , ma résignation, et de la discrétion desquels ils étaient certains* Je leiu* récitais des psaumes; nous chantions ensemble des cantiques, des prières. Obligés qu'ils étaient de vivre, pour ainsi dire , au milieu de païens , et de paraître abjurer leur religion pour n'être pas persécutés par eux ', il leur était doux de pouvoir au moins se livrer en secret à quelques pratiques
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chrétiennes : je leur ^enraîs de prêtre , &ute de mieux.
«Mais combien les jours me paraissaient longs et tristes ! Dans là crainte d'être aperçue , je n'osais sortir, si ce n'est, qudquefoid, de trèsgrand matin : je parcourais alofs, pendant une heure, les ruines du monastère; j'en étudiais les détours, cherchant les lieux où je pourrais me réfugier, si, par quelque funeste événement , mon asile était découvert. J aurais pu tracer le plan de ce vaste labyrinthe de décombres. Je rentrais précipitamment dans ma tanière, dès que je supposais arrivée l'heure où les hommes reprennent leurs travaux.
«Le généreux vieillard qui m'avait si bien accueillie s'apercevait, non sans douleur, des secrets ennuis qui me dévoraient. La nuit dernière, lorsque nos chants avaient cessé, il me prit à part , et me dit : « Vous êtes trop malheureuse ; « vous ne pourriez pas vivre plus long-temps « ici. Les Normands, qui semblent toujours prêts <c à déguerpir, restent toujours. Je vous condui- « rais' bien à Paris , où vous pourriez implorer <c la protection de l'évéque Goziin et du comte « Eudes ; mais je n'ose approcher de cette ville, a Si l'on y venait à découvrir que je sers les No^ « mands , que je leur ai prêté sermbnt de fidé- «lité,on me ferait périr comme traître à la
LA RELIGIEUSE d'aRGENTEUIL. I a3
«patrie. Je n aurais àudutie grâce à espérer, sur*^
« tout de l'évéque Gozlin , le plus dur , le plus
a cruel des prêtres , et qui . ne pardonne point ,
« même aux pauvres - gens qui , comme nous ,
«sont ob%és de reopncer, en apparence, à leur
« religion, pour conseryer leur vie et la subsi^
<t stance de leurs enfants. Je me suis donc arrêté
K à un projet dont l'exécution ne présente aucun
« danger ni pour vous , ni pour ma femme. Le
« comte Eudes a une sœul* qui habite tout près
ff de Paris. On assure qu'elle est douce , gêné*
« reuse , compatissante autant que belle. Il faut,
« dès demain , vous présenter devant elle : elle
« vous accueillera, j'en suis sûr; peut-être, vous
« placera parmi les femmes qui forment sa suite
«La nuit prochaine, ma femme vous apportera
« des habits de villageoise , dont il £siudra vous
« vêtir , afin que vous puissiez passer avec elle
« sur le territoire des Normands, et même sur
^ celui des Parisiens, comme de simples paysan-
« nés qui vont vendre leurs denrées à la ville.
^ Une fois parvenue au palais de la jeune Ade-*
« linde ( c'est le nom de cette excellente créa-
« ture ) , vous pouvez être tranquille sur votre
«sort. Elle est aimée dans tout le pays, et la
^ voix unanime de tout un peuple n'est jamais
« meuspngère. »
(Adelinde, à ces mots, baissa ses grands yeux;
ia4 CHAPITRE VU.
elle paraissait confuse. Adalbert k regardait , souriait ; urtrayon de joie brillait dans ses regards.)
n Je sautai au cou du bon vieillard; je pleurai sur lui. J'^q^prouvai tout son plan, et l'assurai bien que j'étais prête à suivre sa digne femme partout où elle me conduirait.
