‹ L'évolution créatrice (volume 2)Chapitre 24 sur 112 · Eimer, /6ic/,, p. iG5 et suiv · texte numérisé non relu

Eimer, /6ic/,, p. iG5 et suiv

2. Salensky, Hétéroblastie (Proc. oj the foiirth international Congress of ^oolofjj, London, 1S99, p. 111-118). Salensky a créé ce mot pour désigner

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sique de la spécificité des rcuillets embryonnaires. Pour nous en tenir, encore une fois, à notre comparaison entre l'œil des Vertébrés et celui des Mollusques, nous ferons remarquer que la rétine des Vertébrés est produite par une expansion qu'émet lébauclie du cerveau chez le jeune embryon. C'est un véritable centre nerveux, qui se serait porté vers la périphérie. Au contraire, chez les- Mollusques, la rétine dérive de l'ectoderme directement, et non pas indirectement par l'intermédiaire de l'encéphale embryonnaire. Ce sont donc bien des processus évolutifs différents qui aboutissent, chez l'homme et chez le Peigne, au développement dune même rétine. Mais, sans même aller jusqu'à comparer entre eux deux organismes aussi éloignés l'un de l'autre, on arriverait à une conclusion identique en étudiant, dans un seul et même organisme, certains faits bien curieux de régénération. Si Ton extirpe le cristallin d'un Triton, on assiste à la régénération du cristallin par l'irisa Or, le cristallin primitif s'était constitué aux dépens de l'ectoderme, alors que l iris est d'origine mésodermique. Bien plus : si^ chez la Salamandra maciilaia, on enlève le cristallin en respectant l'iris, c'est par la partie supérieure de l'iris que se fait encore la régénération du cristallin; mais, si l'on supprime cette partie supérieure de l'iris elle-même, la régénération s'ébauche dans la couche intérieure ou rétinienne de la région restante ". Ainsi des parties différemment situées, différemment constituées, accomplissant

les cas où se forment sur les mêmes points, chez des animaux parents les uns (les autres, des organes équivalents dont l'origine embryologique est pourtant différente.

1. Woîff, Die negencration, der Urodelenlinse {Arch. f. Entwickelungsmcchanik, I, iSqS, p. 38o et suiv.).

2. Fischel, Ucber die Régénération der Linsc (Anat. Anzeiger, XIV, i89S> p. 373-380).

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en temps normal des fonctions dilTcrcntes, sont capables (le faire les mêmes suppléances et de fabriquer, quand il le faut, les mêmes pièces delà machine. Nous avons bien ici un même effet obtenu par des combinaisons diverses de causes.

Bon gré malgré, c'est à un principe interne de direction qu'il faudra faire appel pour obtenir cette conAcrgence d'effets. La possibilité d'une telle convergence n'apparaît ni dans la thèse darvsiniste et surtout néo-darwiniste des variations accidentelles insensibles, ni dans rhyjiothèse des variations accidentelles brusques, ni môme dans la théorie qui assigne des directions définies à l'évolution des divers organes par une espèce de composition mécanique entre les forces extérieures et des forces internes. Arrivons donc à la seule des formes actuelles de l'évolutionisme dont il nous reste encore à parler, le néo-la marckis me.

On sait que Lamarck attribuait à l'être vivant la faculté de varier par suite de l'usage ou du non-usage de ses organes, et aussi de transmettre la variation ainsi acquise i'i ses descendants. C'est à une doctrine du même genre que se rallient aujourd'hui un certain nombre de biologistes. La variation qui aboutit à produire une espèce nouvelle ne serait pas une variation accidentelle inhérente au germe lui-même. Elle ne serait pas non plus réglée par un déterminisme sui generis, qui développerait des caractères déterminés dans un sens déterminé, indépendamment de tout souci d'utilité. Elle naîtrait de l'effort même de l'être vivant pour s'adapter aux conditions oii il doit vivre. Cet effort pourrait d'ailleurs n'être que l'exercice mécanique de certains organes, mécaniquement provoqué par la pression des circonstances extérieures. Mais il pourrait aussi impliquer conscience et volonté, et c'est dans ce dernier sens que paraît l'entendre un des repré-

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sentants les plus éminents de la doctrine, le naturaliste américain Cope *. Le néo-lamarckisme est donc, de toutes les formes actuelles de l'évolutionisme, la seule qui soit capable d'admettre un principe interne et psychologique de développement, encore qu'il n'y fasse pas nécessairement appel. Et c'est aussi le seulévolutionisme qui nous paraisse rendre compte delà formation d'organes complexes identiques sur des lignes indépendantes de développement. On conçoit, en effet, que le même effort pour tirer parti des mêmes circonstances aboutisse au même résultat, surtout SI le problème posé par les circonstances extérieures est de ceux qui n'admettent qu'une solution. Reste à savoir si le terme (( effort » ne doit pas se prendre aloi s dans un sens plus profond, plus psychologique encore qu'aucun néo-lamarckien ne le suppose.

