‹ L'evolution d'un mythe; Açvins et DioscuresChapitre 50 sur 53 · DIOSCURES ET DYADES SIMILAIRES · texte numérisé non relu

DIOSCURES ET DYADES SIMILAIRES

Dans la mythologie grecque, plusieurs couples peuvent être comparés à celui des fils de Zeus : les Dioscures Béotiens, Amphion et Zéthos, eux aussi fils de Zeus, invoqués à Thèbes

ECLAIRCISSEMENTS

sous le nom de 2(co, les deux dieux par excellence, comme l’étaient à Sparte les Tyndarides ; les Dioscures Thessaliens, Machaon et Podalire, les deux Asclépiades, dont les cures merveilleuses rappellent celles des Açvins, guérisseurs divins ; les Dioscures Messéniens, Lynkeus et Idas, fils d’Aphareus, qui, si l’on considère leurs noms mêmes, ne peuvent être que des dieux lumineux et brillants; et d’autres dyades analogues, dont l’origine est semblable et qui donnent naissance à des légendes répétant indéfiniment, sous des noms divers, les mêmes traits mythiques.

11 n’est pas impossible que des couples similaires aient existé dans les mythologies d’autres peuples indo-européens. Mais des assimilations de ce genre ne doivent être faites qu’avec la plus grande prudence; on peut même dire qu’elles n’ont aucune valeur scientifique, lorsqu’elles reposent seulement sur l’affirmation d’un auteur ancien. Car les Grecs et les Latins avaient l’habitude de comparera leurs dieux les divinités barbares ; dans bien des cas, ils désignaient celles-ci par des noms tirés de leur propre mythologie, d’après un trait superficiel ou une ressemblance fortuite, que, le plus souvent, une fois le rapprochement fait, ils ne se donnaient même plus la peine de signaler.

C’est ainsi que Tacite nous parle des Dioscures Germaniques et Diodore des Dioscures Celtiques. Mais rien ne nous autorise, en l’absence de documents précis, à nous en rapporter au témoignage de ces écrivains. Que nous apprend, en effet, le passage de Tacite ? Que dans un bois sacré des Naharvales on rendait un culte à deux dieux frères (il n’est nullement spécifié que ce soit un couple de jumeaux), appelés Alci, que le culte de ces dieux ne venait pas de l’étranger, et que les Romains les avaient assimilés à Castor et Pollux.

« Apud Naharvalos antiquae religionis lucus ostenditur. Præsidet sacerdos muliebri ornatu ; sed deos, interpretatione romana, Castorem Pollucemque memorant : ea vis numini,

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nomen Alcis. Nulla simulacra, nullum peregrinæ superstitionis vestigium; ut fratres tamen, ut juvenes venerantur. » (Tac. Germ 43.)

Tacite considère les Alci comme autochtones; dans d’autres parages, le culte des Dioscures aurait été institué par ces dieux eux-mémes, lors de l’expédition des Argonautes. D’après une tradition courante dans l’antiquité, les Argonautes auraient remonté le Tanaïs jusqu’à sa source, puis, traînant leur navire par terre vers un fleuve tributaire de l’Océan, ils auraient fait le périple de l’Europe, pour rentrer dans la Méditerranée par le détroit de Gadès. « On allègue comme preuves, dit Diodore, le fait que les Celtes habitant les côtes de l’Océan ont un culte particulier pour les Dioscures ; que, suivant une antique tradition du pays, ces dieux leur vinrent de l'Océan; que sur le littoral même beaucoup d’appellations de lieux sont tirées du nom des Argonautes et des Dioscures. » (Diod. Sic. IV, 4G.)

Ce périple fabuleux des Argonautes doit être rangé dans la catégorie des voyages mythiques, semblables à ceux des Açvins eux -mêmes, ou d’Héraclès et de Dionysos parmi les dieux grecs. Du reste, si le culte de prétendus Dioscures chez les Barbares était, d’après les auteurs anciens, une preuve du passage des Argonautes, le passage des Argonautes à son tour servait à expliquer le culte des Dioscures. Ainsi l’on appuyait l’un par l’autre deux faits également incertains.