<K Ce matin , quand je me suis réveillée, avec quel plaisir j'ai pensé que j'allais donc enfin quitter mon effroyable séjour , qu'enfin je respirerais librement et sans crainte! Je me promettais bien , à force de soins , d'attentions , de gagner la confiance , l'amitié même de la noble protectrice qu'on voulait me donner. J'arrangeais dans ma tête tout ce que je lui dirais à notre première entrevue , pour l'intéresser en raa faveur. Les seuls biens que je possède au monde sont une monnaie d'or , sur laquelle est l'effigie de mon père Charles, et une croix aussi d'or, que je tiens de ma mère , et qui n'a jamais quitté mon sein. « Je lui présenterai, me'disais-je, la médaille d'une main , en lui disant : ce Accueillez l'orpheline au nom de son père y*^ dont voilà le portrait» ; de l'autre, la croix, en ajoutant : «C'est le gage de ma fidélité. »
(•En cet instant , Nitard qui écoutait ce long discours, plongé dans un ravissement qui ressemblait à l'extase, fit un mouvement, et ouvrit la bouche pour dire sans doute : « Faites vos
LA RCLIGIAUSE J) ARGENTEUIL. 1^5
(Ions à la noble Adelinde ; elle est là , tout près de VOUS)»; mais Adelinde, le regardant fixement, posa un doigt sur ses lèvres. Nitard comprit ce signe et se tut. )
« Ces doux projets et de ravissantes rêveries m'occupaient encore vers le soir, lorsque j'en* tendis résonner, dans les corridors, des pas vifs et légers ; et bientôt après, se précipita dans mon cachot une biche blessée par un javelot qui tenait encore à son flanc : elle tomba expirante à mes pieds. £t aussitôt r se fit entendre le chas* scur qui la poursuivait ; mon sang se glaça dans mes veines , quand il descendit Fescalier qui con* dttisait à mon asUe. Lui-même, en me voyant, fit un mQUvement'de^urprise'j.et riant ensuite aux éclats :. « .Ah !' s'écriarti-il. , pe. gibier rci vaut biea Tautre., Dites^^^idi/ la . belle ,.*^€iis: -attendez s^ti^ dpute'qnï^lque.atoant.dans cette solitude?, mais^ p^r Odp^ e^ i^îendirait-il di^^ en viendrail*il vingtyils nQ.yorust^ux^^^ront.pasdelme^ mains.j> J'ayàis. baissé rnop voile; il voulut me l!arrîachei?.
Ce v^ite que jerefenais avec force^Be .déchira de part en part dans notre Vitte. . tfMutine rs'écria*t-il alors, vous avcîz.bien tort de vouloir,. mé cacher cette aimable figure. » Et , me serrant Ja, taille dun bras nQrveux,il approcha de mes lèvres sa bouche hideuse. Mes larmes coulaient, je me sentais défaillir: je le suppliai, en gémissant, de
ne me. faire aucune violence. "Le bras qui me pressait fortement se relâcha lin peu ; je tombai à ses pieds et je baisai une de ses mains. « C'est « bien, dit-il; mais il faut me suivre : j'ai hâte <K de sortir de ce vilain trou. Je vous logerai mieux a dans notre forteresse. » Je sentis que toute résistance était inutile; je promis tout ce qu'il voulut, espérant qu'une fois hors des ruines, je pourrais trouver quelque secours contre' la violence. Quand il me vit si docile : « Marchez de- « vant moi , me ditnl , car sans doute vous cona naissez mieux que moi les détours de ce laby- « rinthe : je craindrais de n'en paâ trouver de <ç iong-»temps l'issue: mais par tous les^ habitants «de Walalha,. ne cherchez pas à vous enfuir, flé voua vous en repentiriez. »£t,en même temps il tira son épéCr Je4S0rtis du cachot ;ât marchait à deux pas demoir Quand nous fûmes parvenus sur les décombres extérieurs , j'aperç&s . votre barque qui descendait le fleuve; et me trouvant près d'un monceau de pierres, qui nous sépa* rait d'un petit sentier que j'avais tracé ipoi-inéme autrefois dans les ruines,' légère, comme je suis, je sautai par -dessus; il voulut aussi franchir le tertre pour me saisir; mais une pierre roula sous ses pieds, il «tomba à la renverse : je vis qu'il s'était blessé au cri qu'il jeta , et qu'il accompagna d'un affreux jurement. Je profitai de cette
LA 'RELIGIEUSE l> ARGSlfTEUIL. lay
heureuse circonstance ; j'arrivai avant lui dans la plaine , et courus vers votre barque : vous savez le reste. Il n'a pu m'atteindra , et vous m'avez sauvée. »
Quelques instants de siUn cesuivirent ce long réciu Adalbert cherchait à lire dans les yeux de son amie , avant de faire aucune confidence à l'étrangère. Il y découvrit tant de bienveillance, tant d'intérêt pour elle, qu'il crut pouvoir lui parler ainsi :
« Odille , vos malheurs touchant à leur terme. Cette belle et généreuse Adelinde dont vous alliez implorer la protection , elle Vous cohnatt , vous plaint ; déjà peut-être, vous a choisie, dans le secret de son cœur, pouï s^ compagne chérie... N'est>-ll pas vrai, Adelinde?».
A ce mot, Odille se tourne vivement vers Adel^ikie : « Quoi! vous seriez ?.... » et elle allait se jieter à sespieds; mai^ Adelinde lui prend là main, qq'elle pressé contre sa poitrine :
« Ah! restez toujours près de nous, vertueuse Odille. Vous serez pour moi comme une sœuf .
Hélas! j'aurai peut-être plus besoin de votre appui que le mien ne vous sera utile.... Une vie nouvelle commence pour moi; Dieu seul sait si je ne suis pas destinée à de grandes infortu-
nés !... » En même temps une larme vînt mouiU 1er ses paupières.
