C. La Perse
L La Perse ancienne. — La morale de VAvesta. — La première instruction. — Xénophon et la Cyropédie. — Ecoles de justice. — Education gymnastique guerrière. — IL* />i Per^e morfcrne. — Les écoles primaires et leur enseignement. — Les medresseh ou écoles secondaires. — Leur organisation. — Les hautes études. — L'arithmétique et Tastronomie. — Rôle important de l'astrologie.
— i/almanach. — Caractère primitif des conceptions cosmiques.
D. De Varrêt du développement scientifique en Orient. Stérilisation de la science positive par la religion. — Arithmétique primitive.
CH. XIV. — l'édccatiox dans l'inde et la perse 381
A. Aborigènes de lInde et Aryas védiques.
Pour traiter un sujet aussi important que Téducation, il nous serait très précieux de connaître les origines sociologiques de Tlnde, malheureusement la première enfance des nations ne laisse pas plus de traces dans leurs annales que celle des individus dans leur mémoire. Pour nous figurer en quoi a pu consister Téducalion chez les premières populations de Tlndc, nous ne pouvons puiser qu'à des sources indirectes do renseignement, savoir: l'analogie générale avec ce qui advient ou est advenu dans les autres pays ou races, les coutumes encore en vigueur chez les aborigènes de Tlnde, enfin les quelques notions plus ou moins vagues et très insuffisantes, que Ton peut extraire du Rig-Véda. — Par l'ethnologie comparative nous pouvons inférer, que les lointains ancêtres des Indous, sauvages ou très barbares, ne connaissaient que l'éducation domestique, bornée aux connaissances pratiques et indispensables. Le fait nous est d'ailleurs confirmé par les mœurs des aborigènes actuels de rinde. Mais ces survivants des premiers occupants du pays sont très hétérogènes, très divers par la race et la civilisation. En tout, leurs mœurs sont variées et dissemblables ; j'en citerai quelques traits relatifs à l'éducation. Chez les Khonds, l'autorité du père est absolue. Pour son fils, le père doit être un dieu et lui désobéir est un crime énorme (1). Ce trait, assez ordinaire dans toutes les sociétés humaines, dès que la famille paternelle y est fondée, est peut-être plus précoce et plus accentué dans l'Inde qu'ailleurs et il est utile de le signaler.
Un autre trait de mœurs encore est particulier aux aborigènes de Tlnde, du moins il est, chez eux, plus fréquent que chez les peuples sauvages ou très barbares des
(i) Macpberson. Khonds of Ganjani and Cutiack, 17.
autres races ; c'est la coutume de construire dans cliaqwe village des maisons-dortoirs spéciales, les unes destinées aux filles, les autres aux garçons. Il en est ainsi, par exemple, chez les Abors, où des maisons de ce genre, ayant deux cents pieds de longueur environ, reçoivent, chaque soir, à peu près 300 jeunes garçons de condition libre ou esclave, en outre quantité de petits garçons et parfois quelques hommes mariés (1) . Chez d'autres aborigènes, les Oraons, il existe aussi des dortoirs analogues où les jeunes garçons doivent dormir sous peine d'amende (2). Les jeunes filles ne passent pas non plus la nuit chez leurs parents, et, dans certains villages, elles ont également leur dortoir spécial (3). Dans d'autres, elles sont dispersées et distribuées dans diverses maisons, probablement chez les veuves, mais sans doute pas tous les jours sous le même toit; car on fait mystère de la maison qui les abrite (4).
Certains groupes d'aborigènes ont organisé une véritable éducation, au sens que nous attachons à ce mot. Chez les Karens de Birmanie, si analogues aux aborigènes de rinde proprement dite, les anciens sont dépositaires des lois ou plutôt des coutumes politiques et sociales et ils les transmettent oralement aux jeunes gens (o). Mais les plus avancés sous ce rapport sont les Mùgs du Bengale, mongoloïdes de race et Bouddhistes de religion. Les Mligs ont une véritable instruction donnée dans des écoles, où tous les enfants, riches ou pauvres, passent, chaque jour, plusieurs heures. Aussi presque tous les Mûgs savent-ils lire et écrire. Mais c'est à Tinfluence religieuse, qu'il faut faire honneur de cette excep-
(1) DsiMon. Etknology of BengnL 23.
(2) Ibid. 247.
(3) Ibid.
(4) Ibid. 248.
(5) H. Spencer. Sociologie, III. 687.