Si l’on ne peut rien affirmer à propos du culte possible chez les Germains et les Celtes d’une dyade analogue à celle des Açvins-Dioscures, il faut être encore plus prudent quand il s’agit d’un rapprochement quelconque avec des divinités anaryennes. Un mythe Quiché (Guatemala) présente quelques analogies fort vagues avec certains traits des légendes relatives aux dyades indo-européennes. Voici ce mythe, que nous résumons d’après M. Réville (Réville, Les Religions du Mexique , de l'Amérique Centrale et du Pérou , p. 239 sq.) :

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Legrand-père et lagrand’mère (le Soleil et la Lune, selon M. Réville), ont deux fils (autres personnifications du Soleil). Les princes de Xiballa leur coupent traîtreusement la tète ; celle du premier est placée entre les branches d’un calebassier qui se couvre immédiatement de fruits. La tète elle-même devient une grosse calebasse, et le roi déclare cet arbre sacré. Mais sa fille, par curiosité, touche à la tête-calebasse, qui lui crache dans la main ; aussitôt elle devient enceinte. Elle donne naissance à deux jumeaux, auxquels un rat révèle leur origine et l’endroit où ils découvriront la tète de leur père. Après de grands combats livrés aux princes de Xiballa, ils finissent par être brûlés vifs. Mais de leurs cendres jetées dans l’eau surgissent deux beaux hommes-poissons, qui reviennent à Xiballa, se vengent, et opèrent l’apothéose de leur père devenu le Soleil, de leur mère devenue la Lune, d’eux-mêmes et de leurs amis transformés en étoiles.

D’après M. Réville, l’idée fondamentale de ce mythe serait celle du soleil qui meurt et revit. « Les deux fils... sont les Etoiles du matin et du soir (?), Dioscures Quichès, ramenant au ciel leur père et leur mère. »

Or, des lointaines ressemblances que peuvent présenter certaines parties de ce mythe avec quelques traits de la légende des Açvins-Dioscures, il nous semble qu’on ne peut tirer légitimement aucune conclusion. M. Réville s’en est gardé du reste, et il a montré dans une autre partie du même ouvrage le danger des assimilations hâtives. « On a tiré des conséquences fort arbitraires des traits communs qu’on a pu relever entre les croyances, les coutumes et les institutions de ces civilisés du Nouveau-Monde et celles de divers peuples d’Asie et d'Europe.... Si les Vierges du Soleil, infidèles à leur vœu, étaient condamnées au même supplice que les Vestales romaines coupables du même délit, cela ne saurait effacer les innombrables différences qui creusent un abîme entre les

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latins et les indigènes des bords du Pacifique. » {Ibid., p. 7.)

Constatons donc simplement qu’un mythe Quiché parle de deux dieux jumeaux : « Il naît souvent des jumeaux, même parmi les hommes. »

A plus forte raison, nous devons nous interdire de rapprocher les jumeaux Aryens des jeunes hommes Australiens ou des deux épouses de la Grande Antilope des Boschismans, dont parle Andrew Lang dans sa mythologie :

« Les jumeaux ou Dioscures des Hellènes sont deux jeunes héros que Zeus plaça dans le Ciel en récompense de leur amour fraternel. En Australie, Turri (Castor) et Wangel (Pollux) sont des jeunes hommes qui poursuivent Purra et le mettent à mort. Chez les Boschismans, Castor et Pollux, au lieu d’être des hommes, sont deux épouses de la grande Antilope indigène. » (Andrew Lang, La Mythologie, trad. Parmentier, p. 173).