Odille remercia tour à tour les deux amants, leur promettant une fidélité , un zèle à toute épreuve. I^ bonheur qu'elle éprouvait donnait de la vivacité à ses yeux , des couleurs à son visage, jusque là si pâle et si terne. Elle était redevenue belle, mtard la regardait avec admiration, a .Voilà , disait-il tout bas , comme était ma Pétronille ! Je crois la revoir dans cette autre religieuse. »
La barque passait en ce moment tout près du. tiameau .de.Yeziinum. Odille vit la maison Q\x elle avait trouvé de3 êtres, si purs et si bienfa^s^a^t^ «Adieu! s!écria-t-ell^ , bons villageois, vous qui fûtes ine^ .pr^ipiers sauveurs. 'Que la bonté du cie! se répand^ à jamais sur votre hamieaju., Hélas. l ,cette nuit .méniç, vqus irez;, j'en Sffi^, sûrç , au monastère ; vou3 y apport^re? pour moi d^s véfBiaeots simples comme vos cœurs... Quelle sera , votre, surprise, votrp inquiétude, qu^ud v,Qus trouverez mon cacbQt vide. Vous appellerez^ votre. Qdille> ^Ue ne pourra plus vous répondre ! » .
Adelinde aurait voulu qu'on abordât près du hameau, que l'on y descendit pour informer les bienfaiteurs d'Odille du sort de leur pauvre re-
Ik AELIGfEUSE D ARGEJf TEUIL. laÇ)
cluse; mais Âdalbert représeata que le jour bais* sait, et qu'il inaporlait de ne pas arriver trop tard à Charlef^nne. A ce mot , Odille frémit de tout son corps; elle regarde avec effroi Adalbert, Adelinde » Sfitard. -
« Où suis-je ? s'écrié-t-elle ; m'avez^vous trompée? Vous paraissez des Francs, et c'est chez les Normands qiie vous .allez! Oh! que deviendrai* je? ma joie a été courte.»
Adalbert sourit: a Bassurez-vous, aimable ^ mais soupçonneuse Odille. Les Normands ne sont pas tels que les représentent vos prêtres ; vous trouverez chez eu:i^ hospitalité et bonne foi. Votre vertu y sera plus en sûr^é , votre pu^ daur auva moinâ à soufibir que parmi vos moidjea de Saint-Denis. »
Adelinde s'iapprochà de l'oreille d'OdîUe, et lui dit tout bas 2 « Croyez à ce qu^il vâûs- dit, ma' bien chère compagne. Adelinde voudrait*eUe vous exposer à de nouveaux dangers? Ce soir, quand nous serons seules , je vous dirai tous mes secrets.^. £n attendant, contraignez -vous, s'il vous est possible ^ jusqu'à ne pas montrer [trôpi d'horreur pour les Normands. »
Tout ce que put faire Odille , ce fut àe ne pa<* Paître qu'inquiète. Adalbert cherchait à la distraire. Quand , sur Tune ou l'autre des rives de la Seine , ils voyaient de loin quelque mona-
l3o CHAPITRE VII*
stère^ il racontait l'histoire de sa fondation, celte des miracles qu'avait opérés le saint ou la sainte qu'on y honorait. Odille était charmée de la haute instruction de ce pieux jeune homme, comme elle l'appelait ; )elle était tentée de voir en lui quelque prêtre déguisé.
La barque continuait de voguer, lorsqu'Adalbert s'écria: a Ah! je les aperçois enfin les hautes tours de Charlevanne ; voyez comme le soleil les éclaire de ses derniers rayons ! Voyez comme elles se dessinent sur le vert sombre des chênes qui ockivrent Buchivaliis * !
s A l'annonce de leur prochaine arrivée à Charlevanne, les deux femmes sentirent une vive émotion , chacune par des sentiments bien différents. L'une se disait: « Comment accueille^ ix>nt*-ils la sœur de leur plus constant ennemi, du comte Eudes ?» L'autre : « Tout ce que je puis espérer de mieux , c'est de devenir l'esclave def l'uifi des chefs de ces barbarçs. »
' Adalbert, debout au milieu de la barque, encourageait Nitard à ramer plus vivement. Il admirait les environs de Charlevanne, la verdure des îles qui rompaient^ en cet endroit, le cours du fleuve.
*" Le Val des trous, — Pe Buchivaliis on a fait Dougivah
LA RELIGIEUSE d'aBGEVTEUIL. |3i
Bientôt après, il lui ordonna d'aborder au plus prochain rivage. Ils étaient en face mémo du fort des Normands ; et nos quatre voyageurs descendirent à terre.
CHAPITEE TlIt.