CHAPITRE VI
LES FISSURES DU SYSTÈME COMMERCIAL Par W. OU ALI D
l. La réaction antimercantiliste dans la doctrine. — 1. Les physio-
crates. — 2. Adam Smith.
H. La réaction dans les faits. — Le traité d'Eden.
Le régime commercial de la fin du xviii^ siècle porte en lui-même, nous l'avons vu, les germes d'une disparition prochaine. Les principaux éléments du monopole : corporations ou compagnies privilégiées, n'ont souvent plus qu'une existence nominale et mènent une vie végétative et désuète. Mais, à côté de ces causes internes de décadence, résultat naturel d'un privilège trop prolongé, jouent les facteurs externes qui permettent de pressentir un âge nouveau et vont hâter le déclin et la chute du régime expirant. Le monopole, sous ses formes variées : prohibitionnisme national, exclusivisme corporatif, ])rivilège de la compagnie, trouve dans la doctrine et dans la pratique des adversaires plus vigoureux et plus puissants qu'il n'en a rencontré jusque-là. Il a aussi ses ardents défenseurs, et l'hésitation des réformes du xviii^ siècle reflète bien ces conflits, avec les victoires alternatives des deux partis. Néanmoins, le courant libéral est le plus fort. Soit par le mouvement des idées, soit par les actes des hommes de Gouvernement convertis aux nouveaux principes, la brèche ouverte dans le système commercial s'élargit progressivement. L'édifice se lézarde de fissures de plus en plus nombreuses,
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82 LE COMMERCE A LA FIN DE l'aNCIEN RÉGIME
et les replâtrages successifs n'en peuvent guère prolonger que de quelques années la précaire existence.
La réaction doctrinale contre les excès réglementaires du mercantilisme industrialiste ou commercialiste date, il est vrai, d'avant le xviii^ siècle. Déjà au xvii^ siècle, tant en France qu'en Angleterre, on se livrait à la critique des formes spéciales de la réglementation. Boisguilbert, le précurseur, prêchait la solidarité des peuples et la division internationale du travail qui profiterait à tous, comme il protestait contre la législation des grains i. Dudley North, dans son Discourse iipon Trade^ en 1691, qualifiait le mercantilisme d'aberration politique et préconisait la liberté comme seul moyen d'arriver à la richesse, invoquant aussi la solidarité qui unit les classes et les nations. Moins vigoureusement que lui, d'autres auteurs comme William Petty, Josiah Child, Tucker, King, protestaient à leur tour contre les excès d'une réglementation douanière trop étroite. En même temps, le mercantilisme s'était affiné, la théorie de la balance du commerce avait pris la place de l'ancien bulhonisme trop exclusif", ou du mercantilisme agricole ou industrialiste, uniquement préoccupé d'une des branches de l'activité économique. C'étaient là toutefois des protestations isolées et peu écoutées. La majorité des auteurs, économistes ou pamphlétaires, des hommes d'Etat et des administrateurs demeuraient convaincus que dans l'échange international l'un ne peut gagner que l'autre ne perde. Seul le xviii^ siècle devait voir s'ériger en corps de doctrine, d'abord timide, simple concession faite à l'esprit