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lion. Ce sont les prêtres bouddhistes, qui donnent cet enseignement scolaire et c'est leur foi religieuse, qui leur inspire ce grand zèle (1). Ce fait vient donc confirmer une règle ou une loi d'évolution pédagogique, que j'ai précédemment signalée en pariant de l'Egypte ancienne. Les écoles sont inconnues chez les Kaffirs de l'Afghanistan, que l'on pourrait avec quelque vraisemblance considérer comme un reste dégénéré des Aryas védiques, dont je dirai tout-à-rheure quelques mots. — Dans le Kafiiristan, il n'est plus question d'instruction scolaire ; car il n'y existe pas encore de clergé organisé.
Pour donner un nom au nouveau-né, les Kaffirs s'en rapportent au hasard, et voici comment on procède. Quand la mère offre pour la première fois le sein à Tenfant, une autre femme, qui l'assiste, répète rapidement les noms des ancêtres, hommes ou femmes, suivant l'occurrence, et le nom, qu'elle se trouve prononcer au moment précis où Tenfant saisit le mamelon, est adopté. Plus tard on y ajoute le nom du père, comme « fils de... », ou bien du grand-père, si le nom paternel est trop répandu. Enfin h ces noms réguliers, on substitue souvent, dans la pratique, un sobriquet tiré de telle ou telle particularité physique, par exemple w rouge, droit, mince, borgne, etc. » (2).
Les parents Kaffirs aiment leurs enfants, mais font surtout cas du premier-né (3). Les enfants sont la propriété du père, qui môme a le droit de les vendre et en use souvent pour les filles. Suivant la pratique ordinaire en pays primitif, les enfants Kaffirs ne sont sevrés qu'à l'âge de deux ou trois ans ; il en résulte nécessairement, que, dans un village Kaffir, toutes les jeunes femmes ou
(i| Dation. Loc. ciL 113.
(2) G. S. Robertson. Kàfiristan and Us people. 85.
(3) Capus. Questionnaire sociologique, (Bull. Soc, cVAnthrop. 1890.)
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* >^: ^1 ; twi-r* ! .r- r rirr* a-i «rhimp^ et jouent au lakourîj^ %-.-rt ir* -l'i:.'-* i^-r'-!:!-^ en miniature. — De leur c'*é, I-f j:- 1^ i-èf ;:-*. Laissés à partir de l'âge de trois oi \\.<\T> ^z^^ a-ï r* îc* dr Irri-r père, s'amusent constamn--L: k tir-r •:•? \'\m et fcnî^^sent par y devenir d'une zr^i^i^ i 'rrf se. D'aili-irs, en cela aussi, ils ne font qu'imit^rr I»-s h .rr.rr-'^i. qui ce casent jamais de s'exercer^ sous f :rme dr j^j. au t> d-? Tare. — Teîîe est à peu près Téduc^:i «n inîeLîi:rir:'=-.!'>, que re».:jivent les enfants Kaffirs. — Qïjanl aîjx noîi- ri< {.lus «pécia'ement intellectuelles, celles que [-/^sêd-?iit le^ Kafîirs de l'Afghanistan sont si rudimeLtaire?. qu'il d*«lM guère bes-jin de les enseigner parti-
La nurn«''rali«»n en usage dans leurs tribus serait non j»oint décimale, nnis vigé^imale et d'ailleurs capable d'exprimer des nombres élevés 2 . — L'année Kaflîr est de 'i»io jour» et divisée en mois lunaires. En réalité, c'est l'année mah«»mélane. Le mois se divise en semaines, et cV»-l là encore un emprunt de même provenance ^3). — .Mais celle année Musulmane des Kaffirs est superposée* à une autre année plus simple, plus sauvage, divisée seu-
n; G. s. Robrrison. Zoc. cU. 87.
ri, Ihid. 87-88.
[3; 6'apas. Jjtc. r'd. 271. 272.
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loment en trois saisons: Tété, Tautomne, Thiver (1). En astronomie, les Kaffirs sont d'une complète ignorance. Ils pensent qu'au-dessus de leur tète il y a sept cieux superposés, cloués ensemble au moyen d'une tige qui est l'étoile polaire. Ils connaissent quelques constellations : les Pléiades, Orion, la Grande Ourse, qu'ils appellent le « lit » à cause de sa disposition quadrilatérale ; des trois autres étoiles formant la queue de l'ourse, ils appellent la première, le mari, la seconde la femme, et la troisième l'amoureux (2) : il faut dire que les Kaffirs ont la réputation d'avoir des mœurs très relâchées. — Les Kaffirs, ce petit peuple, prototype des Aryas védiques selon les uns, descendant des Grecs d'Alexandre scion les autres, ne diffèrent pas sensiblement des autres Indiens aborigènes. Plus farouche que la plupart d'entre eux, ils sont intellectuellement inférieurs à certains et montrent même moins de sollicitude que les autres pour leurs enfants.
