I. — La Perse ancienne
La Perse et l'Inde sont des nations sœurs, rapprochées par une communauté de race, contre laquelle ne sauraient prévaloir les différences purement linguistiques, qui ont fait appeler les Perses Iraniens par opposition aux Aryens. — Entre les primitives religions de l'Inde et de la Perse, il existe aussi de très grandes analogies. Le haôma persan est à peu près identique au sdma védique et tel hymne au soleil duKhorda-Avesla semble copié dans le Rig-Véda (2).
Malheureusement ce qui nous reste de VAvesta persan nous renseigne encore plus mal sur les mœurs des Protoperses que les hymnes du Rig-Véda sur celles des Aryas védiques. Pourtant, au milieu des divagations liturgiques, on sent courir dans l'Avesla un soufllc de moralité saine et simple; surtout nombre de versets glorifient, sanctifient le travail agricole, ce qui n'est point ordinaire dans les codes sacrés. Il devait donc y avoir dans la Perse primitive un enseignement quelconque, pratique ou théorique, de la morale ; mais sur ce point tout renseignement nous fait défaut et pour savoir quelque chose de l'éducation donnée aux jeunes Perses, nous en sommes réduits à consulter les écrivains grecs, qui s'accordent d'ailleurs à vanter le système éducateur des Perses. Bien entendu, il s'agit de la jeunesse aristocratique, rela-
(1) Dubois. Loc, cit. t. II. 82.
(2) Eichoff. Bibliothèque Orientale, lï. 128. - Avesla (Vendidad). Fargard. XXÏ, 1-2.
livement peu nombreuse, et non des esclaves ou des foules étrangères, conquises et subjuguées par les armes des Grands Rois.
Avant d'avoir fondé de vastes empires despotiques, les tribus iraniennes des Mèdes ou des Perses vivaient à Tétat de tribus ou clans confédérés (1) et Thisloire du genre humain tout entier nous apprend, que ce régime politique développe à un haut degré Tesprit de solidarité et par conséquent la moralité ; puisque la morale n'est que la réglementation des actions individuelles au point de vue plus ou moins bien compris de Tutilité commune. Nous pouvons donc en croire Hérodote^ quand il nous dit que l'éducation des Perses est commune à tous, qu'elle commence à cinq ans pour finir à vingt et qu'elle consisle essentiellement en trois choses: monter à cheval, tirer de Tare et dire la vérité (2).
Les Perses avaient été dans le principe de rudes et énergiques montagnards et, dans laBactriane, ils conservèrent longtemps leur verdeur première. — Ce que ne dit pas Hérodote, c'est qu'ils étaient très religieux. Aussitôt après la naissance d'un enfant, ils lui faisaient sucer du coton imbibé du suc de la planle sacrée, du haôma, précaution prise pour le préserver de la malfaisance d'Ahriman. A Tâge de trois ans, l'enfant devait offrir un sacrifice à Mithra et, à cinq ans, Tinstruclion commençait, comme le dit Hérodote ; mais cette première instruction devait être surtout religieuse (3).
Dans la Cyropédie^ Xénophon décrit en détail l'éducation laïque et commune donnée aux jeunes Perses. H est de mode aujourd'hui de considérer la Cyropédie, comme un pur roman imaginé par Xénophon pour moraliser
(1) Fr. Lenormant. Hist. anc. de V Orient, t. V. 417.
(2) Hérodote. I. 136.
^^3) Fr. Lenormant. Loc. cit. 401.
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ses compatriotes; mais c'est là une vue parfaitement fausse. Tout au plus Xénophon a-t-il embelli la réalité et peint plutôt ce qui avait existé que ce qui existait réellement; car, à l'époque de Xénophon, la Perse était moralement fort déchue, gâtée par ses succès mêmes et, chez les peuples en décadence, les institutions sont souvent beaucoup moins belles que leur apparence. Mais avec ces réserves, on peut accepter en gros la description de Xénophon.
