‹ L'évolution créatrice (volume 2)Chapitre 21 sur 112 · LA VARIATION BRUSQUE 7I · texte numérisé non relu

LA VARIATION BRUSQUE 7I

l'aggrave beaucoup sur un autre. Si c'est par un nombre relativement faible de sauts brusques que l'œil des Mollusques s'est élcA^é, comme celui des Vertébrés, jusqu'à sa forme actuelle, j'ai moins de peine a comprendre la similitude des deux organes que si elle se composait d'un nombre i-ncalculable de ressemblances infinitésimales successivement acquises : dans les deux cas c'est le liasard (pii opère, mais on ne lui demande pas, dans le second, le miracle qu'il aurait à accomplir dans le premier. Non seulement le nombre des ressemblances que j'ai à additionner se restreint, mais je comprends mieux que cliacune d'elles se soit conservée pour s'ajouter aux autres, car la variation élémentaire est assez considérable, cette fois, pour assurer un avantage à l'etie vivant et se prêter ainsi au jeu de la sélection. Seulement, voici alors qu'un autre problème, non moins redoutable, se pose: comment toutes les parties de l'appareil visuel, en se modifiant soudain, restent-elles si bien coordonnées entre elles que l'œil continue à exercer sa fonction ? Car la variation isolée d'une parlie va rendre la vision impossible, du moment que cette variation n'est plus infmiti'simale. Il faut mainlenant que toutes cbangent à la fois, et que cliacune consulte les autres. Je veux bien qu'une foule de variations non coordonnées entre elles aient surgi cliez des individus moins lieureux, que la sélection naturelle les ait éliminées, et que, seule, la combinaison viable, c'est-àdire capable de conserver et d'améliorer la vision, ait survécu. Encore faut-il que cette combinaison se soit produite. Et, à supposer que le liasard ait accordé cette faveur une fois, comment admettre qu'il la répèle au cours de Ibisloire d'une espèce, de manièi-e à susciter eliaque fois, tout d'un coup, des complications nouvelles, merveilleusement réglées les unes sur les autres, situées dans le prolonge-

L EVOLUTION DE LA VIi:

ment des complications antérieures P Comment surtout supposer que, par une série de simples (( accidents », ces variations brusques se soient produites les mêmes, dans le même ordre, impliquant chaque fois un accord parfait d'éléments de plus en plus nombreux et complexes, le long de deux lignes d'évolution indépendantes ?

On invoquera, il est vrai, la loi de corrélation, à laquelle faisait déjà appel Darwin lui-même \ On alléguera qu'un changement n'est pas localisé en un point unique de Torganisme, qu'il a sur d'autres points sa répercussion nécessaire. Les exemples cités par Darwin sont restés classiques: les chats blancs qui ont les yeux bleus sont généralement sourds, les chiens dépourvus de poils ont la dentition imparfaite, etc. Soit, mais ne jouons pas maintenant sur le sens du mot (( corrélation ». Autre chose est un ensemble de changements solidaires, autre chose un système de changements complémentaires, c'eslà-dire coordonnés les uns aux autres de manière à maintenir et même à perfectionner le fonctionnement d'un organe dans des conditions plus compliquées. Qu'une anomalie du système pileux s'accompagne d'une anomalie de la dentition , il n'y a rien là qui appelle un principe d'explication spécial : poils et dents sont des formations similaires ^ et la même altération chimique du germe qui entrave la formation des poils doit sans doute gêner celle des dents. C'est probablement à des causes du même genre qu'il faut attribuer la surdité des chats blancs aux yeux bleus. Dans ces divers exemples, les changements (( corrélatifs » ne sont que des changements solidaires,

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