LES ORIGINES DE L'ORGANISATION DE TRAVAIL. LE MOYEN AGE
I. Les origines des communautés de métiers. Métiers libres et métiers jurés. — II. L'action de l’autorité royale sur les métiers au xve siècle. — III. Les origines de l’industrie capitaliste.
Les caractères essentiels de l’organisation du travail, avant le développement de la grande industrie à la fin du xvinc siècle et au xix°, semblent avoir été fixés de très bonne heure. Ce mode d’organisation se manifeste par la constitution des métiers, qui correspond à l’existence de marchés purement locaux. Il ne commencera à se modifier que lorsque des marchés plus vastes apparaîtront ; mais l'organisation capitaliste ne se montrera d’abord qu’à l’état sporadique et il faudra de longs siècles pour qu’elle finisse par s’imposer souverainement au monde du travail.
On voit clairement qu’au début du moyen âge, et encore au ixe siècle, les villes étaient réduites presque à rien ; ce
ne sont plus guère que des places fortes, dont le rôle est presque exclusivement militaire. C’est donc à la campagne que se concentre toute la vie économique ; la villa se suffit à elle-même ; la production est presque entièrement bornée à son territoire.
Il suffît de parcourir le capitulaire de villis de Charlemagne pour voir que, dans la villa impériale, tous les métiers existent ; les artisans sont des esclaves et font partie de la famïlza du seigneur. Chaque sorte de métier ( ministerimn ) constitue un officium, dirigé par un agent du seigneur, qui livre aux ouvriers la matière première, surveille le travail, reçoit les objets fabriqués, met en vente ce qui excède les produits du domaine (1). Il semble bien, d’ailleurs, qu'à l’époque de Charlemagne l’industrie soit encore fort rudimentaire et qu’il n’y ait pas eu, comme quelques historiens l’ont prétendu, de véritable renaissance industrielle (2).
On a cru pouvoir supposer que les artisans se sont dégagés peu à peu de la famille seigneuriale, lorsque les agglomérations urbaines se sont développées et multipliées. C’est ce qui s’est passé, peut-on penser, dans les villes- qui se sont créées autour des abbayes, lesquelles apparaissent comme des centres économiques souvent importants. A Saint-Riquier, par exemple, les artisans sont répartis par
(1) Voy. Capitulaire de-villis, éd. Boretius ; B. Guérard, Explication du capitulaire de villis ( Bibliothèque de l’Ecole des Chartes, t. XIV, 1853). — D'après Dopsch, ce capitulaire serait l'œuvre, non de Charlemagne, mais de Louis le Pieux, roi d’Aquitaine, et daterait de 794; voy. Marc Bloch, L'origine et la date du capitulare de Villis ( Revue historique , 1923).
(2) Voy. à cet égard l’excellente démonstration de L. Halphen, Etudes critiques sur le règne de Charlemagne. Paris, 1921. M. Halphen combat les conclusions de Dopsch, Die Wirtschaf tsentwicklung der Karolingerzeit, vornehmlich in Deutschland, t. H, pp. 133-233. Cf. aussi Inama-Sternegg, Deutsche Wirtschaftsgeschichle bis zum Schluss der Karolingerperiode, 2" édition, pp. 571-692.
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