Les usages des Perses, dit-il, sont surtout subordonnés à Tutililé publique ; ce qu'ils veulent, c'est prévenir le mal, aussi ne laissent-ils pas le père élever ses enfants à sa guise et s'attachent-ils à former des citoyens incapables de bassesse ou de perversité (1). La maison commune d'éducation est construite près du palais du roi et Ton y élève les enfants sous la direction de mandataires élus. Les enfants des Perses vont à l'école apprendre la justice, comme on va dans les écoles grecques apprendre les lettres. Leurs gouverneurs jugent constamment les différends, qui surgissent entre les élèves, et punissent particulièrement les enfants ingrats (2). On enseigne aux jeunes Perses la tempérance, l'obéissance aux magistrats, Tendurance à la faim, à la soif, etc. On les dresse à tirer de l'arc et à lancer le javelot. Pour ces derniers exercices, il y a même des concours publics. Quand les enfants ont grandi, on les aguerrit en les lançant à la recherche des malfaiteurs, à la poursuite des brigands. A vingt-cinq ans, les jeunes gens entrent dans la classe des hommes faits, d'où l'on tire exclusivement tous les magistrats (3).
Plusieurs fois par mois, le roi mène à la chasse la moitié des jeunes gens en cours d'étude. Ces grandes
(1) Xénophon. Cyropédie. Liv. I. eh. II.
(2) Ibid. I. ch. II.
(3) Ibid, 5-6.
chasses sont considérées, en Perse, comme un apprentissage de la guerre et elles sont menées de la même manière (1). Slrabon complète Xénophon en nous donnant quelques détails particuliers. On habitue, dit-il, les enfants à supporter toutes les intempéries, à passer les torrents sans mouiller leurs armes et leurs vêtements, à faire paître les troupeaux, à passer la nuit dans la campagne. Leurs exercices sont des chasses à cheval avec Tare et le javelot. Ils apprennent aussi à fabriquer euxmêmes leurs engins de chasse et leurs armes. Mais les directeurs de cette éducation ne songent pas seulement au corps; ils entremêlent leurs leçons de fictions ingénieuses, de récits et de chants où Ton célèbre l'œuvre des dieux et rhistoire des grands hommes (2). .
Cette éducation spéciale était si bien réservée à Taristocratie, que Xénophon évalue seulement à cent vingt mille le nombre des Perses, qui pouvaient envoyer leurs enfants « aux écoles publiques de justice » (3). Il existait donc un certain nombre de ces écoles, mais un petit nombre. Xénophon avait longtemps séjourné en Perse ; son récit concorde essentiellement avec les allégations d'Hérodote et aussi avec les détails complémentaires donnés par Strabon; il n'y a donc aucune raison de le révoquer en doute et d'y voir une simple fiction moralisatrice ; au reste ce récit n'est nullement invraisemblable. L'éducation commune en vigueur à Sparte était de même genre, mais plus rigoureuse et plus éloignée encore de nos idées et de nos mœurs.
Que ce système d'éducation à la fois communautaire, aristocratique et guerrière n'ait pa^ survécu longtemps à l'expédition d'Alexandre^ la chose est fort probable. Mais
(1) Xénophon. Loc, cit. 5.
(2) Strabon. Liv. XV. cli. II. parag. 18.
(3) Cyropédie. Liv. I. ch. II.
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nous ignorons, comment il a été remplacé jusqu'à la conquête musulmane.
IL — Perse moderne.
Dans les temps modernes, nous trouvons simplement en Perse des écoles très analogues aux écoles arabes, que j'ai précédemment décrites. Cependant il vaut la peine de les examiner un moment. Pour cela, je prendrai mes renseignements dans le voyage de Chardin, c'est-à-dire à une date où l'influence particulière de notre Europe moderne n'avait pu encore se faire sentir en Perse. Or, à cette dale (1664-1677), il existait em Perse des écoles primaires et des écoles supérieures. Les premières sont à peu près identiques aux écoles primaires des Arabes contemporains. Les enfants y sont envoyés à six ans et ils y apprennent à prier et à lire. A la mode musulmane, ils lisent et épèlent, tous ensemble et à très haute voix. Les Persans disent que cela les empêche de penser à autre chose et les oblige à bien prononcer. Au milieu de ce tapage, de ce « sabbat », comme dit Chardin, le maître ne perd pas plus la tête qu'un bon chef d'orchestre dirigeant ses exécutants. Au milieu de la rumeur générale, il entend chaque enfant et au besoin le redresse, môme le corrige avec sa houssine (1).