Autre chose est en effet une simple variation de grandeur, autre chose un changement de forme. Qu'un organe puisse se fortifier et s'accroître par l'exercice, nul ne le contestera. Mais il y a loin de là au développement progressif d'un œil comme celui des Mollusques et des Vertébrés. Si c'est à la prolongation de l'influence de la lumière, passivement reçue, qu'on attribue cet effet, on retombe sur la thèse que nous a enons de critiquer. Si, au contraire, c'est bien une activité interne qu'on invoque, alors il s'agit de tout autre chose que de ce que nous appelons d'ordinaire un effort, car jamais l'effort n'a produit devant nous la moindre complication d'un organe, et pourtant il a fallu un nombre énorme de ces complica tions, admirablement coordonnées entre elles, pour passer de la tache pigmentaire de l'Infusoire à l'œil du Ycr-

I. Copc, Tlic orirjin of ihe fillcst, 1887; The priinary factors of organic évolution, 189G.

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tëbré. Admettons pourtant cette conception du processus évolutif pour les animaux : comment l'étendra-t-on au monde des plantes ? Ici les variations de forme ne parais- $ sent pas impliquer ni entraîner toujours des changements fonctionnels, et, si la cause delà variation est d'ordre psychologique, il est difficile de l'appeler encore efibrt, à moins d'élargir singulièrement le sens du mot. La vérité est qu'il faut creuser sous l'eflbrt lui-même et chercher une cause plus profonde.

Il le faut surtout, croyons-nous, si l'on veut arriver à une cause de A^ariations régulièrement héréditaires. Nous n'entrerons pas ici dans le détail des controverses relatives à la transmissibilité des caractères acquis ; encore moins voudrions-nous prendre trop nettement parti dans une question qui n'est pas de notre compétence. Nous ne pouvons cependant nous en désintéresser complètement. Nulle part ne se fait mieux sentir l'impossibilité pour les philosophes de s'en tenir aujourd'hui à de vagues généralités, l'obligation pour eux de suivre les savants dans le détail des expériences et d'en discuter avec eux les résultats. Si Spencer avait commencé par se poser la question de l'hérédité des caractères acquis, son évolutionisme aurait sans doute pris une tout autre forme. Si (comme cela nous paraît probable) une habitude contractée par l'individu ne se transmettait à ses descendants que dans des cas très exceptionnels, toute la psychologie de Spencer serait h refaire, une bonne partie de sa philosophie s'écroulerait. Disons donc comment le problème nous paraît se poser, et dans quel sens il nous semble qu'on pourrait chercher à le résoudre.

Après avoir été affirmée comme un dogme, la transmissibilité des caractères acquis a été niée non moins dogmatiquement, pour des raisons tirées a priori de la

nature supposée des cellules germinalcs. On sait comment Weismann a été conduit, par son hypothèse de la continuité du plasma germinatif, à considérer les cellules germinales, — ovules et spermatozoïdes, — comme à peu près indépendantes des cellules somatiques. Partant de là, on a prétendu et beaucoup prétendent encore que la transmission héréditaire d'un caractère acquis serait chose inconcevable. — Mais si, par hasard, l'expérience montrait que les caractères acquis sont transmissibles, elle prouverait, par là même, que le plasma germinatif n'est pas aussi indépendant qu'on le dit du milieu somatique, et la transmissibilité des caractères acquis deviendrait ipso fado concevable : ce qui revient à dire que concevabilité et inconcevabilité n'ont rien à voir en pareille affaire, et que la question relève uniquement de l'expérience. Mais ici commence précisément la difficulté. Les caractères acquis dont on parle sont le plus souvent des habitudes ou des effets de l'habitude. Et il est rare qu'à la base d'une habitude contractée il n'y ait pas une aptitude naturelle. De sorte qu'on peut toujours se demander si c'est bien l'habitude acquise par Xesoma de l'individu qui s'est transmise, ou si ce ne serait pas plutôt une aptitude naturelle, antérieure à l'habitude contractée : cette aptitude serait restée inhérente au germen que l'individu porte en lui, comme elle était déjà inhérente à l'individu et par conséquent à son germe. Ainsi, rien ne prouve que la Taupe soit devenue aveugle parce qu'elle a pris l'habitude de vivre sous terre : c'est peut-être parce que les yeux de la Taupe étaient en voie de s'atrophier qu'elle a dû se condamner à la vie souterraine \ Dans ce cas, la tendance à perdre la vue se serait transmise de germen à germen sans qu'il y eût rien

I. Guénot, La nouvelle théorie iransforinisle (^Flevue générale des sciences, ■i894)- Cf. Morgan, Evolution and adaptation, London, 1908, p. 357.

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