I. jeune roman actuel, étant moin- impersonnel
est moins raide, moins froid. « j m- le roman suivant la formule de Flaubert. Mais l'appoint du réalisme y est visible. 11 est marqué par le #oùt de la précision dans !«' détail et de l'exactitude dans l'imagination. Il nous esl impossible aujourd'hui de lire un roman purement romantique, un livre de George Sand, par exemple. La matière y est, cependant, riche et belle. Mais 1 imagination Bottante, vague, qu'on y trouve, répugne tout à fait à nos besoins nouveaux. Stendhal nous a enseigné la netteté de l'observation psychologique, et Flaubert la vérité dans la description des milieux. Nous ne pouvons
plus nous en passer. Plus que jamais, aujourd'hui
le vraisemblable doit avoir 1 air vrai, et notre imagination doit créer du possible. Voyez, par exemple,
Francis de Miomandre qui écrit des livres d une
charmante fantaisie, et imaginez ce qu eussenl été
mêmes livres s'ils avaient été composés en l-s'iU.
Relises la Comoiata de Dagoerches, laquelle est
autant un poème qu'un roman, vo\e/, ..pendant,
que d exactitude tl que de précision'.. El La Petite
Chiquette de Louis Godet. Pour cette recherche du détail vrai, le désir de ne rien avancer de hasardé, je note particulièrement les ouvrages réputés de Boylesve, et ce roman très remarquable de Viollis : Monsieur le Principal.
Le besoin de la vérité dans l'invention, héritage du réalisme, est un trait à relever dans les romanciers d'aujourd'hui. Il est intéressant et significatif. Mais ce qui distingue aussi le roman nouveau, c'est qu'on y peut trouver en même temps une influence romantique. Le lyrisme qui grandit certains passages des livres de Louis Bertrand n'est-il pas d'origine romantique? Et nous pouvons en voir l'empreinte encore dans L'Immolé d'Emile Baumann, que je place parmi les plus fortes œuvres publiées dans ces dernières années.
Ajoutez à ces deux caractères assez différents, le besoin qui nous vient des romanciers russes, d'être plus près de nos personnages, plus intimes avec eux (Charles Louis-Philippe. — Le Journal d'un Paria, de Cyril) que ne l'étaient les écrivains de l'âge précédent, et vous trouverez qu'il y a dans le nouveau roman d'aujourd'hui quelque chose de très neuf, en effet, et qu'il subit une évolution.
Où donc ira-t-il? Quelle sera la conclusion de son voyage? Cela n'est point facile à prévoir. Il est toujours scabreux de faire figure de prophète. Cependant Marcel Schwob parlait un jour du « roman
d'aventures dans le sens le plus Large du mot, la roman <!»•> crises du monde intérieur el extérieur Il n'est pas impossible que les influences combina du réalisme, du romantisme et des russes, qui se item dans la production contemporaine, condui- • • oeuvre-là le grand romancier d<- demain.
EMILE MOSELLY
Dans quel sens se produit révolution du roman, il <-<t difficile de le dire avec certitude. Ce qui marque notre époque, à mon avis, c'esl l'individualisme anarchique port'- a son plus liant point. 11 Bemble que -oit définitivement disparue, de notre littérature, la tendance qui s'y manifeste, depuis la Pléiade jusqu au Cénacle, à reconnaître des principes communs, une esthétique semblable, el à suivre l'impulsion de maîtres incontestés. Il n y a pas ï notre époque, comme au moment du Romantisme, par exemple, un Credo littéraire avec un Hugo qui 1»- proclame et un Sainte-Beuve qui le commente; chacun travaille .1 s,i besogne, dans son coin, m
pile cum libello, suivant le précepte de Y Imitation, • ■ de ceci m'apparatl comme très évidente par mon expérience personnelle, la seule dont on puisse parler i 'ruent. Aux Cahier* de le Quin-
zaïur dont je fai< partie depuis l< or fondation, ce m- sont pas des raisons artistiques, en communion
dans un même idéal du beau, qui nous groupe, mais bien des raisons de sentiment. Il n'y a rien de plus différent qu'un livre de Romain Rolland, une nouvelle des frères Tharaud, un essai de Delahache. En réalité, nous sommes unis très fortement par le cœur, non par l'esprit, par l'affection ardente que nous portons à Péguy, notre chef. Quel admirable directeur de Revue ! C'est la plus haute conscience artistique de notre temps; il nous laisse libres, n'impose jamais ses goûts, se préoccupe avant tout de développer l'originalité de chacun.
Ainsi donc, toutes les tendances se trouvent représentées dans le roman actuel, et toutes donnent naissance à des œuvres intéressantes. D'où vient la raison de cette extrême diffusion des procédés? Je crois que nous sommes les héritiers à la fois enrichis et accablés de tous les trésors du siècle précédent : le roman, depuis plus de cent ans, depuis La Nouvelle Hêloïse et René, a été le genre Protée, le genre rompu à toutes les métamorphoses. Il s'est plié à toutes les transformations, devenant tour à tour roman d'analyse, psychologique, récit d'histoire, tableau de mœurs, enquête morale, poème, etc., permettant aussi bien à un Balzac de construire les assises nombreuses de sa bâtisse cyclopéenne, qu'à un Flaubert de sculpter des marbres parfaits, exprimant aussi bien la sensualité faunesque d'un Maupassant que la fine sensibilité d'un Daudet. Quoi d'étonnant dès lors, si nous hésitons à suivre ces routes nombreuses et si nous nous engageons dans toutes? Il y a là une période confuse, qui prépare
peut-être magnifiquement I avenir. Il faut tations d'arbrisseaux et de bruyères, prolon^ pendant des. années, pour amonceler L'humus noir d'où jailliront I» is grands hêtres.