Les maîtres de ces bruyantes écoles primaires reçoivent mensuellement tantôt un écu, tantôt dix sols par élève ; en outre et selon la coutume musulmane, différents cadeaux leur sont offerts à chaque étape franchie par l'écolier. Mais ces écoles primaires ne sont fréquentées que par les enfants de la classe inférieure. En général les enfants appartenant à des familles « de condition >,
(i) Chardin. Voy, en Perse, t. V. 19-20. (Dix vol. in-t2. Année 1723).
comme dît Chardin, sont instruits dans la maison patcrnelle ^1 .
Les écoles secondaires, les médressehj ce que Chardin appelle les collèges^ sont toujours des fondations individuelles. Le créateur d*une école de ce genre commence ordinairement par fonder un caravansérail, puis un bain, puis un marché, enfin un collège, qu'entretiennent les revenus rapportés par les autres établissements. Ces collèges contiennent ordinairement de 50 à 60 chambres et prennent des pensionnaires. Les logements y sont très recherchés. Les étudiants paient une redevance, qui varie depuis un franc jusqu'à un sou par jour. Ces étudiants sont d'âge très divers. i>rlains ont de 50 à 60 ans. Le collège est gouverné par un cheik, un principal, dit Chardin, qui a quelquefois un ou deux aides. Les chambres sonl livrées aux étudiants sans meubles (2;. Pas de pièce spéciale pour la classe ; on étudie dans la chambre même du cheih. que Téludiant salue d'abord profondément : après quoi il s'assied sur ses talons et la leçon commence. L'élève lit deux ou trois lignes, que le maître explique: puis il continue et ainsi de suite. Après avoir pris une ie«,x>n dans un collège, l'étudiant peut aller en recevoir une aulre ailleurs. Quand les jeunes gens ont fait de suffisants progrès, ils se réunissent en groupes pour discuter, pour disserter. Parfois le maître, le régent ou cheik. assiste à ces exercices de dialectique (3).
Qu'apprend>on dans ces établissements? Chardin nous dit d'abord que les Persans sont très adonnés à l'étude des sciences, dont rien ne les détourne, ni le mariage, ni les enfants, ni les emplois, ni la pauvreté; mais ils ne tiennent pour savants que les encyclopédistes, ceux qui
,1 Ch^vdm. L'^.cii. \\ ti'ti, y3 Ituii, 27-eS.
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sont versés dans toutes les branches du savoir, de leur savoir. En dehors des principes du Mahométisme, les Persans apprécient librement toute chose, comme l'exprime un de leurs dictons favoris : « Le doute est le commenccmenl de la science. Qui ne doute pas n'examine rien. Qui n'examine rien ne découvre rien. Qui ne découvre rien est aveugle et demeure aveugle » (1).
Les Persans épris des hautes études s'y appliquaient dans Tordre suivant: ils commençaient par la grammaire et la syntaxe ; puis ils passaient à la théologie, ensuite à la philosophie; de là aux mathématiques. Enfin ils se spécialisaient dans l'astrologie ou la médecine, les deux sciences, qui, en Perse, menaient le plus sûrement à la fortune (2).
Mais les connaissances vraiment scientifiques des Per- .sans étaient médiocres et assez analogues à celles de l'Inde. Pour l'arithmétique, ils avaient plusieurs systèmes de notation des nombres et d'abord des chiffres tirés des caraclères arabes. La plupart de ces chiffres étaient analogues aux nôtres et le zéro s'y marquait par un point. Le mot ^yfer (chiffre), qui servait à désigner ces signes numériques est d'origine arabe ou indienne. Au lieu de chiffres, on employait aussi des lettres tantôt arabes ou tirées de l'Arabe, lanlôt les 28 lettres de l'alphabet persan dont les neuf premières servaient pour désigner les neuf unités; les neuf suivantes pour neuf dizaines; les neuf autres pour des centaines et la dernière pour mille (3).
