LA CH£^18£ DE JLA VISAGE
« chemise de la bienheureuse Vierge Ma^ici ^ « mère du Sauveur des hommea. Depuis qnt « cette inappréciable chemise est dans nosioiirs^, « nous ne craignons plus, ni les incendias, ni « les. pestes/ ni les -guerres. Le feui^i^end^l . à a quelque maison de la ville ? on va chercher l;i « relique à la cathédrale ; et le feu. s'éteint , et « il ae se communique point aux maisons voi- « sines. Voyodosriious mourir par centaines^ de la « peste, nos concitoyens; des brigands ravagent* c< ils nos campagnes, et menacent-ib nos murailles? « nous invoquons là vertu <de la saiale chemisé >; « et presque toujours, à moins qu'il n'y ait parmi « nous quelque hérétique, quelque juif maudit, « la . mort cesse peu à peu de frapper, et les «. ennemis se dispersent. .1
ff^£h bien L c'est ce trésor, unique dans le 4c monde, que nous consentons, nobles et illufa»- «( très Parisiens, à vous confier pour toiuft le « temps que durera le siège de. votre viflei; msàb^ «à cette condition que, dès que les barbares se « seront éloignés , ce que vottS:deVrez in&iUible- Mmient à. notre xhemise , vous la.rémefctfiez inr « tacte,.sans qu'il manque un seul £1 dfu;> tissu>, «aux trois dignes bourgeois que isous députons « vers vous, et qui ont reçu l'ordre exprès' de ne « jamais la perdre de vue, ni le jour, ni la nuit. »
ce Celte missive était couverte des signatures
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de tous les principaux inembres du clergé de Pâncîen pays dm ^iSarnutes ; H plus bas , de celle dii eomVù de Chartres.
«Tout le peuple, après la lecture^ a £ût retentir réj^Use des eris : « Vivent les boui^eois de (^lartres!... Honneur et gloire à )â phemise de la Vierge I »
« L'éTéque Gosdlin n^ paraissait pas partager Tenthousiasme ||ép[iéraL Cependant ^ il n'a rien négligé pour Tèntretenir et même l'augmenter. Il A feit allumer des cierges; et^ après âYoir rckanté Phytene : Sak^e, f^ina mu^dil' il est venu^ les yeux r^spectueuseopœnt baias^, ouvrir la bcMte dorée , et en a tiré une tunique Jaune et très^ssde, qu'il a déployée aux yei»x de TasseDOblée. L'admiration du peupb pour cet objet sacré s'est manifestée par de nouvelles clameurs , des soupirs et des larmes. Gozlin a aussitôt ordo Acié que^ demain, par ime £lte solennelle, dans laquelle il serait expressément défendu à tout habitant de se livrer à aucune espèce de
travail « on céiébrarait l'arrivée de la saibte obe*
mise dabs les murs de Parisrj et que,, tant «pie ^ette cité aurait le bonl^ur.de la conserver, les déput^ chartrains seraient logés ^t nourris dans la câthédrade même , aux frais des habitants.
« Ces bons d^mtés se sont alors souvenus da service que je leur avais rendu : ils ont« attesté
LA GUEJ118Ë DE LÀ V1KRG£. 345
que , sans iDoi , iU n'auraieat peut^étce pas pu remplir leur mission , ni même entrer dans la cité. Aussitôt , i'éveque Grozlin , ccxnme pour me donner une preuve de la reconnaissance publique, m'a concédé le privilège de pécher seul, tant de jour que de nuit, à la pointe cxrientale de 111e j autour même de la partie de la cathé-i drale qui couvre cetle pointe de terre; lieu sacré, dont il u^était permis à aucun pécheur d'approcher. Ce privilé^ ne me sera pas inutile, je vous le jure; je pourrai plus facileHient obser-* ver mes cher^ Parisiiens. Me voilà en feveur près du gouvernement : j'en profiterai. Yous voyez ce qu'ooi gagnas à servir 1^ saints. ^
çc~^ Ohl s'écria Ni tard , d0 quoi s'avisent ces bourgeois de Chartres d'adresser aux Parisiens une relique bien ph^ pi^ciensè que celle qu'il m'a fa|lu, bien malgré moi, leur abandonner!