Dans quel sens faut-il souhaiter que cette évolution se produise? Il me semble qu'il ne peut pas y avoir d'hésitation à ce Bujet. Nos préférences doivent aller a une forme d'art assez large, ass< /. complexe, pour contenir toutes les richesses, tous les enseignements du pa--< ^ast< aussi pour
enfermer toute la vie moderne, dan- - ects
nouveaux qui vont se multipliant chaque jour, avec le- découvertes scientifiques. La vie retracée avec art . disait Latouche, en définissant !<■ roman; il me semble que c< tt<- définition, la plu- simple, est encore la meilleure, ei qu'il ae serait pas difficile d'en extrait'- toute un.- poétique du genre. El d'ailleurs qui i t qu a tr..\ ers toutes le- tentatr
nouvelle- i. genre «lu roman i oriente de lui-même vers cette forme plus haute? Ce sera donc, -i l'on vent, un réalisme nouveau, un réalisme supérieur, un réalisme qui Fera -.1 place a l'idéalisme, ;i la sensibilité, au lyrisme, qui n présent* v-i la \ir di I ftme aussi bien que elle des sens. Déjà Huysmans, dans un chapitre excellent d un de -, - romans, avait tira tout un programme nouveau et esquissé la formule du-, art littéraire constitué par un doubla rythme, celui de- || ies ,m dessus des corps
Rendre (a vie, toute la vie. la vie des passions, 1«- mouvements tumultueux qni assiègent le :œur «le I homme aussi Lien que les plu- Faibles pulsa-
tions de son être moral, les nuances imperceptibles de la conscience, la vie extérieure, les grands aspects de la nature, le ruissellement des fleuves, les grands rythmes qui soulèvent la mer; à mesure que la vie moderne se fait plus complexe, que l'homme cesse de ramper pour conquérir la terre et bientôt tout l'espace, demander à l'artiste une acuité de regard pénétrante, une aptitude plus souple à tout rendre, bref, l'imaginer plongé dans le tourbillon des phénomènes, et, tendant ses mains vers le ruissellement de ces eaux perennelles, pour en saisir quelques molécules et les fixer à jamais sous l'aspect de l'art et de l'éternité, voilà tout le programme! Qu'importent les discussions d'école et les arbitraires classifications !
Je terminerai en prenant un exemple pour préciser toutes ces notions. A mon avis, nulle œuvre n'est mieux faite pour nous aider à orienter nos tentatives, pour nous guider, pour nous révéler l'art de demain, que l'admirable Vague Rouge de Rosny aîné, ce livre qui fut salué par tous ceux qui savent leur métier comme un vrai, un authentique chef-d'œuvre; et ils sont rares, par le temps qui court, malgré les hyperboles de la réclame. Depuis quarante ans, personne n'a rien écrit de plus fort; et nous pouvons être tranquilles, ce livre ouvre magnifiquement le xxe siècle. Il grandira encore avec le recul des temps, comme les pics éclatants qu'on voit monter de la plaine. Là se trouve tout au long mis en pratique, avec une maîtrise incomparable, ce réalisme supérieur que nous essayons de définir, que nous
devons tenter d'illustrer par des œuvres. Ce livre est un livre type, comme les Méditations de Lamartine, comme Bovary, en ce sens <ju il fait entrer dans la littérature, avec tout le mouvement scientifique des cinquante dernières années, des façons nouvelles d<* sentir, d»- comprendre, d'exprimer la vie. A mon - livre dépasse de beaucoup la
portée et la signification habituelles du roman; el il est bien possible que Rosny ne se rende pas compte de ce qu'il a fait, mais d'autres el les temps futurs le verront pour lui. Ce chef-d'oravre m'apparatl magnifiquement gros de la rumeur des mondes «[ni vont naître ; c'est pourquoi nous, les jeunes, nous inclinons bien bas devanl l'œuvre et devant l'auteur.
CHARLES PETTIT
En vérité, j<- n'ose donner mon avis sur l'évolution du roman moderne Je ne peux qur constater un fait : i« -^ femmes forment la grosse majorité des lecteurs. J'- laisse à d'autres le soin d<- conclure.
Ou. mi aux jeunes auteurs, ils doivent songerqu'eâl
10 la mode aura probablement changé. A eus de prévoir ce qu'elle sera! Ce n'est d'ailleurs pas commode à deviner, même simplement pour les chapeaux.
Mais il- doivent •><■ méfier suivant l'âge qu'ils ont. La sag onseille de suivre la mode, mais .ivec
une r.-rtaiii ve.
En 1930, je serai enchanté de préciser ma pensée. Je pourrai le faire avec beaucoup plus d'autorité.
En 1960, je me serai enfin rendu compte si je me suis trompé.
Maintenant, vous trouverez peut-être que j'ai beaucoup d'ambition d'espérer vivre encore un demisiècle. Ce n'est évidemment pas une certitude mais je préfère supposer que j'atteindrai et dépasserai même mes 80 ans, c'est plus gai!
En revanche, je considère que mon opinion actuelle n'a aucune importance.