INTRODUCTION
point à un autre, comme celles que font les hommes ; ce qui est la vérité dans un coin de l'univers, sur nôtre globe, par exemple,. ou dans notre petit système solaire, ne va-t-il pas devenir l'erreur un peu plus loin? Et alors ne pourra-t-on pas se denfander si les lois dépendant de l'espace ne dépendent pas aussi du temps, si elles ne sont pas de simples habitudes, transitoires par conséquent et éphémères? C'est encpre l'Astronomie qui va répondre à cette question. Regardons les étoiles doubles; toutes décrivent des coniques; ainsi, si loin que porte le télescope, il n'atteint pas les limites du domaine qui obéit à la loi de Newton.
« En même temps, l'Astronomie nous apprenait à ne
pas nous effrayer des grands nombres, et cela était nécessaire, non seulement pour connaître le ciel, mais pour connaître la Terre elle-même, et cela n'était pas aussi facile qu'il nous semble aujourd'hui.
c< Essayons de revenir en arrière et de nous figurer ce qu'aurait pensé un Grec à qui l'on serait venu dire que la lumière rouge vibre quatre cents millions de millions de fois par seconde. Sans aucun doute une pareille assertion lui aurait pauni une pure folie et il ne se serait jamads abaissé à la contrôler. Aujourd'hui une hypothèse ne nous paraîtra plus absurde parce qu'elle nous oblige à imaginer des objets beaucoup plus grands ou beaucoup plus petits que ceux que nos sens sont capables de nous montrer, et nous ne comprenons plus ces scrupules qui arrêtaient nos devanciers et les empêchaient de découvrir certaines vérités, simplement parce qu'ils en avaient peur. Mais pourquoi ? C'est parce que nous avons vu le ciel s'agrandir et s'agrandir sans cesse ; parce que nous savons que le Soleil est à 150 millions de kilomètres de la Terre et que la distance des étoiles les plus rapprochées est des centaines de mille fois plus grande encore. Habitués à contempler l'infiniment grand, nous sommes devenus aptes à comprendre l'infiniment petit. Grâce à l'éducation qu'elle a reçue, notre imagination, comme l'œil de l'aigle que le Soleil n'éblouit pas, peut regarder la vérité face à face.
« Mais, dira-on, l'Astronomie a donné aux autres
sciences tout ce qu'elle pouvait leur donner, et maintenant que le ciel nous a procuré les instruments qui nous permettent d'étudier la nature terrestre, il pourrait sans danger se voiler pour toujours. Après ce que nous venons de dire, est-il besoin de répondre à cette objection? On aurait pu raisonner de même du temps de Ptolémée; alors aussi, on croyait tout savoir, et l'on avait encore presque tout à apprendre.
« Les astres sont des laboratoires grandioses, des creusets gigantesques, comme aucun chimiste ne pourrait en rêver. Il y règne des températures qu'il nous est impossible de réaliser. Leur seul défaut, c'est d'être un peu loin ; mais le télescope va les rapprocher de nous, et alors nous verrons comment la matière s'y comporte. Quelle bonne fortune pour le physicien et le chimiste I
(( La matière s'y montrera à nous sous mille états divers, depuis ces gaz raréfiés qui semblent former les nébuleuses et qui s'illuminent de je ne sais quelle lueur d'origine mystérieuse, jusqu'aux étoiles incandescentes et aux planètes si voisines et pourtant si différentes de nous.
u Peut-être même les astres nous apprendront-ils un jour quelque chose sur la vie ; cela semble un rêve insensé, et je ne vois pas du tout comment il pourrait se réaliser ; mais, il y a cent ans, la chimie des astres n'aurait-elle pas paru aussi un rêve insensé? »
Enfin l'Astronomie nous a montré, plus que toute autre science, la nécessité d'une recherche désintéressée du vrai. Les esprits trop exclusivement orientés vers la pratique et vers un intérêt matériel immédiat (et ce sont les plus nombreux dans l'humanité) se demandent -toujours, en face d'une théorie qui leur semble trop abstraite, à quoi elle peut bien servir. Leur répondre que quand même elle ne devrait jamais avoir d'utilité pratique elle vaudrait encore la peine de tenter nos efforts et de solliciter notre admiration, comme la peinture ou la musique, serait sans doute pour eux un argument insuffisant. Une meilleure réponse consisterait à montrer la solidarité de toutes les parties de la Science, à