SIrès de l^ur chepiise) ma jupe n'aura que le se^ oondrang,
— Je.ne sais à préseni, dît Âdalb^t eu ciant aux éclats , si je ne dois pas te chasger^ Màrc^ Lcmp, defa^e siispendne le travail de lios machines. Contre le talisman virfiritial, nos balistes 4em»droat imppissaf^tes. '
-T-4 Gela poflsitrait bien arriver, dit tout bas OdiUe* Puis, en levant les yeux au ciel, elle ajoutta ; « C'est pomrtant bi^ dommage ipae ni
34() CHAPITRE XVII f.
ma noble protectrice Judith, ni son excellent fils, ne veuillent croire à la vertu des reliques ! Je prierai Dieu qu'il les éclaire. »
. ^ Marc^Loup fit ensuite ses adieux à la société. « Il faut, dit-il, que je retourne à ma barque; il faut que demain , au jour naissant, on me voie, tout fier de mon privilège , jeter mes filets à la pointe de l'île. Ck)mme je ne puis voyager que la nuit, il ne me reste tout juste que le temps nécessaire pour arriver à mon posté: »
Adalbert le remercia du zèle avec lequel il remplissait $es fonctions d'observateur, lui pressa affectueusement la main , et Marc-Loup partit.
Le lendemain, un nouveau messager, expédié du camp par Egill, vint encore trouver Adalbert. Il lui apportait des. tablettes très-exactement fermées et scellées ^ que l'on venait de trouver sur un espion parisien , surpris lorsqu'il rôdait dans les environs du camp. L'espion avait d'abord prétendu qu'il ne passait près de Tarmée des Normands^que parce qu'il n'y avait aucun autre chemin pour se rendre au Mont-de-Mars, où il allait consulter une sorcière qui y demeurait dans une grotte.
« Mais , ajouta le messager, quand , en le fouillant sur tout le corps, on a trouvé, dans. ses larges braies, ces tablettes, il a pâli, tremblé, balbutié. JamaiS', quoiqu'on l'ait menacé de le
LA, CHEMISE JDE LA Vi£RG£. 347
mettre à; la torture , il n'a voulu déclarer le nom de la personne vers qui il. était envoyé. Le scalde Egill a donc cru devoir expédier par moi les ta« blettes, pour (juo vous preniez connaissance de leur contenu, et que vous prononciez sut le sort de l'espiop que nous avons arrêté. »
Adalbert rompit aussitôt le sceau qui fernoait les tablettes,, et voici ce qu'il lut, sans pouvoir y rien çpipprendre :
(c J'ai appris avec uqe joie ines^primable vos « succès répétés. Ah! ces païens fout des machin « nés! elles ne vaudront pas les nôtres.... Contir « nuez d'agir. Vengez-vous; vçngeîs notre sainte « religion outragée par la seule présence de$ « barbares.... Le secret restera toujours entre « vous et moi. Quand vous aurez besoin d'ar- « gent , yous n'aurez qu'à parier. »
Cet écrit ue portfut pour signature que.l^ lettffe G. précédée d'une croiiç; mais c'était assez pour reconnaître qu'il était entièrement de }a main de l'évéque de Paris.
Nul doute qu'il ne se tramât quelque trahison contre l'armée des Normands; mais comment pénétrer le mystère ? Le jeune chef des Normands se trouvait, pour la première fois , dans une as-p sez grande perplexité. Pour le moment , il se borna a ordonner que l'on conservât la vie de l'espion 9 jusqu'à ce qu'il l'eût interrogé.
348 CHAPITRE XVflI, LA CHBBIISE, etC.
A. peine ce messager était - il reparti pour le camp, qu'il en arriva un second tout couyert de boue et de sueur. Il apportait une lettre d'Egill , qu'il disait très-importante.
Et, en effet , Egill informait Adalbert que, d^ puis plusieurs jours , on n'avait point vu paraître au camp deux chefs des bandes danoises; que, ce matin, un autre chef des bandes norwégiennes ne s'était point montré; qu'il ne savait à quoi attribuer l'absence de ces trois personnages si nécessaires pour le maintien de la discipline dans l'armée. Il suppliait , en conséquence, Adalbert de revenir au plus vite au camp, afin de se concerter avec lui sur les mesures à prendre dans de si graves circonstances.
Adalbert n'hésita point à partir à l'instant même. En vain Adelinde soupirait , essuyait quelques larmes itirtives ; il n'écouta que son devoir.
LA C^HAPBLIÉ DB èÀmTE-CATtJLLlî*
i . . . . îfe attendas failacîœ mU/ieris, fapus.enim dUtiUans lahia meretricis , et miutius oléo guttùr ^jfai, — Nb0issùhà ûuiem Ulàls WHàrit (jAàsl a^ j^nihlUm ^ et acuta quasi glad'ms biceps,
Salom. lib. Provcrb. V, 2 — 4*
te Ne prêtez point l'oreille au fallacieux langage des femmes. Les lèvres Ae la cbnrtisané sont éomme tes rayo&è de miel d*aù; d^otté «ne suave liqueur, ses paroles sont doHCes, transparentes comme rhuile la plus pure. — Mais, elles deviennent amèreft eonaaie l'absinthe, aiguës coniine iih glaire à dèi» trancbaùts. »
Salomoxt. Proverbes V , a — 4*
Adalbert , en arrivant au camp , fut agréable* ment surpris de voir que tout le monde y paraissait paisible et content. Tandis que les uns travaillaient à l'exécution des machines de guerre, dont la plus avancée égalait presque en hauteur la tour du grand pont, les autres se délassaient de leurs travaux en jouant aux dés , aux échecs (c'étaient là les jeux favoris des Normands), .
