C. L'éducation à Athènes
l. Les philosophes et les lois. — Idées d'Aristote sur l'éducation.
— L'élevage humain par TÉlat. — Dédain du travail manuel. — Les lettres et la gymnastique. — Ce qu'on entendait par musique.
— L'éducation obligatoire, mais non officielle. — L'éducation populaire. — Les écoles libres et leur réglementation. — La surveillance des sophronistes. — L'aréopage et les stratèges. — Les enfants de la cité. — La tutelle de l'archonte. — II. L* enfant et son éducation première. — La technopédie d'Aristote. — Droits du père sur le nouveau-né. — L'élevage par les femmes. — La nourrice et son rôle littéraire. — Le respect de Tenfance. — Les pœdonomes. — III. Les écoles d'Athènes. — Absence de programme officiel et d'examens. — Le grammatiste, le cithariste et le pœdotribe. — La lecture et l'écriture. — L'enseignement littéraire. — Pas de devoirs hors de l'école. — La poésie morale et pédagogique. — La discipline scolaire. — Grande importance de la gymnastique. — Palestres et gymnases. — IV. La discipline scolaire et les maîtres. — Les punitions corporelles. — Comment se recrutait le personnel enseignant. — Les honoraires des maîtres. — Misère des grammatistes. — Un cas de coéducation. — Un cas d'enseignement public à Delphes.
I 416 l'évolution de l'éducation
A. La Grèce protohistorique
Le premier âge de la Grèce nous est à peine connu ; car nous n'avons à son sujet que des légendes, des traditions éparses dans la littérature hellénique et, en ce qui concerne l'éducation, ces échos de renseignements sont à peu près sans valeur. On pourrait s'attendre à trouver quelque lumière dans les poèmes homériques, qui font si bien revivre sous nos yeux la Grèce protohistorique ; malheureusement il n'en est rien. De la légende de Chiron, habile chasseur, médecin, musicien, gymnaste, éducateur d'Achille, il n'y a rien à tirer, si ce n'est que peutêtre il existait déjà des maîtres capables de dresser les jeunes gens à la chasse et à la guerre ; car Achille n'était que médiocrement expert dans les arts libéraux.
Mais les poèmes homériques nous parlent des sentiments, que les parents éprouvaient pour leurs enfants et surtout du savoir, que possédaient alors les Grecs. Le célèbre passage de l'Iliade, où Hector, avant d'aller combattre, prend congé de sa femme Andromaque et de son lils Astyanax, atteste Texistence d'une aifection paternelle très tendre: « Ayant ainsi parlé, Tiliustre Hektôr tendit les mains vers son fils ; mais l'enfant se rejeta en arrière dans le sein de la nourrice à la belle ceinture, épouvanté à l'aspect de son père bien aimé et de l'airain et de Ja queue de cheval, qui s^agitait terriblement sur le cône du casque. Et le père bien aimé sourit et la mère vénérable aussi. Et l'illustre Hektôr ôta son casque et le déposa resplendissant sur la terre. Et il baisa son fils bien-aimé et, le berçant dans ses bras, il supplia Zeus et d*autres Dieux »... « Il déposa son enfant entre les bras de sa femme bien-aimée, qui le reçut sur son sein parfumé, en pleurant et en souriant, etc.» (1). Ailleurs Andromaque
(1) Iliade. VI. (Trad. Leconle de Lisle).
CH. XV. l'éducation EN GRÈCE 417
pense avec angoisse au sort réservé à son fils, quand son père aura péri dans les combats » ; à cet enfant sans protection on dira: « Va t'en! Tu n'es pas des nôtres. Et Tenfant revient en pleurant auprès de sa mère veuve. Astyanax, qui autrefois mangeait la moelle et la graisse des brebis sur les genoux de son père, qui, lorsque le sommeil le prenait et qu'il désirait jouer, dormait dans un doux lit, aux bras de sa nourrice et le cœur rassasié de délices » (1). Ailleurs encore, quand Patrocle va supplier rintraitable Achille de ne pas laisser les Troyens vainqueurs brûler la flotte achéenne, son ami lui répond: « Pourquoi pleures-tu, Patrocle, comme une petite fille, qui court après sa mère, saisit sa robe et regarde en pleurant jusqu'à ce que celle-ci la prenne dans ses bras, etc. ».