Ces quelques renseignements sont bien insuffisants ; ils nous permettent pourtant de nous faire une idée sommaire de l'état intellectuel des aborigènes dans Tlnde et de leur méthode rudimentaire d'éducation. Sur ce dernier chapitre, le Rhi-Yéda nous éclaire plus mal encore. Nous n'y apprenons rien sur la manière dont les Aryas védiques élevaient leurs enfants ; seulement nous voyons que, comme les Hébreux, ils désiraient en avoir un grand nombre... Dans divers hymnes, on implore le dieu Agni pour en obtenir une « glorieuse fortune » et une lignée nombreuse (3). De semblables prières sont adressées à Indra (4). Ce besoin d'enfants est une nécessité à la fois religieuse et sociale : car il faut des fils pour continuer le culte et combattre les ennemis.
(1) G. S. Roberlson. Loc. cit. 81.
(2j G. S. Roberlson. Loc, cit, 104.
f3) Rig-Yéda, (Trad. Langlois). Sect. I. Lect. I. Hymne I. v. 3.
(4) Ihid, Sect. 111. Lect. III. Hymne VI. v. 4.
386 L'ÉvoLrTioN db l'éducation
Nulle part, le Rig-Véda ne parle d'éducation ; vraisemblablement, il n'y en avait pas d'autre, chez les Aryas védiques, que l'éducation familiale, aussi bien, pour transmettre les connaissances pratiques, que les cérémonies religieuses et les très modestes notions scientifiques, que Ton possédait.
L'esprit des Arj-as védiques était encore en pleine période animique. Leurs dieux faisaient des miracles et se jouaient à leur gré des lois naturelles. Ainsi les Açwins rajeunissaient les vieillards (1), rendaient aux eunuques la virilité féconde (2), savaient gonfler de lait les mamelles dos vaches maigres et stériles (3). — A la prière des hommes et par la toute-puissante vertu de l'holocauste, Indra guérissait les phtisiques, ranimait les moribonds, ressuscitait les morts (4). Les maladies étaient ordinairement attribuées à la malice des rakchasas démoniaques, qu'il fallait chasser au moyen d'incantations (5).
Dans le Rig-Véda, le monde est conçu tout à fait à la manière des sauvages et des enfants : le ciel et la terre sont comparés à de vastes boucliers, tenus par le puissant Indra, l'un au-dessus , l'autre au-dessous de rhomme (6). — Quelle était Tannée des Aryas védiques et comment la subdivisaient-ils ? On a essayé de le deviner en interprétant les obscures métaphores des hymnes. La roue unique d'un char à trois moyeux, dont parle un hymne, serait une année divisée en trois saisons (7j, comme celle des Kaffirs. Un autre verset mentionne « la roue d'Agni, munie de douze rayons et tournant dans le
{i) Rig-Véda. Sect. I. Lect. VIII, Hymne 5. verset 13.
(2) Ibid, verset 24.
(3) Ibid, verset 20.
(4) Ibid. Sect. VIII. Lect. VIII. Hymne 19.
(5) Ibid. Hymnes XX. XXI.
(6) Ibid. Secl. V, Lect. VIII. H. IL verset. 5.
(7) Ibid. Sect. IL Lect. III. A. VIL verset 2.
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ciel sans jamais s'arrêter. Sur le char 720 jumeaux trouvent place » (i). Cette devinette védique, se traduirait ainsi : la roue, serait Tannée ; les douze rayons seraii^nt les mois; les 720 jumeaux, représenteraient 360 jours et autant de nuits. Mais alors Tannée védique aurait été une année solaire, ce qui est peu vraisemblable, et les Aryas auraient été assez habiles pour fabriquer des roues à jantes !
Or, il est bien difficile de leur accorder tant de savoir astronomique et tant d'habileté industrielle. D'après Max Millier, les Aryas védiques auraient encore ignoré la semaine et leur mois aurait été divisé seulement en deux moitiés. Tune claire et Tautre obscure. A vrai dire, les hymnes du Rig-Véda ont dû être composées à des époques très diverses et ils renferment plus d'une interpolation ; ce qui permet de ne pas s'étonner des contrastes et de tout concilier.
B. Inde brahmanique