EUGENE MONTFORT
L'évolution actuelle du nouveau roman français est en effet extrêmement intéressante. Nous nous trouvons dans une période de transition. Aucune doctrine, présentement, ne domine. La vieille formule naturaliste a fait son temps et l'on cherche de tout côté quelque chose de nouveau. J'ai cru longtemps que la méthode d'observation impersonnelle de Flaubert devait uniquement nous diriger. Je commence à sentir qu'elle est un peu illusoire. Il s'agissait pour lui d'être le témoin impartial et véridique qui raconte ce qu'il a vu, sans rien ajouter de lui-même. Eh bien! voilà quelque chose d'une parfaite impossibilité. Le romancier ne peut parvenir à s'abstraire assez complètement de son œuvre pour qu'on n'y découvre aucune trace de ses goûts, de ses préférences, de sa façon propre d'être et d'éprouver. Flaubert lui-même, qui s'est efforcé avec tant de volonté à l'impersonnalité, se voit à travers les personnages. Les plus grands, Dickens, Dostoïewski, Balzac, sont peints tout entiers dans leurs ouvrages. Il faut donc nous résoudre à ce que, dans la création, apparaisse le visage du créateur.
Mais ceci posé, ceci admis, ne le supportons que comme un mal nécessaire et attachons-nous à nos personnages, comme si nous ne savions pas du tout
«ju'on nous cherchera derrière eux. Montrons-nous le moins possible, ou bien noua finirions par exprimer dans nos romans, nos idées politiques, si nous en ayons, i t nos conceptions sociales, et nous aboutirions au roman .1 thèse, au prêche la, en art, est absolument condamnable.