A ces enfants si chéris, du moins dans Tlliade, on donnait un nom aussitôt après la naissance. Le père ou le grand'père se chargeait de ce soin : ces noms étaient de pure fantaisie. Voici, comment Ulysse fut nommé par son grand-père Autolykos: « Eurykléia, après le repas, posa Tenfant sur les chers genoux d' Autolykos et lui dit : « Autolykos, donne toi-même un nom au cher fils de ta fille ; puisque tu Tas appelé par tant de vœux ». Et Autolykos lui répondit: « Mon gendre et ma fille, donnez-lui le nom que je vais dire. Je suis venu ici très irrité contre un grand nombre d'hommes et de femmes sur la face de la terre nourricière; que son nom soit donc Odysseus (l'irrité) » (2). Mais le peuple ne ratifiait pas toujours les noms donnés par les parents. Hector avait appelé son fils Scamandrios; « mais le peuple l'appela Astyanax; car c'est Hector seul, qui protège Ilion » (3). Dans l'Odyssée,
(1) Iliade XXII [Ibid], — Iliade, XVI.
(2) Iliade. XIX. (Leconte de Lisle).
(3) Iliade. VI.
418 L'ÉvoLrno.N de l'éducation
nous voyons qu'un mendiant, malmené par Ulysse, avait reçu de sa more le nom d'Ârnaios : mais néanmoins on l'appela Iros à cause de Tempressement, qu'il mettait à porteries messages t\
En quoi pouvait consister Féducation dans la Grèce protuhislorique ? Pour le colé intellectuel, elle devait être furtbornre; car le bagage scientifique de la Grèce homérique est très pauvre. Des médecins savaient extraire les llèches des blessures et panser celles-ci avec des baumes 2»; mais leur fonction était mal spécialisée encore: car ils coniballaient, comme les autres guerriers. Pour la eosmulogie, les Grecs d'Homère paraissent avoir enipninlé à la Chaldée leurs grossières idées sur la structure du monde. Ainsi la description du bouclier de Vulcain nous apprend, que, pour les Grecs d'alors, la terre étail un disque plat, entouré par le fleuve Océan (3). Ce disque terrestre élait recouvert par le ciel, firmament sulide, dont d'immenses colonnes supportaient le poids» et ces colonnes elles-mêmes étaient soutenues par Je farouche Allas ^i . A vrai dire, dans la Grèce homérique, la science n'exi>lait pas, même à l'état embryonnaire. Un passage de l'Odyssée semble indiquer que les Grecs comptaient encore non par dizaines, mais par groupes de cinq unités, par le nombre global des doigts d'une seule main. O^î^^^d Idothée, fille de Protée, indique à Télémaque, comment il doit s'y prendre pour arracher à sou père les renseignements, dont il a besoin, elle lui dit: « D'abord il comptera les phoques par groupes de cinq ...puis il se couchera au milieu d'eux, comme un berger au milieu de ses brebis » ^o). Dans le texte un mot spécial
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en. XV. l'éducation en GRÈCE 419
« TrsjxraÇstv », liltéralement cinquer, semble indiquer une pratique usuelle. Or, nous avons rencontré cette pratique chez certains sauvages.
Pour la mesure du temps, la Grèce homérique n'était gaere plus avancée. Les mois étaient lunaires et la semaine était inconnue ; le mois se divisait en deux quator/aines, que séparait le moment de la pleine lune. Pourtant on semble avoir ou une vague connaissance de Vannée solaire; «puisqu'on divise parfois le mois en décades (1). La subdivision de Tannée en saisons est en usage; Tuais celle du jour en heures paraît encore inconnue; du moins on indique les diverses parties du jour par des expressions vagues: « Le matin, quand le jour sacré grandit » (2). «Au dernier tiers de la nuit, quand les astres précipitent leur cours » (3). Tout cela est bien pauvre et pouvait évidemment s'apprendre sans maîtres. Pourtant Texemple d'Achille permet de croire, que les personnages importants faisaient donner à leurs fils des leçons d'art et de métier militaires. Mais la masse devait évidemment se contenter de renseignement familial et de celui qui résultait de Tusage môme de la vie sociale. Enfin les rhapsodes peuvent ôlre considérés comme des éducateurs intellectuels, comme des annalistes et des dispensateurs d'oeuvres poétiques. Ils ont dû précéder de beaucoup les maîtres spéciaux, les grammatisles et les citharisles, que nous allons trouver tout à l'heure dans la Grèce historique, mais que l'on peut considérer comme leirrs successeurs.
