‹ L'Évolution actuelle du romanChapitre 2 sur 22 · PAUL ACKER · texte numérisé non relu

PAUL ACKER

Je crois que Le roman d'amour, exclusivement d'amour, est bien malade — heureusement, et par suite le roman parisien. <>u en '«rira toujour-. car il v aura toujours une client* le pour ce genre, mais il- n auront aucune importance. On a tant écrit sur l'amour qu'on ne saurait rien dire de aouyeau. Si le roman, comme j'en suis convaincu, est par -<>n essence la peinture de la vie, c'esl dans la vie d'aujourd'hui, si curieuse, si riche, bî aouvelle, <ju.' le romancier cherchera et trouvera ses sujets. Ce <jui

lanl <i pour l'auteur et pour le lecteur, n-- sont pas les anciens et toujour- pareils buî que fournissent L'amour i iomplics

changements apportés dan- Les mœurs par l évolution des idées et des hommes, l< - questii qs vitales ci toutes neuves qui

temporaine, les types originaux que créent les formes inédites de la vie. Remarquez que l'amour ne sera pas absent de ce livre-là, mais il n'en sera plus l'unique fond; il sera ce qu'il est dans la vie, un accompagnement. En même temps, notre littérature gagnera en valeur, je ne dirai pas en moralité — car je ne me soucie guère qu'une œuvre littéraire soit morale ou non — mais en qualité, en largeur. Notre époque est si passionnante, puisqu'elle est une époque de pleine évolution ! Les romanciers seraient impardonnables si, confinés dans une tour d'ivoire, ils se contentaient déjouer des airs de flûte et ne regardaient pas ce qui se passe autour d'eux et n'essayaient pas de le décrire.

CAMILLE AUDIGIER

Oui, depuis cinq ou six ans, une évolution commence. On est un peu las aujourd'hui des adultères mondains, des neurasthénies pâmées, des snobs et des snobinettes, ainsi que de ces raseurs solennels, les sous-psychologues, dont la prétentieuse myopie s'efforce de couper un cheveu en quatre.

Notons avec joie que, semblable à la comète de Halley, laquelle devait couvrir un bon tiers de notre horizon, les autovivisecteurs de leur Moi ont égaré une notable partie de leur... suite, et demain, espérons-le, on sera saturé jusqu'à la nausée de

MM. les Apaches, d<- Mms leurs Marmites et de Vagabondage Spécial. Les Carrières d'Amérique, elles aussi, auront bientôl épuisé le dernier >tock de leurs Christophe-Colomb.

Les romans policiers, plus enchevêtrés dans ; invraisemblables péripéties que les plus bas feuilletons populaires de jadis, I<> cauchemars du Wells ♦•t les aventures d'un <>n deui Français chei les Martiens, les Lunaires ou les Vénériens, ont également

de plaire. En vérité, ce nV-t pas domma car, bêlas! ce fatr pie trop empoisonné de ju-

véniles el généreuse 9 imaginations.

Paul Reboni Bouhaite la fin du roman parisien et mondain, mais désire l'avènement d'un roman dont le sujet serait l'étude d'une àmc • Je ne

partage pas cet avis. Nous n'avons pas exploré, f ant 1 faut, le domaine <!»• l'âme hrança avec

Lapaire, je dirai : Et nos paysans, qu'en faites-vous donc? Pourquoi ne tenterions-nous pas un sérieux retour a la terre, a la terre française I de pas*

a la terre du voisin? < J 1 1 i , d'ailleurs connaît mieux l'âme étrangère qu'un auteur étranger ' Restons doue chez non-, étudions les nôtres le champ est te et tournons-nous vers les bumbl<

.1 ai parlé <\u paysan pane que je suis un fils de la Glèbe, mais indépendamment de l'ouvrie ae dous reste-t-il \>-\< encore l'ouvrier de l'usine, l'artisan, l'artiste, le rond-de-cuir, le soldat, le conducteur d'autos et I ai iateur

l iviateurl L'homme de demain! Qui écrira le roman d< conquérant de 1 amateur ou

professionnel, en dehors de M. d'Annunzio qui parle des aéronautes à la façon dont Balzac parlait des « lions » du boulevard — c'est-à-dire qu'il aligne 300 pages sur les aviateurs après avoir ascensionné deux minutes avec l'un d'eux! Il est -vrai que M. d'Annunzio est, lui aussi, un romancier de génie. N'oublions pas non plus le roman comique, que l'on croit, bien à tort d'ailleurs, d'un genre inférieur. Il n'y a pas de genre inférieur en littérature, pas plus qu'au théâtre où les fabricants de pièces solennelles mais « rasoirs » ont propagé cette idée fausse que le vaudeville était indigne d'un véritable « dramatiste ». Le vaudeville est trop vert, et voilà tout. Faisons donc du roman comique. La vie n'est d'ailleurs pas si drôle que l'on se prive de l'égayer par l'imprévu d'une aventure vraisemblable, qui déride par l'observation, l'écriture, l'esprit, la bonne humeur et la sincérité de son auteur.

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