‹ L'évolution créatrice (volume 2)Chapitre 20 sur 112 · LA VARIATION INSENSIBLE S · texte numérisé non relu

LA VARIATION INSENSIBLE S

Tant sur VOEnothera Lamarckiana, a obtenu, au bout de quelques générations, un certain nombre de nouvelles espèces. La théorie qu'il dégage de ses expériences est du plus haut iatérét. Les espèces passeraient par des périodes alternantes de stabilité et de transformation. Quand arrive la période de (( mutabilité », elles produiraient, dans une foule de directions diverses, des formes inattendues \ Nous ne nous hasarderons pas à prendre parti entre cette hypothèse et celle des variations insensibles. Il est d'ailleurs possible que l'une et lautre renferment une part de vérité. Nous voulons simplement montrer que, petites ou grandes, les variations invoquées sont incapables, si elles sont accidentelles, de rendre compte d'une similitude de structure comme celle que nous signalions.

Acceptons d'abord, en effet, la thèse darwiniste des variations insensibles. Supposons de petites difTérences dues au hasard et qui vont toujours s'additionnant. Il ne faut pas oublier que toutes les parties d'un organisme sont nécessairement coordonnées les unes aux autres. Peu m'importe que la fonction soit l'effet ou la cause de l'organe : un point est incontestable, c'est que l'organe ne rendra service et ne donnera prise à la sélection que s'il fonctionne. Que la fine structure de la rétine se développe et se complique, ce progrès, au lieu de favoriser la vision, la troublera sans doute, si les centres visuels ne se développent pas en même temps, ainsi que diverses parties de l'organe visuel lui-même. Si les variations sont accidentelles, il est trop évident qu'elles ne s'entendront pas entie elles pour se produire dans toutes les parties de l'organe à la fois, dételle manière qu'il continue à accomplir sa fonction. Darwin l'a bien compris, et c'est une des raisons

I. De Vries, Die Mutationstheorîe, Leipzig, igoi-iQoS. CL Specics and jvarieties, Chicago, iQoS.

pour lesquelles il suppose la variation insensible*. La différence cjui surgit accidcnlelleinenl sur un point de l'appareil visuel, étant très légère, ne généra pas le fonctionnement de l'organe ; et, dès lors, cette première variation accidentelle peut attendre, en quelque sorte, que des variations complémentaires viennent s'y ajouter et porter la vision à un degré de perfection supérieur. Soit; mais si la variation insensible ne gêne pas le fonctionnement de l'œil, elle ne le sert pas davantage, tant que les variations complémentaires ne se sont pas produites : dès lors, comment se conserverait-elle par rclfet de la séieclion ? Bon gré nml gré, on raisonnera comme si la petite variation élait une pierre d'atlenle posée par l'organisme, et réservée pour une construction ultéiieure. Cette liypotlièse, si peu conforme aux principes de Darwin, paraît déjà diiïicile à éviter quand on considère un organe qui s'est développé sur une seule grande ligne d'évolution, l'œil des Vertébrés par exemple. Mais elle s'imposera absolument si l'on remarque la similitude de structure de l'œil des Vertébrés et de celui des Mollusques. Comment supposer en eiïet q'ie les mSmes petites variations, en nombre incalculable, S3 soient produites dans le môme ordre sur deux lignes d'évolution indépendantes, si elles étaient purement accidentelles.^ Et comment se sont-elles conservées par sélection et accumulées de part et d'autre, les mômes dans le même ordre, alors que cliacune d'elles, prise à part, n'était d'aucune utiblé.^

Passons donc à l'iiypotlièse des variations brusques, et voyons si elle résoudra le problème. Elle atténue, sans doute, la dilTîculté sur un point. En revanche, elle

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