L HÉRÉDITÉ DE L’ACQUIS QI
ment chimique qu’elle aura déterminé dans le plasma germinatif: ce changement chimique pourra, par exception, ramener la modification originelle dans l’organisme que le germe va développer, mais il y a autant et plus de chances pour qu'il fasse autre chose. Dans ce dernier cas, l’organisme engendré s’écartera peut-être du type normal autant que l’organisme générateur, mais il s'en écartera différemment. Il aura hérité de l'écart et non pas du caractère. En général, donc, les habitudes contractées par un individu n’ont probablement aucun retentissement sur sa descendance ; et, quand elles en ont, la modification survenue chez les descendants peut n’avoir aucune ressemblance visible avec la modification originelle. Telle est du moins l’hypothèse qui nous paraît la plus vraisemblable. En tous cas, jusqu’à preuve du contraire, et tant qu’on n’aura pas institué les expériences décisives réclamées par un biologiste éminent1, nous devons nous en tenir aux résultats actuels de l’observation. Or, en mettant les choses au mieux pour la thèse de la transmissibilité des caractères acquis, en supposant que le prétendu caractère acquis ne soit pas, dans la plupart des cas, le développement plus ou moins tardif d’un caractère inné, les laits nous montrent que la transmission héréditaire est l’exception et non pas la règle. Gomment attendre d’elle qu’elle développe un organe tel que l’œil? Quand on pense au nombre énorme de variations, toutes dirigées dans le même sens, qu’il faut supposer accumulées les unes sur les autres pour passer de la tache pigmentaire de l'Infusoire à l’œil du Mollusque et du Vertébré, on se demande comment l’hérédité, telle que nous l’observons, aurait jamais déterminé cet amoncellement de différences, à supposer qu
i. Giard , Controverses transjormisles, Paris, 1904, p. 1^7-
des efforts individuels eussent pu produire chacune d’elles en particulier. C’est dire que le néo-lamarckisme, pas plus que les autres formes de l’évolutionisme, ne nous paraît capable de résoudre le problème.
En soumettant ainsi les diverses formes actuelles de l’évolutionisme à une commune épreuve, en montrant qu’elles viennent toutes se heurter à une meme insurmontable difficulté, nous n’avons nullement l’intention de les renvoyer dos à dos. Chacune d’elles, au contraire, appuyée sur un nombre considérable de faits, doit être vraie à sa manière. Chacune d’elles doit correspondre à un certain point de vue sur le processus d’évolution. Peut-être faut-il d’ailleurs qu'une théorie se maintienne exclusivement à un point de vue particulier pour qu’elle reste scientifique, c’est-à-dire pour qu’elle donne aux recherches de détail une direction précise. Mais la réalité sur laquelle chacune de ces théories prend une vue partielle doit les dépasser toutes. Et cette réalité est l’objet propre de la philosophie, lacjuclle n’est point astreinte à la précision de la science, puisqu’elle ne vise aucune application. Indiquons donc, en deux mots, ce que chacune des trois grandes formes actuelles de l’évolutionisme nous paraît apporter de positif à la solution du problème, ce que chacune d’elles laisse de côté, et sur quel point, à notre sens, il faudrait faire converger ce triple effort pour obtenir une idée plus compréhensive, quoique par là même plus A7ague, du processus évolutif.
Les néo-darwiniens ont probablement raison, croyonsnous, quand ils enseignent que les causes essentielles de variation sont les différences inhérentes au çerme dont
l’individu est porteur, et non pas les démarches de cet