La science mathématique des Persans est d'ailleurs empruntée pour le fond à l'Almageste de Ptolémée et aux Éléments d'Euclide (4), c'est-à-dire à la science grecque.
(i) Chardin. Loc. cit, 5. 6. 8. 9.
(2; Ibi(L 9.
(3) Ibid. V. 58. 59.
(4) Ibid. 74. 75.
Mais la science la plus prisée en Perse, c'est Tastronomie, que du reste on n'apprend que pour arrivera l'astrologie. Le shah lui-même entrelient dans son palais des astrologues, dont le chef touche^ un traitement annuel de cent mille livres et constamment des astrologues sont de service, toujours prêts à dire au monarque si tel jour ou tel moment sont heureux ou malheureux (i). Vers 1820, il en était encore ainsi et le chef des astrologues royaux (Mouadzinbachi) devait toujours être en état de renseigner le shah, de lui dire s'il convenait ou non de voyager, de chasser, de faire telle ou telle visite (2).
La science réelle du ciel, Tastronomie, était peu avancée. On n'avait ni globe, ni cartes célestes, ni télescope ; seulement les principales constellations étaient figurées dans un livre spécial. Celles du zodiaque formaient les douze maisons du Soleil. Le seul instrument astronomique connu et d'ailleurs bien construit était l'astrolabe (3). — Les astronomes persans calculaient assez bien les éclipses de lune et de soleil (4) ; mais l'Âlmanach était leur grande affaire. Ils y devaient dresser des Ephémérides de toute l'année avec les pronostics astrologiques correspondants (5).
Le populaire persan ne connaissait que les mois lunaires des Mahométans ; mais les astronomes et les Guèbres, anciens Parsis, se servaient de Tannée solaire, c'est-à-dire d'une année comprenant douze mois de trente jours avec cinq jours complémentaires, qui, tous les quatre ans, étaient portés à six. On n'osait pas intercaler dans un mois ce sixième jour bissextile ; car chaque jour de l'année ordinaire était sous la protection d'un ange
(1) Chardin. Loc. cit. V. 74. 75. 76.
(2) Drouville. Voy. en Perse. I. 275.
{'A] Chardin. Loc ^ cit. 85. 87. 88.
(4) Ibirf. 84.
(:>) Ibid. 102. i03.
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tuléiaire, et on aurait craint que le jour intercalé ne fût marqué par les plus grands malheurs (1).
A vrai dire, la seule science un peu sérieuse de Tencyclopédie persane était la science mathématique ; aussi Maimon-Recbid, le plus grand des mathématiciens de la Perse, déplorait-il que son élude fut si difficile, tandis que, ajoutait-il, la logique, science vaine, séduisait la plupart des hommes (2). Or, il en était encore ainsi, lors du voyage relativement récent de Fraser. Les études soidisant supérieures, nous dit cet explorateur, se bornaient le plus souvent en Perse à de subtiles arguties, à des discussions vides à propos du Koran, de la logique et de la métaphysique (3), à d'inutiles dissertations où chacun déployait son habileté dans Tescrime oratoire ; mais ces fins ergoteurs n'en étaient pas moins fort ignorants ; ils croyaient par exemple, à Texistence réelle d'un firmament enveloppant la terre comme un globe creux. Des trous pratiqués dans cette grande cloche supraterrestre permettaient d'apercevoir la splendeur du trône de Dieu : ces trous sont les étoiles, elc, (4). — Or, le voyage de Fraser est d'hier. On est donc fondé à dire, que, depuis des siècles, la science persane, comme celle de Tlnde, est restée à Tétat rudimentaire, s'est immobilisée. Pourquoi?
D. De l'arrêt du développement scientifiqie
EN Orient.
Dans ce chapitre, notre enquête à vol d'oiseau a embrassé Tune des plus intéressantes portions du genre humain : tout Toricnt aryen, en y comprenant quelques débris des primitifs aborigènes. De cette inspection rapide, mais pourtant étayée de faits nombreux, quelques
(1) Chardin. Loc. ci7..118. 134. 135.
