‹ L'Évolution actuelle du romanChapitre 13 sur 22 · EUGENE MONTFORT · texte numérisé non relu

EUGENE MONTFORT

L'évolution actuelle du nouveau roman français est en effet extrêmement intéressante. Nous nous trouvons dans une période de transition. Aucune doctrine, présentement, ne domine. La vieille formule naturaliste a fait son temps et l'on cherche de tout côté quelque chose de nouveau. J'ai cru longtemps que la méthode d'observation impersonnelle de Flaubert devait uniquement nous diriger. Je commence à sentir qu'elle est un peu illusoire. Il s'agissait pour lui d'être le témoin impartial et véridique qui raconte ce qu'il a vu, sans rien ajouter de lui-même. Eh bien! voilà quelque chose d'une parfaite impossibilité. Le romancier ne peut parvenir à s'abstraire assez complètement de son œuvre pour qu'on n'y découvre aucune trace de ses goûts, de ses préférences, de sa façon propre d'être et d'éprouver. Flaubert lui-même, qui s'est efforcé avec tant de volonté à l'impersonnalité, se voit à travers les personnages. Les plus grands, Dickens, Dostoïewski, Balzac, sont peints tout entiers dans leurs ouvrages. Il faut donc nous résoudre à ce que, dans la création, apparaisse le visage du créateur.

Mais ceci posé, ceci admis, ne le supportons que comme un mal nécessaire et attachons-nous à nos personnages, comme si nous ne savions pas du tout

«ju'on nous cherchera derrière eux. Montrons-nous le moins possible, ou bien noua finirions par exprimer dans nos romans, nos idées politiques, si nous en ayons, i t nos conceptions sociales, et nous aboutirions au roman .1 thèse, au prêche la, en art, est absolument condamnable.

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