LA CHA.PELLB DE SAINTE-CATULLE
sépondit-'H, sans hésiter. Je devais me marier dans quelques jours avec une jeune Parisienne. Mais j'avais conçu quelque défiance de ]a con« duite de ma future , qui est vive , légère , et n'a pa^ la moitié de mon âge ; j'ai donc vou lu consulter la sorcière , comme c'est l'usage à Paris , sûr le sort auquel je devais m'attendre après mon roa^ riage. Je m'acheminais vers l'antre qui lui sert de retraite , lorsque j'ai été surpris par vos gens.
— Mais vous portiez les tablettes que voici : qui vous les avait confiées ? £sbce à la sorcière que vous deviez les remettre ? )>
A ces mots, l'espion pâlit, se troubla, balbutia ces mots :
a Mes nobles seigneurs, croyez-moi c'était
sans intention coupable que.... Tenez, voici toute la vérité. Comme je sortais de Paris , un moine de Saint-Germain m'a abordé. « Tu vas au Mont- «c de-Mars , n'est-il pas vrai? — Oui ! — Eh bien ! «c l'évéque Gozlin te le défend; il ne veut pas que <x les Parisiens s'exposent ainsi au milieu des Nor- <x mands. Mais tu peux lui rendre un service : au « lieu d'aller vers le mont, tâche de gagner la « plaine de Saint-Denis, en faisant de loin le tour « du camp ennemi. Voici des tablettes qu'il faut « bien cacJier dans ton sein : quand tu seras parce venu dans la plaine de Saint-Denis, tu verras, a au milieu de la campagne, la chapelle à demi
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« ruméede SaifUe-CaiuUe'^ \ tu y entreras, tu dé* tt poseras ces tablettes sous une pierre carrée qui a est au milieu de 1 autel , et qui se soulève au a moindre effort Si, par hasard, tu trouvais, dans « le trou qu'elle recouvre , un rouleau de parche- « min, tu ne manqueras pas de le prendre, de le « bien cacher sous, tes habits, et tu l'apporteras à cr notre digne évéque Gozlin , qui te récompeDa sera bien^ n'en doute pas....*» Voilà tout ! bons et; puissants seigneurs. J'ignore absolument ce qui est griffonné dans ces tablettes-là : je ne sais pas lire, comme vous le prisez bien, d
«(fJe ne crois; pas, dit le scalde, en Scandinave, que nous puissions tirer de ce misérable plus d'éclaircissements ; mais profitons , s'il est possible , de ce qu'il nous a dit. En attendant, renvoyons-le en prison. »
Des gardes, aussitôt, emmenèrent le prisonnier.
a — Il faut , dit le scalde , faire remettre , cette nuit même, l'écrit de Gozlin dans la chapelle, sous la pierre indiquée ; e!t demain , dès la pointe du jour, nous poserons en embuscade quelques guerriers, qui seront chargés de s'emparer de quiconque approchera de la chapelle.
-r- C'est à merveille, dit Adalbert; et je veux
* Voyes la note X\XV.
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fuoi-niéine commander les guerriers que nous mettrons en embuscade* »
En effet , le jour paraissait a peine qu'Adal-* bert était déjà dans la plaine de Saint<-Denis , postant Une centaine de Normands^ qu'il avait pris avec lui, derrière àes arbreâ disséminés dans la plaine; il 6n fit aussi coudswr quelques-uns par terre. Tous avaient ordre de fondre de tou-» tes parts sur la personne , quelle qu'elle fà% j qui approcherait à cent pas de la chapelle^ Pour lui^ il alla se blottir dans une touffe épaisse de ro«' seaux qui croissaient sur les bords d'un marais^ Il se trouvait là presque au centre du demi-cercle que formait sa petite troupe. Il n'avait pour arômes qu'une longue et large épée suspendue à un baudrier.
Bien des heures s'étaient écoulées; aucune créature humaine n'avait* paru dans cette vasto solitude. Âdalbert commençait à croire que l'eS" pion s'était moqué du scalde et de lui; et, joe pouvant pltis résister à l'ennui y sentant d'ailleurs le besoin de la faim , il allait donner le signal de la retraite, lorsqu'il apierçut, dans le loiùttiin^ du côté de l'abbaye dç Saint-Denis^ deux peir^ sonnages qui marchaient d'un pas graVe et lenl^ A mesure qu'ils avançaient, il lesdistingua mieus^ bientôt après , il i^e douta plus que ce ne fussïeitt deux moines vêtus dé longues robes. Chacun
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d'eux avait à la main uti livre, qu'il paraissait lire avec attention ; l'un après Tautre, pourtant, ils interrompaient leur lecture, pour regarder de tous côtés avec une sorte d'inquiétude.
Ils avaient pris un sentier qui conduisait directement à la chapelle , lorsque Tun d'eux , pre* nant son camarade par le bras , l'arrêta tout à coup, lui montra, d'une main, un des arbres lointains , sous lequel il voyait sans doute reluire au soleil le fer d'une lance. Aussitôt, tous deux retroussant leurs robes et jetant leurs livres, courent à toutes jambes, au milieu des bruyères et des ronces , vers l'abbaye, dont ils étaient déjà assez éloignés.
La plaine est aussitôt couverte de Normands, qui, sortant de leur embuséade, poursuivent avec ardeur les moines fugitifs; mais ceux-ci, plus lestes et n'étant point d'ailleurs embarrassés par des armes, avaient bien de l'avantage sur les Normands, qui ne s'en obstinèrent pas moins k leur poursuite. Bientôt Adalbert perdit de vue les moines et les Normands , et resta seul au milieu de la plaine. Il espéra, quelque temps, que ses guerriers viendraient le retrouver avec ou sans leur proie ; personne ne reparut. Il se décida donc à reprendre le chemin du camp; mais, comme il marchait lentement, et tournait souvent la tête pour regarder derrière lui , il vit,