I. — La monnaie et les règlements internationaux
Nous avons vu plus haut que la fin du xix<^ siècle avait été marquée d'abord par une désorganisation des systèmes monétaires et une crise des changes consécutive à la dépréciation de l'argent et à la disparition du bimétallisme, puis par toute une série de réformes monétaires destinées à rétablir des changes normaux.
Ces réformes se sont poursuivies avec succès dans les premières années du xx^ siècle, et ont abouti à la généralisation d'un système monétaire nouveau, que les Américains ont dénommé gold exchange standard (étalon d'or quant au change), et que l'on peut appeler système de la réserve d'or. En effet, les Etats qui n'avaient pas dans leur circulation monétaire la quantité d'or nécessaire pour faire face aux besoins des règlements internationaux, et qui, de ce fait, subissaient de violentes fhic-
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tuations de change, s'efforcèrent de se procurer un stock d'or suffisant pour pouvoir stabiliser leurs changes ; ils se gardèrent de mettre cet or en circulation, mais le mirent au contraire en réserve, de manière à pouvoir en fournir éventuellement, à un taux fixe, aux particuliers qui avaient des comptes à régler à l'étranger.
Ils se trouvèrent ainsi constituer un système monétaire nouveau, où l'or était bien l'étalon de valeur, quoiqu'il fût absent de la circulation i.
C'est ce système qui, dans des circonstances diverses et avec des modalités différentes, a été adopté, dans les premières années du xx^ siècle, aux Tles Philippines, dans la colonie anglaise des Détroits (Straits Settlements), au Siam. Au Mexique, la réforme amorcée dans ce sens a abouti, par suite de circonstances favorables, à l'introduction rapide d'un gros stock d'or dans la circulation.
Aujourd'hui, il ne reste plus guère, parmi les pays dont la circulation monétaire est essentiellement composée d'argent, que la Chine et l' Indo-Chine française qui ne soient pas parvenues à stabiliser leurs changes, en se constituant pour le moins une réserve d'or en vue des changes extérieurs.
Il n'y a plus également que fort peu de pays à monnaie de papier qui n'aient obtenu les mêmes résultats par les mêmes moyens. Le Brésil, en effet, a suivi l'exemple donné par la République Argentine dans les dernières années du xix^ siècle, et s'est constitué un stock d'or amplement suffisant pour parer aux fluctuations de ses comptes avec l'étranger. Seul, parmi les grands Etats Sud-Américains, le Chili, n'a pas encore définitivement réalisé un système monétaire semblable sur la base de la réserve d'or.
En Europe, il ne reste plus que trois nations dont le
1. Sur les modalités et le fonctionnement de ce système, voir B. Nogaro, Éléments d'Économie politique, i. I, pp. 171 et 273.
régime monétaire ne permette pas de régler sur des bases stables les échanges avec l'étranger : en sont le Portugal, la Grèce et l'Espagne. Mais ces deux derniers pays principalement sont parvenus à améliorer considérablement leur système monétaire et à contenir les fluctuations de leur change dans des limites assez étroites.
En résumé, les graves perturbations qui caractérisaient l'histoire monétaire vers la fin du xix*^ siècle ont disparu.
L'équilibre des changes internationaux, qui avait été à peu près réalisé à l'époque où ils étaient régularisés par l'existence d'un grand nombre de pays bimétallistes, se trouve en grande partie rétabli sur la base de l'étalon d'or, — les pays qui n'avaient pas une circulation d'or s'étant, pour la plupart, procuré une réserve suffisante pour parer aux besoins des règlements internationaux. Toutefois, il faut remarquer qu'un stock d'or — qu'il circule dans le pays ou qu'il soit mis en réserve — finit par s'épuiser lorsque la balance des comptes est débitrice, c'est-à-dire lorsque les dettes extérieures l'emportent sur les créances pendant une longue période. L'équilibre des changes et la stabilité des régimes monétaires actuels restent donc subordonnés à l'équilibre des règlements internationaux : seuls, les pays producteurs d'or peuvent exporter constamment leur métal.
Aussi, quoique le monde contemporain possède dans le régime nouveau de la réserve d'or un système simple et logique, qui a pu remédier jusqu'ici dans un grand nombre de cas à la crise des changes, on ne saurait assurer qu'il soit définitivement à l'abri d'un risque analogue.