B. — L'éducation en Crète et a Sparte.
Pour l'ëducûtion comme pour toute chose, deux cités
(!) Iliade. XIX.
(2) Iliade. XI.
(3) Iliade. XIV.
résumeat toute la Grèce historique; Tune, Sparte, représente le lointain passé hellénique, etc. ; Tautre, Athènes, personnifie avec éclat Tépanouissement complet de la race et de son génie. — Quoique contemporaines, ces deux villes incarnent deux phases de révolution politique et sociale en Grèce: le régime de solidarité et celui de liberté individuelle. Ce contraste s'accuse dans toute Forganisation sociale, mais surtout dans l'éducation, il faut entendre dans l'éducation pratique ; car, en théorie, Fantique esprit du clan républicain n'est pas moins vivant dans la cité de Solon et de Périclès que dans celle de Lycurgue et, quoique l'éducation athénienne soit très libérale et même assez respectueuse de la liberté individuelle, Platon n'en veut pas moins donner à l'Etat la haute main sur Téducation des enfants; en théorie, il les prétend même plus dépendants de la communauté politique que de la famille (i) et en cela il se rapproche bien plus de Sparte que d*Athènes. Mais, sur ce point, Aristole est plus net encore, plus lacédémonien que Platon: « Comme il y a, dit-il, un but unique, une fin qui est la même pour la société civile, il s'ensuit que Téducation doit être une et la môme pour tous les membres de la société et que la direction en doit être commune et non pas abandonnée à chaque particulier, comme on le pratique de nos jours (à Athènes)... Il est donc évident que c'est au législateur à régler ces objets... Sous ce rapport du moins, on peut approuver les Lacédémoniens (2) »... « La société civile, se composant nécessairement d'une multitude d'individus, c'est par Téducation commune qu'il faut la ramener, pour ainsi dire, à l'unité. Mais de s'imaginer, quand on a songé à lui donner un système d'éducation, que cela suffira pour faire aussitôt un peuple vertueux, c'est ce qui semble assez étrange et aussi de croire que la réforme
(1) Lois, \À\, VII. Pas^hn.
(2) Aristole. Politique. L. VIII. Ch. i. parag. 1.
CH, XV. — l'éducation en GRtCB 421
pourra s*opérer par de tels moyens et non parles mœurs, la philosopliie et les lois » (1).
Cot idéal aristotélique n'était pourtant pas réalisé h Ath^nes, mais il l'était chez les Doriens, en Crète et à Sparte. Dans cc:s deux pays, l'enfant appartenait à la Cité H laquelle se subordonnait la puissance paternelle. A Sparte, le nouveau-Dé n'avait lo droit de vivre qu'après avoir été apporté aux anciens, qui, s'il était mal conformé, lo faisaient tout simplement jeter dans une fondrière, appelée les Apothètes\ ou bien, dans le cas contraire, et si le bien patrimoniiil ne suffisait pas pour élever tous les enfants, lui attribuaient un des neuf mille lots de terre réservés au citoyen (2), Il semble que, dans le principe, en allolissant ainsi le domaine commun de la Cité, le législateur de Sparte n'ait pas songé à l'accroissement progressif (le la population et cet oubli peut avoir été l'une des causes de l'oliganthropie qui, plus tard, sévit à Sparte.
En Crète, peut-être pour la même raison, on s'était efforcé du prévenir un excédent dans le nombre des citoyens, en séparant les femmes des hommes et en tolérant des écarts génésiques, flétris par la morale et réprimés par la législation de tous les pays civilisés. Qu'ua puissant esprit, comme Aristote, approuve presque de pareilles mesures, cela atteste, une fois de plus, que la morale n'est pas une ; cela prouve aussi que, pour l'auteur de la PoliliquOt le droit de l'Etat sur les citoyens était souverain et sans limites. Le passage de la Politique relatif àces mœurs créloiscs, mérite d'être cité: « Le législateur de (la Crète) a encore fait plusieurs sages règlements concernant la sobriété dans le vin, chose si importante, et touchant la séparation des femmes, a'"" mi'ellns ne puissent pas avoir beaucoup d'enfants, cl,
(1) Arislote. Politique. C. VIII. Ch I. parag. 10.