35o CHAPITRE XIX.
OU s'exerçaient à la lutte, au pugilat, ou s'amusaient à lancer des flèches dans b tige d'un arbre choisi pour but.
L'absence des trois che& qui avaient dispani avait bien causé quelque inquiétude , mais on s'attendait à les voir bientôt revenir. Les Parisiens étaient si occupés de leurs reliques , de leurs processions , qu'ils n'inspiraient à personne ni crainte, ni défiance.
Le prévoyant Egill ne partageait point la sécurité générale , mais se gardait bien de manifester ses craintes. Il aborda Adalbert d'un air triste , soucieux , et le tirant à l'écart :
« — Mon jeune ami , lui dit^il , ces gens-là s'abusent : ne leur ôtons^ pas une erreur qui leur plait ; mais je crois pouvoir assurer que vos camarades ont été victimes de quelque lâche perfidie. Ce sont des prêtres qui gouvernent la tourbe inculte , inepte des Parisiens ; or les armes de ces prêtres, contre leurs ennemis, ont toujours été , seront toujours la ruse , la déception : c'est par là qu'ils remplacent la force et le courage. Écoutez : depuis qu'un armistice, tacitement convenu , a laissé notre armée dans le repos, nos guerriers profitent de ce loisir pour parcourir , et le plus souvent presque sans armes , les campagnes des environs ; les chefe , passionnés qu'ils sont pour la chasse j s'éloignent
La dHÀPELLE DK SAINTE- CATULLE. 35 f
souvent de plus'ieurs railles du camp : ils ne crstigneat point de s'enfoncer sans guides , sans escorte^ en des forets qui leur sont inconnues. Trop tard j'ai vu leur imprudence. Peut-être ont-ils péri par leur faute , par suite d'une imprudence , les trois . che& qui nous manquent , chefs valeureux , intrépides , qui seront difficilement remplacés. Mais, d'après une conférence que j'ai eue avec. Marc-Loup, la nuit même où îl avait quitté le Mont-Valérien, j'ai lieu de croire qu'il faut attribuer aussi à quelque plan mystérieux, tramé par l'évêque Gozlin , la perte de nos trois malheureux compagnons d'armes.
Il m'a dit que, certainement, ce prêtre avait de secrètes intelligenQes dans notre camp : il a souvent été étonné de trouver les Parisiens instruits de tout ce qui se passait dans nos deux armées; les plus petits détails, selon Marc-Loup, sont connus de Gozlin. Il sait, par exemple, quand vous, Adalbert, êtes au camp, et les jours, les heures même où vous allez au Mont-Valérien ; ce qui me porte à vous conseiller d'être beaucoup plus sur vos gardes pendant ce voyage, quelque court . qu'il /Soit. Ce qu'il y a de plus singulier , c'est qu'on n'a aucun soupçon à Paris que la sœur du comte Eudes soit une des habitantes du Mont-Valérien. On croit seulement que la famille de Rollon est établie dans l'ermitage,
352 CHAPITRK XIX.
et qu'elle y est entourée de troupes fidèles. Revenons aux che£s que nous avons perdus : d'après tout ce que je viens de vous dire , ne pensei(vous pas qu'ils sont tombés dans quelque piège tendu par des agents de Gozlin ?
— Vous m'ouvrez les yeux , dit Adalbert ; oui ! vous me donnez presque la clef de Técrit énigmatique que voici. »
Et il tira de son sein les tablettes qui lui avaient été remises. « Il faut appeler près de nous , ajouta Adalbert , l'espion qui en était porteur. Peut-être recevrons<^nous de lui une explication plus complète j des révélations. »
Sur l'ordre qu'en donna Adalbert, on conduisit devant eux cet espion ^ qui avait peine i traîner les fers dont on l'avait chaîné.
C'était un homme de quarante ans environ, d'une physionomie commune, et dont l'habillement n'annonçait pas l'aisance. Il parut ti^s-effrayé en leur présence, et tenait la tête baiS" sée; il se jeta à genoux^ comme pour demander grâce.
« — Un moyen, et médie le seul moyeft d'obtenir votre pardon', lui dit le scalde, c'est d'être sincère. Vous avez d'abord déclaré que vous vous rendiez sur le Mont-de*Mars ; qu*y alliezvous faire ?
*— Je vous dirai la vérité , mes nobles seigneurs,