‹ L'évolution actuelle du bolchevisme russe;Chapitre 18 sur 19 · Plus de Sdessiatines · texte numérisé non relu

Plus de Sdessiatines

Comme il apparaît de ces chiffres, le prélèvement était organisé de telle sorte qu'il constituait pour les grandes exploitations une charge relativement moins lourde on, du moins, égale, en comparaison des exploitations moins importantes. C'est pourquoi il restait aux grandes exploitations des excédents de blé plus considérables.

(1) Rassinsky. La différenciation de l'exploitation paysanne. {Ekonomiicheskaîa Jisn, n° 176, 1921).

Il en résultait que l'alimentation des gros cultivateursétait meilleure, plus abondante que celle du paysan moins fortuné :

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Moyenne par personne :

Départements producteurs 3 . 264 3 . 704 3 . 944 4 .095- Départements consommateurs 2.706 3.003 3.425 3.541

Jl est naturel que, dans ces conditions, les grandes exploitations, à la vaste surface ensemencée, seront moins atteinte par la catastrophe actuelle que les exploitations pauvres. Quant aux grandes exploitations, tout en épuisant, peutêtre, leurs réserves de blé, elles augmenteront, aux frais de leurs voisins, la quantité de leur bétail, de leur matériel agricole, et même l'étendue de leurs possessions.

L'extension de ce groupe des paysans fortunés marque un nouvel échec de la. politique communiste à la campagne.

Sous l'influence de la famine, cette politique continuera à reculer sur toute la ligne. La famine commence par hquider les domaines agricoles soviétistes, car le bétail et le matériel agricole se perdent, les blés de semence manquent et, surtout, le pouvoir soviétique reconnaît qu'il est inutile de conserver ces domaines qui ne donnent aucun revenu tant qu'ils restent entre les mains des fonctionnaires soviétistes, mais qui commencent à rapporter une fois remjs entre les mains des propriétaires privés. Dans le département de Samara, sur 250 domaines soviétiques, 235 ont été liquidés, y compris des domaines très importants, possédant près de 240 dessatines de terre arable et un haras de 100 chevaux. Dans le département de Stavropol, on a liquidé 30 domaines soviétiques sur 50. Dans la région du Don on a liquidé tous les domaines soviétiques, dont l'ensemble représentait une superficie arable de 1.500.000 dessiatines.

Le pouvoir des Soviets se voit obligé d'appliquer, dans l'industrie agricole, la même politique que dans l'industrie urbaine. S'éLant convaincu du fiasco de la politique agi'aire communiste et n'ayant pas encore le courage de passer ouvertement à la consacration de la propriété privée, il a recours à l'affermage des domaines soviétistes.

C'est là un résultat inéluctable de la politique précédente des Soviets, grâce à laquelle les domaines soviétiques se trouvaient dans des conditions très pénibles et servaient ■en fait à l'exploitation individuelle.

« Il s'est trouvé très souvent, que les champs des paysans voisins ont été cultivés à l'aide des machines agricoles que les domaines soviétistes mettaient à la disposition des paysans ; ensemencés avec des grains obtenus également des domaines soviétistes. Entre temps, le domaine soviétiste lui-même périclitait, ne répondant plus à sa destination de culture modèle. »(1)

La disette de l'année actuelle a obligé le Gouvernement à. hâter la liquidation des domaines soviétistes. En vertu d'un récent décret, les domaines soviétistes sont cédés à bail, pour un terme de 6 à 9 ans, à des conditions stipulant expressément quelle espèce de culture doit être faite dans tel domaine, quelle doit être l'extension de cette culture, quelle partie de la récolte revient à l'Etat en guise de fermage, etc.

« Lors de la location à bail d'un domaine, on ne tient •compte que du côté pratique des candidatures, c'est -à-dire que le Gouvernement des Soviets ne se préoccupe pas de savoir si le preneur est un paysan, un ancien propriétaire foncier ou un ancien intendant de quelque propriété. La seule question qui se pose est de savoir si le preneur saura remplir les obligations qu'il assume, et faire un€ culture intensive. » (2)

(1) Novy Pout, le 9 septembre 1921. — Izvesiia, n° 189

(2) V. Nooy Pout et Novy Mir du 10 septembre 1921.

Ainsi la campagne, de même que la ville, verra apparaître une classe de fermiers qui auront profité des conséquences du désastre actuel pour se rendre les maîtres des propriétés importantes, avec constructions et dépendances, et qui auront à leur disposition une main-d'œuvre nombreuse et bon marché.

A en croire le Nouy Poui, « depuis la promulgation du décret, le gouvernement a été saisi d'un nombre assez important de déclarations de personnes désireuses de prendre des propriétés à bail. La plupart des demandeurs sont des paysans solides et d'anciens intendants des propriétés seigneuriales. »

Sous l'influence de la catastrophe qui s'est abattue sur la campagne, il se forme parmi les paysans deux groupements extrêmes : des paysans une fois de plus privés de terre, d'une part, et des grandes exploitations paysannes capitalistes, d'autre part. Dans ces conditions il ne peut être question de rétablir à la campagne n'importe quelle politique communiste. Cependant, l'influence de la famine va encore plus loin dans ce sens.

Il est évident qu'il ne peut être question de résoudre la question agraire et que la lutte pour la terre devra reprendre de plus belle. Le pouvoir soviétique se trouvera devant un nouveau dilemme. Ou bien il devra soutenir à la campagne le prolétariat sans terre, qui aspirera à s'en emparer (en l'arrachant, cette fois, non plus aux anciens propriétaires nobles, mais aux nouveaux propriétaires paysans) et à effectuer un nouveau partage des terres.

Ou bien il devra satisfaire les vœux du « paysan moyen » qui devient un propriétaire de plus en plus important.

La première solution aggraverait nécessairement la ruine de l'industrie agricole, ruine que le Gouvernement des Soviets, soucieux de son salut, a voulu empêcher par sa nouvelle politique.

La deuxième solution voudrait dire que le Gouvernement des Soviets renonce de plus en plus à sa politique commu-

niste, qu'il approfondit et étend le rétablissement de la production capitaliste privée.

Le pouvoir soviétique n*a pas de choix : l'une et l'autre voie conduisent inéluctablement à la liquidation du régime des Soviets et à la disparition du bolchevisme.

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