(2) Plutartjue, Lycufjue, W.\l\.
422 l'âvolutio^ uk l'éducatiok
il a établi rinstitution du commerce d«s hommes entre eux; mais j'aurai Toccasioii d'examiner, au sajetde cette dernière institution, si eUe est vicieuse ou si elle ne Test pas » (IV II est clair, que sur ce point particulier, la morale hellénique ne s*était pas encore constituée à cette époque; mais, en dehors du point de Tue moral, la réflexion d*Aristote montre clairement que, pour lui aussi bien que pour les autres penseurs de l'antiquité, la légis> lation et la aiorale étaient choses contingentes et entièrement subordonaées à Tutilité publique. Par conséquent et conformément à cette vue, Téducation ne pouvait se proposer de développer sans choix ni plan les qualités physiques, morales et intellectuelles. Son but était au coatraire de modeler Tenfant pour Tadapter aux besoins de TEtat ; aussi Aristote appelle-t-il les enfants des « citoyens imparfaits » (2}.
En vertu de ce principe supérieur, la cité de Sparte se chargeait d'élever les enfants à sa manière, et il n'est pas impossible que celte éducation commune et si connue ait été en vigueur à l'origine de tons les petits Etats helléniques; mais l'histoire ne nous la montre complète que chez les Cretois et chez les Spartiates. Elle est d'ailleurs très analogue dans les deux pays, seulement les renseignements, que nous possédons sur l'un et sur l'autre, se complètent dans une certaine mesure.
A Sparte, l'enfant restait entre les mains des femmes jusqu'à sept ans seulement ; mais déjà on le devait préparer à la rude éducation, qui l'attendait. En Crète, le régime de l'éducation en commun ne s'appliquait qu'à partir de la dix-septième année; mais, de très bonne heure, les enfants accompagnaient leurs pères aux andries et aux repas publics; les plus jeunes s'asseyaient par
(l) Politique. Liv. II. Ch. vii. parag. 4. [2} Politique. L. III. Ch. m. 2.
CH. XV. — l'éducation BN GRÈCE 423
1-erre près du père et là recevaient une portion convenable. Plus tard, ils mangeaient entre eux, en se servant les uns les autres et en servant aussi les hommes adultes. Des pœdonomes attachés aux andries dirigeaient déjà les exercices des enfants ; mais ceux-ci n'entraient dans les sections des jeunes gens, dans les agèlèSy qu'à Page de 17 ans. Les adolescents de chaque agèlè se groupaient autour de Tun d'entre eux^ appartenant à une famille illustre, et dont le père était ordinairement le directeur de Vagèlè, Tous ces éphèbes étaient nourris aux frais de TEtat et on s'attachait à les rompre aux exercices gymnastiques, au lir de Tare, aux exercices militaires, à la lutte, à des combats simulés. Le chef de Ya^gèlè luimême menait souvent ses pupilles chasser dans les montagnes. En outre ceux-ci n'avaient qu'un vêtement insuffisant pour les garantir du froid et ils couchaient pêlemêle. Outre les exercices militaires, on enseignait aussi aux jeunes gens la danse, mais la danse armée, la danse pyrrhique, et avec autant de soin que le^ tir de l'arc où les Cretois étaient passés maîtres (1).
L'instruction intellectuelle ne comprenait que la musique, mais non pas la musique, comme nous l'entendons; les jeunes gens s'exerçaient à chanter, avec accompagnement de cithare, des hymnes en l'honneur des dieux et des héros, mais toujours sur un rythme détermiiïé et invariable.
En Crète, les liaisons entre les hommes faits et les jeunes garçons étaient hautement encouragées et elles avaient pris une physionomie spéciale. Chaque jeune homme devait trouver son ami adulte, son éraste, et leur liaison débutait par un rapt simulé, comme il arrive en tant de pays pour les mariages. Cet enlèvement fictif était suivi de parties de chasse et de plaisir, auxquelles assis-
(I) Strabon. X. ch. IV. parag. 16. 20.
taient tous ceux qui avaient joué un rôle dans le rapt. Des cadeaux, souvent très riches, mais parmi lesquels devaient figurer un vêlement de guerre, une coupe et un anneau, étaient faits par Téraste à son jeune ami. Enfin un grand banquet terminait Tépreuve. Ensuite le jeune homme devait déclarer, s'il avait ou non à se plaindre de son ravisseur. Dans le premier cas, Talliance était rompue. Cette curieuse coutume était générale et c'était un déshonneur pour un jeune homme que de ne pas trouver d'ami (1). Jusqu'où pouvait aller cette comédie du rapt ? On croit qu'à l'origine elle était purement platonique, symbolique, mais Platon lui-même est d'un avis opposé ; alors que, dans son traité Des Lois, il accuse, avec toute la Grèce, dit-il, les Cretois d'avoir inventé la fable de Ganymède pour justifier leurs excès (2).
