‹ L'évolution de commerce, du crédit, et des transports depuis cent cinquante ans;Chapitre 4 sur 109 · LE COMMERCE ET LES COMMERÇANTS A LA FLN DU WIII^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE COMMERCE ET LES COMMERÇANTS A LA FLN DU WIII^ SIÈCLE

Par W. OUALID.

Aurore d'une ère nouvelle pour l'industrie, révolutionnée par une longue série d'inventions et d'applications de forces jusqu'alors ignorées ou inutilisées, la fm du xviii^ siècle marque au contraire, pour le commerce, la date d'une apogée. C'est comme le couronnement de la période qui commence avec les découvertes maritimes de la fin du xv^ siècle, et dont les conséquences économiques se font alors pleinement sentir. Au moment où sonne l'heure de la révolution industrielle, le grand commerce — et surtout le commerce maritime, caractéristique des trois siècles qui prennent fin avec l'Ancien Régime. — a réalisé presque tous les progrès que lui permet la technique dont il dispose. Il règne en maître sur la vie économique et politique des nations européennes et du monde soumis à leur empire. Les gouvernements l'encouragent, la hiérarchie sociale fait une place prépondérante à ses représentants, les poètes le chantent, et toute la littérature économique n'est pleine que de lui.

b LE COMMERCE X LA FIN DE L ANCIEN REGIME

Sans doute, faut-il y voir l'enthousiasme des contemporains qui s'attache toujours au succès, mais l'histoire a rendu pleine justice au rôle du commerce, en ce stade de l'évolution économique. Grâce à la hardiesse de ces boutiquiers lancés à la conquête des mers et des continents, « portant leurs marchandises et leurs lois d'un pôle à l'autre et se faisant payer un tribut par les flots eux-mêmes i », le monde commercial a vu ses limites démesurément élargies et reculées jusqu'aux confins du globe. Le marché d'approvisionnement de l'humanité s'est agrandi, augmentant par là même la quantité des biens offerts à ses jouissances. Denrées exotiques encombrantes, dont le poids empêchait jadis le transport par lentes caravanes, produits de pays neufs autrefois inconnus, le riz et le sucre, les bois odorants et les essences rares, le coton et le tabac, le café et le thé, la vanille et le cacao, les substances tinctoriales, sans parler des épices, but de la convoitise universelle, sont devenus l'objet d'un trafic sans cesse accru.

Ainsi s'édifie la fortune des ports de l'Atlantique, héritiers de l'hégémonie maritime des cités méditerranéennes, presque ruinées par l'abandon des anciennes voies commerciales et réduites à n'être que les portes de l'Europe sur le proche Orient. Leurs entrepôts regorgent des produits d'outre-mer ramenés par leurs navires en échange des produits de l'industrie ou de l'agriculture nationales. Fenêtres ouvertes sur le monde extérieur, ils forment aussi la voie par laquelle pénètrent les innovations industrielles des autres pays de même civilisation. En apportant ses marchandises, le commerce secoue la léthargie dans laquelle s'endort l'industrie routinière et réglementée de l'Ancien Régime. Il fournit des modèles de ce que fait ailleurs l'ingéniosité humaine, il suscite la concurrence, provoque l'imitation. C'est

1 Byron. Don Juan, X» chant, LXV.

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