D’abord, il est permis de contester le point de départ de M. Andrew Lang et l’interprétation qu’il donne des Dioscures Helléniques ; puis les prétendues analogies mythiques dont il est question se ramènent à ceci : lorsque certains peuples sauvages ont regardé avec curiosité le firmament, ils ont été frappés, ce qui n’a rien d’extraordinaire, par l’éclat de deux étoiles dans la constellation que les Européens nomment les Gémeaux, et, comme ces deux étoiles étaient voisines, ils les ont réunies sous une même appellation. Mais c’est œuvre vaine que de chercher à rapprocher les contes forgés à leur sujet, surtout si, comme nous le croyons, les conceptions de ce genre ont été, chez les Grecs, relativement tardives, et si les Hindous les onl à peine connues.

Univ. de Lyon. — R en kl

INDEX ANALYTIQUE

I II A A < ; A I s

Aether, 106, 111.

AJcis, 286.

Amphion, 253.

Ane, 24, 99 sq., 184.

Animaux mytliiques, 38 sq., 48, 63, 66, 68, 72, 97, sq., 102.

166 sq., 177 sq., 179, 202.

241, 251, 273 sq.

Anthropomorphisme, 70, 128,

152, 160 sq., 241, 242, 246 sq.

Apharides, 250.

Apollon, 99, 102, 273, 274, 275.

Arbre mythique, 31, 117 sq.

Argô (navire), 119, 253 sq.

Argonautes, 250 sq.

Ascète, 196.

Asclépiades, 254.

Aurore, 39 n., 77, 103, 133, 225 (v. sk. Usas).

Bélier, 40-41, 177, 179. 318, 252.

Biche, 253.

Borée, 240.

I Boréades, 253.

Cabires, 254, 259.

Caille, v. sk. Vartikâ.

Calais, 253.

Celtiques (Dioscures), 283.

Char, 94 sq., 103, 105, 109, 182.

Cheval, 46-47, 48 49, 50, 63, 69-70, 94 sq., 114, 169, 179, 202,211,229, 239, 240, 241 sq., 251, 260, 261, 277 sq.

Couple (élément mâle et élément femelle), 39, 133, 234,

Course (des Açvins), 106 sq. — (en char), 182.

INDEX ANALYTIQUE

Crépuscule, 223 sq.

Cygne, 98-99, 209, 245, 260, 274.

Danaos, 274.

Dauphin, 102.

Déesses (les trois), 81 sq.

Démétèr, 241 n.

Démons, 131 n.

Dionysos, 201.

Dodone, 253.

Duel, 64-65.

Dyades (deux éléments de même sexe), 20, 52, 63 sq., 70, 77, 87, 102, 131. 140-141, 140, 206, 221 sq., 231, 234, 238, 242, 249, 250, 250.

Echiôn, 253.

Elme (feu Saint-), 265 sq.

Enigmes, 106, 109, 137 n., 153, 188 n., 195.

Etrusques (miroirs), 258 sq.

Euphémos, 253.

Eurytos, 253.

Evhémérisme, 230, 247 sq. 278.

Fenris, 274 (v. loup).

Gémeaux, 218-219,

Germaniques (Dioscures), 287.

Harpagos, 239 sq.

Harpie, 240.

Hélène, 246, 249, 265.

Ilélios, 250.

Hellè, 252.

Héphaistos, 5, 201.

Héraclès, 60, 253.

Heures, 76.

Hilaeira, 250.

Horus, 274.

Idas, 250.

Inceste, 54.

Iraniens (dieux), 236.

Ivresse, v. sk. mâda.

Jason, 251 sq.

Kyllaros, 239 sq.

Lait, 7, 125.

Lampétiè, 250.

Latone, 275.

Léda, 244 sq.

Leucippides, 249-250.

Liturgie, 5, 79-80, 147, 169 sq.

Loup, 38 sq., 60, 61, 273 sq.

Lune, 197, 229 sq.

Lynkeus, 250.

Machaon, 254, 286.

Médecins (Açvins), 60 sq., 111 n., 119 sq., 171, 176 sq., 197 sq.

Médée, 34, 187, 252.

Miel, 123, 149,. 279 (v. sk.

mûdhu).

Miracles (des Açvins), 27 sq.

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