Sparte, elle, n'avait pas Tinstitution del'érastie; mais pour le reste, elle entendait l'éducation à peu près comme la Crète. D'après les lois de Lycurfj:ue, l'enfant était la chose de l'Etat, qui s'en emparait dès l'âge de sept ans. Des pœdonomes dirigeaient les exercices des groupes d'enfants ainsi enrôlés. Les exercices gymnastiques et militaires, la danse pyrrhique faisaient, comme en Crète, le fond de l'éducation. Le vêtement des petits Spartiates était également léger et unique. Les jeunes garçons dormaient sans couvertures et leur alimentation était à peine suffisante. A Sparte, le travail industriel était considéré comme servile; mais il fallait s'accoutumer à endurer sans fléchir les intempéries, la faim, la fatigue, la douleur. Chaque année, devant l'autel d'Artémis Orthia, les jeunes garçons subissaient l'épreuve du fouet et, sous peine d'être déshonorés, ils ne devaient ni se plaindre, ni demander grâce. Eux-thômes s'en faisaient un point
(1) Strabon. Loc, ciï. .Schœmaim. Antiquités grecques.!. diB.Z^Zf
(2) Des Lois. Liv. I.
CH. XV. — l'éducation «N GRÈCE 425
d'honneur et on en voyait mourir ainsi en silence sous les coups (1). — A Sparte, les enfants ne participaient point aux repas des hommes; mais ceux-ci les pouvaient interpeller, réprimander et punir. Interrogés par eux, les jeunes gens devaient répondre brièvement, dans ce langage sentencieux et condensé, à qui la Laconie a donné son nom. — Des liaisons, mais platoniques, s'établissent aussi, comme en Crète, entre les jeunes gens et les adultes; elles étaient même moralement obligatoires, puisqu'il était honteux pour les uns et les autres, de n'en point former. Dans ces liaisons, l'aimant s'appelait « l'inspirateur » (euirviiXac) ; l'aimé, « l'écouteur » (ikaO- Le premier s'engageait à maintenir le jeune homme dans la bonne voie et même était responsable de ses écarts : c'était un tuteur moral. Quiconque abusait de son mandat de Mentor était déshonoré et souvent se dérobait à Topprobre par le suicide ou l'exil (2).
Les chasses pédagogiques des Cretois étaient remplacées à Sparte par les crijpties, c'est-à-dire par des rondes ou embuscades nocturnes, imaginées surtout pour tenir en respect les Hilotes et les empêcher de sortir, la nuit. Ces cryplies ont été très diversement envisagées par les auteurs. Pour les uns, c'étaient d'innocentes patrouilles; pour d autres, c'étaient des expéditions sanglantes durant lesquelles, les jeunes Spartiates se faisaient la main en tuant quelques Hilotes (3). — A celle éducation guerrière ne se mêlait à peu près aucune instruction intellectuelle. La lecture et l'écriture ne figuraient môme pas dans le programme de l'enseignement. La musique les remplaçait et elle devait rester dorienne. Les enfants
(1) Plutarque. Lycurgue xxxiv et passim.— Schœmann. Loc. cil, 296. 298.
(2) Xénopbon. R&p, de Sparte, Ch. II. — Schœmann. Loc, cit.
(3) Plularque. Lycurgue.
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î yr-i»i^>irz^i \ t'-ii^t^r -1^5 m^rceaiix sur des sajets ser*-i3L. iLin^-^'-^arç :a l»ien encore l'éloffe des cLtovens IL- ••'.* > -^r -i :T:r--r> d^ la Cit»^. déclinée qui devait être 'Z'i*ij^.'^^'^ ir.ZLZZf^ 'z^ hronenr et uq bonhear (1).
