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LA VARIATION INSENSIBLE

Tant sur Y OEnothera Lamarckiana, a obtenu, au bout de quelques générations, un certain nombre de nouvelles espèces. La théorie qu’il dégage de ses expériences est du plus haut intérêt. Les espèces passeraient par des périodes alternantes de stabilité et de transformation. Quand arrive la période de « mutabilité », elles produiraient, dans une foule de directions diverses, des formes inattendues 1 . Nous ne nous hasarderons pas à prendre parti entre cette hypothèse et celle des variations insensibles. Il est d’ailleurs possible que l’une et l’autre renferment une part de vérité. Nous voulons simplement montrer que, petites ou grandes, les variations invoquées sont incapables, si elles sont accidentelles, de rendre compte d’une similitude de structure comme celle que nous signalions.

Acceptons d’abord, en effet, la thèse danviniste de> variations insensibles. Supposons de petites différences dues au hasard et qui vont toujours s’additionnant. 11 ne faut pas oublier que toutes les parties d'un organisme sont nécessairement coordonnées les unes aux autres. P u m’importe que la fonction soit l'effet ou la cause de l’organe : un point est incontestable, c’est que l’organe ne rendra service et ne donnera prise à la sélection que s’il fonctionne. Que la Une structure de la rétine se développe et se complique, ce progrès, au lieu de favoriser la vision, la troublera sans doute, si les centres visuels ne se développent pas en même temps, ainsi que diverses parties de l'organe visuel lui-même. Si les variations sont accidentelles, il est trop évident qu’elles ne s’entendront pas en Ire elles pour se produire dans toutes les parties de 1 organe à la fois, de telle manière qu’il continue à accomplir sa f< fiction. Darwin l’a bien compris, et c’est une des raisons

i. De Vrics, Die Mutationstheorie, Leipzig, igoi-igo3. Cf. Specics and varielies, Cliicrgo, Tgo5.

l’évolution de la vie

pour lesquelles il suppose la variation insensible \ La différence qui surgit accidentellement sur un point de l’appareil visuel, étant très légère, ne gênera pas le fonctionnement de l’organe ; et, dès lors, cette première variation accidentelle peut attendre, en quelque sorte, que des variations complémentaires viennent s’y ajouter et porter la vision à un degré de perfection supérieur. Soit ; mais si la variation insensible ne gêne pas le fonctionnement de l’œil, elle ne le sert pas davantage, tant que les variations complémentaires ne se sont pas produites : dès lors, comment se conserverait-elle par l’elTet de la sélection? Bon gré malgré, on raisonnera comme si la petite variation était une pierre d’attente posée par l’organisme, et réservée pour une construction ultérieure. Cette hypothèse, si peu conforme aux principes de Daravin, paraît déjà difficile à éviter quand on considère un organe qui s’est développé sur une seule grande ligne d’évolution, l'œil des Vertébrés par exemple. Mais elle s’imposera absolument si l’on remarque la similitude de structure de l'œil des Vertébrés et de celui des Mollusques. Comment supposer en effet que les mêmes petites variations, en nombre incalculable, sa soient produites dans le même ordre sur deux ligues d’évolution indépendantes, si elles étaient purement accidentelles ? Et comment se sont-elles conservées par sélection et accumulées de part et d’autre, les mêmes dans le même ordre, alors que chacune d’elles, prise à part, n’était d’aucune utilité?

Passons donc à l’hypothèse des variations brusques, et voyons si elle résoudra le problème. Elle atténue, sans doute, la difficulté sur un point. En revanche, elle

i. Darwin, Origine des especes, trad. Barbier, p. ig8.

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