‹ L'évolution créatriceChapitre 9 sur 71 · LE TRANSFORMISME · texte numérisé non relu

LE TRANSFORMISME

la biologie pourrait et devrait continuer à établir entre les formes vivantes les mêmes relations que suppose aujourd’hui le transformisme, la même parenté. Il s’agirait, il est vrai, d’une parenté idéale et non plus d’une fdiation matérielle. Mais, comme les données actuelles de la paléontologie subsisteraient aussi, force serai t bien d’admettre encore que c’est successivement, et non pas simultanément, que sont apparues les formes entre lesquelles une parenté idéale se révèle. Or la théorie évolutioniste, dans ce qu’elle a d’important aux yeux du philosophe, n’en demande pas davantage. Elle consiste surtout à constater des relations de parenté idéale et à soutenir que, là où il y a ce rapport de fdiation pour ainsi dire logique entre des formes, il y a aussi un rapport de succession chronologique entre les espèces où ces formes se matérialisent. Celte double thèse subsisterait en tout état de cause. Et, dès lors, il faudrait bien encore supposer une évolution quelque part, — soit dans une Pensée créatrice où les idées des diverses espèces se seraient engendrées les unes les autres exactement comme le transformisme veut que les espèces elles-mêmes se soient engendrées sur la terre, — soit dans un plan d’organisation vitale immanent à la nature, qui s’expliciterait peu à peu, où les rapports de fdiation logique et chronologique entre les formes pures seraient précisément ceux que le transformisme nous présente comme des rapports de fdiation réelle entre des individus vivants, — soit enfin dans quelque cause inconnue de la vie, qui développerait ses effets comme si les uns engendraient les autres. On aurait donc simplement transposé l’évolution. On l’aurait fait passer du visible dans l’invisible. Presque tout ce que le transformisme nous dit aujourd hui se conserverait, quitte à s’interpréter d’une autre manière. Ne vaut-il pas mieux, dès lors, s’en tenir à la lettre du

l’évolution de la vie

transformisme, tel que le professe la presque unanimité des savants? Si l’on réserve la question de savoir dans quelle mesure cet évolutionisme décrit les faits et dans quelle mesure il les symbolise, il n’a rien d’inconciliable avec les doc trines qu’il a prétendu remplacer, meme avec celle des créations séparées, à laquelle on l’oppose généralement. C'est pourquoi nous estimons que le langage du transformisme s’impose maintenant à toute philosophie, comme l’affirmation dogmatique du transformisme s’impose à la science.

Mais alors, il ne faudra plus parler de la vie en général comme d une abstraction, ou comme d’une simple rubrique sous laquelle on inscrit tous les êtres vivants. A un certain moment, en certains points de l'espace, un courant bien visible a pris naissance : ce courant de vie, traversant les corps qu’il a organisés tour à tour, passant de génération en génération, s’est divisé entre les espèces et éparpillé entre les individus sans rien perdre de sa force, s intensifiant plutôt à mesure qu’il avançait. On sait que, dans la thèse de la « continuité du plasma germinatif », soutenue par Weismann, les éléments sexuels de l’organisme générateur transmettraient directement leurs propriétés aux éléments sexuels de l’organisme engendré. Sous cette forme extrême, la thèse a paru contestable, car c'est dans des cas exceptionnels seulement qu’on voit s’ébaucher les glandes sexuelles dès la segmentation de l’ovule fécondé. Mais, si les cellules génératrices des éléments sexuels n’apparaissent pas, en général, dès le début de la vie embryonnaire, il n’en est pas moins vrai qu’elics se forment toujours aux dépens de tissus de l’em< bryon qui n’ont encore subi aucune différenciation fonctionnelle particulière et dont les cellules se composent de protoplasme non modifié '. En d’autres termes, le pouvoir '

i. Roule, L’embryologie générale, Paris, i8q3, p. 3iq.

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