‹ L'Évolution actuelle du romanChapitre 19 sur 22 · LOUIS-FRÉDÉRIC SAUVAGE · texte numérisé non relu

LOUIS-FRÉDÉRIC SAUVAGE

Il n'y a plus de romanciers; mais il y a tant do romances ! Les prosateui p te, peut-être

• >rt, les journalistes, font aujourd'hui de la musique. Vous me direz «jim" c'est leur droit. Les musiciens !<>nt bien d»- la peinture, et quant aux peintres, leurs tableaux ^ont communémenl d

m litt sculpteurs Font-ils des

stal e n'est p is bi< d BÛr. Confusi res,

monsieur.

S'il n'3 .1 plus de ron m ;i< 's, il \ a des

romans. <>u j>. ut un'im- du- i|u ii- abondent. Notre époque a tant lu! Balzac, Flaubert, Dostoiewski, sont les tri du temple, et

ent d<- les avoir beaucoup frôl< • - ( . qui Bourienl rappellent, hélas ! que Voltaire esl mort. Tout cela n est |>a- gai. El voilà que les femm< - s'en

lent! On a beau être né galant; comment leur

Ecrire quoi ? Écrire pour qn

No »ns d'un siècle d< , le plus pro-

digieux qu'on .lit vu. et le Biècle n ononce

d< j.i comme plus prodigieux encore. M Pr l on dit : i ( )u - arrêt ra-t-on ! in que

enfants riront bien fort de ne- auti I

vieilles socii l 'îit''-

singulière. On n'y fait plus même attention. Des Barbares sont là qui demain seront les maîtres. On va niveler. Ce sera tant mieux. Il y a bien longtemps que nous nous lamentons hypocritement sur le sort des humbles. On a peut-être assez pleuré. Les hommes frustes vont chasser les byzantins à quatre épingles que nous voudrions être. La tourmente passée, les romanciers auront loisir de reprendre la plume sous l'œil des vainqueurs.

Quelles seront leurs œuvres? Grandes assurément, pleines de fictions et de rêves. Les ancêtres ont fait leur temps, on leur élèvera des musées littéraires. Les jeunes sociétés, comme les peuples enfants, seront avides d'idéal. Les réalités immédiates n'auront rien à y perdre. Le laboureur à la charrue, l'homme de science à ses cornues et le poète dans les astres. On parlera peut-être moins de la femme adultère. Les dramaturges seront navrés. Mais j'ai confiance en eux. Ils inventeront autre chose.

J'évite, à dessein, de citer des noms. Nous vivons si vite aujourd'hui que les écrivains réputés, souvent ajuste titre, ont tôt fait de rejoindre les vieilles lunes. Un cimetière en vaut un autre. Laissons là nos aînés. Ils ont fait leur tâche, poursuivons patiemment la nôtre. Mais j'aimerais un romancier qui se mêlerait aux Barbares et qui, à défaut de l'épopée future, saurait au moins donner un chant à leurs espoirs.

Page 1