(2) Ihid. 7").
(3) Fraser. Hist. univ. voy. vol. XXXV. 228.
(4) Ibid. 251 .
considérations générales se dégagent aisément. D'abord, nous constatons, une fois de plus, les étapes par où a passé Téducation. En premier lieu, chez les aborigènes, simple éducation pratique, donnée par les parents ou la petite communauté du clan ; cette dernière s'intéresse surtout aux exercices guerriers et les Kaffirs de l'Afghanistan s'attachent encore, comme les anciens Perses, à former de bons archers ; ils ont môme institué à cet effet des concours publics. En somme, chez ces aborigènes, il n'y a d'instruction intellectuelle, d'écoles, que dans les tribus bouddhistes et alors l'enseignement est clérical.
Les Aryas védiques, ces ancêtres des Indiens de race blanche, n'ont pas encore d'écoles, mais ils ont déjà une classe sacerdotale en voie de formation. Auprès de chaque roitelet se groupent des chantres pieux, parfaitement an courant des traditions religieuses, de la liturgie, du rituel des sacrifices ; seulement ils ne sont pas encore organisés en corporation ou en caste, aussi leur isolement les abandonne-t-il au bon plaisir des princes, pour lesquels ils implorent la munificence des divinités, en mendiant des récompenses fort terrestres et prosaïques. 11 n'y a pas encore de science ; l'animisme religieux constitue seul tout le bagage intellectuel.
Dans rinde et, par analogie, nous pouvons dire en Perse, les institutions, renfermées en germe dans la société védique, se développent; les castes s'organisent et celle des prêtres, des brahmanes, acquiert la prééminence. Elle dirige la société en général, comme ses membres deviennent individuellement les directeurs spirituels des particuliers. Eux seuls, en effet, possèdent ce qu'ils appellent la Science ; ils la détiennent même, comme leur propriété, et ne la communiquent qu'avec mystère, aux seuls initiés des castes supérieures. Mais cette science incommunicable se résume en conceptions mythiques et en pratiques d'ascètes. Néanmoins un certain bagage de
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notions positives se dégage de ces rêveries. A force d'observer le ciel pour y lire l'avenir ou la volonté des dieux, un peu d'astronomie sort de l'astrologie ; mais l'astronomie^ si rudimentairesoit-elle, a besoin de quelque mathématique : ia science des nombres fait donc certains progrès. Il y a dès lors des brahmanes savants et des brahmanes ascètes. Les uns et les autres enseignent ce qu'ils savent ou croient savoir ; ils fondent des écoles. Cet enseignement dit supérieur dut s'organiser, le premier, bien avant les écoles élémentaires purement pratiques.
Mais cette science de caste s'immobilise de bonne heure ; d'abord parce qu'elle ne s'enseigne qu'à un très petit nombre d'élèves et surtout parce que ses docteurs ont l'esprit fermé, stérilisé par leurs dogmes immuables, par leur science ascétique, qu'ils mettent bien au-dessus des sciences d'observation et qui les habitue à spéculer à vide. D'autre part, le pouvoir séculier est au service de la caste cléricale ; il ne reconnaît pas de science en dehors de celle des prêtres ; même il décourage ou persécute les chercheurs indépendants. Aussi, dans ces monarchies de l'Inde, comme en Egypte, comme en Assyrie, le progrès scientifique se fige de bonne heure. On perd vile le désir, même l'idée d'innover. L'enseignement est de pure routine et l'on ne fait point fructifier les connaissances élémentaires, que l'on possède. L'astronomie, même assez avancée, est la servante de l'astrologie ; pour s'expliquer l'univers, elle se contente de conceptions grossières, datant des époques de sauvagerie. Sur les bases des sciences mathématiques, que l'on possède de temps immémorial, on ne sait rien construire. Ainsi pour faire nos opérations d'arithmétique élémentaire, les Persans et les Banians de l'Inde en sont encore à décomposer les nombres. Pour faire une multiplication, par exemple, ils multiplient séparément les unités, les dizaines, les centaines, les mille, et font ensuite la somme de tous ces
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