•]- * -^r^-ci-ii :'--î* «pe virile ne finissait qu'à 30 ans. A **-: L^*- 'jT J^^i-? S:-arîiaie entrait dans la classe des x-»ii:ai*^. Y i: j*---? h oiine p«>ttr\ru d'un lot de terre, ■^-'1 1 sr ^ij-.-T ?- -::- i-^ine d'-^tre noté dlnfamie. C'était :•• L-Li^j-^s.'!.: Ti-r ri il ^irlait chei lui ses frères }i-T»*-^- .r^:^^-- ^» j» ■^^-iti'?nl rien en propre, mais par- *"-f- à /*-■: : irf-l^ i^-- i^or ainn non seulement sa maison, zLi.5:3L-zi#*si:izi3i- i - — l ne fois marié, le jeune homme i rx Lr't-: Tk5 aiils-? ma*i^^r à sa section, y coucher : «z.-? XI i:or ^ : il :.e pouvait doue voir sa femme qu'à L L--/:*r-^. ^ir.*-:!-- — «la a vôolu attribuera cette derz----^ ri.'jrtT-. îaa>-5ô? j*ar le législateur aux jeunes - :•: \x. li Ti> r i:ia calcul pour aiguiser les désirs des L :■:*. rà^xHïiirir^ : miis Lycurgue n eut jamais qu'une :rt- ••-!!; k:i:-ïi iiikitresse, crîle de former des guerriers. • •ri r^f^. Vki*. i- ■"£i»-miner, la nuit, sans éveiller Tat- :t- ■ :i >• -: ii^aira-r:*! utiles dans les guerres d'embus- •:i--: : -iiA ir,j dy dresser les jeunes gens que les vols i îr s -eiA-Tz: i;;- rîs^ 2 . La cryptie n'avait pas noa j us 1 iutr* ' :'l-jet et il est probable que le système des :-j^:.vr>^n:r«vaes orju^ales faisait partie du même plaa
A >:xr:*< ea e-T-t. l'idée de la guerre était au fond de \ ji:< les ::!>;ituîions 3 et Plutarque a raison, quand il o:r Vvir* la cirr- îaconienne à un camp où personne n'avait ji . >"-.e Ôtî vivre à sa guise. D'obligation, tout citoyen .::\A.:>e s.x:nieître à une existence réglementaire; surrut :1 lui tAllail èlro iulrépide, rompu au métier des
! r uMriUf*. L'^^H'^ f»i*^. Paras. XLIV.
eu. XV. l'éducation en GRÈCE 427
arme^Y toujours prêt à doaner sa vie pour la Cité. Tel était le but de Torganisatioa politique et sociale, le vœu des lois et coutumes^ le sujet des poèmes lyriques de Tyrtée, Terpandre, etc. Au lâche, on faisait une existence pire que la mort. Personne ne consentait à manger, à lutter avec lui ; il n'y avait pas de place pour lui dans les jeux. Dans les chœurs, on le reléguait au dernier rang. Dans les rues, il devait toujours céder le haut du pavé; dans les assemblées, il lui fallait se lever pour faire honneur môme aux plus jeunes que lui. Jamais ses filles ne trouvaient de maris. Lui-môme ne devait pas se marier, s'il ne Tétait déjà, et il n'en payait pas moins l'amende imposée aux célibataires. Osait-il se montrer en public, paré, parfumé, avec un air trop assuré, il était battu (1).
Etant donnés la législation de Lacédémone, son système d'éducation, ses mœurs, l'isolement moral et intellectuel, dans lequel il y fallait vivre, on y devait rencontrer bien peu d'individus réfractaires ou incapables de s*adaplcr au moule social obligatoire, et la lâcheté ne pouvait guère être qu'un accident pathologique. Le seul inconvénient du système était de trop réussir et c'est le reproche que fait Arîstote aux lois de Sparte. « A force, dit-il, d'endurcir la jeunesse aux fatigues, parce que c'est le moyen de lui donner un courage indomptable, ils la rendent féroce » (2). Sans doute, mais qu'importait aux Lacédémoniens la férocité, pourvu qu'elle s'exerçât seulement aux dépens des Hilotes ou des étrangers?
En somme, l'expérience de Sparte est théoriquement des plus précieuses ; elle montre qu'à la condition de ne reculer devant rien et de ne pas excéder la tolérance des forces humaines, un système bien combiné d'éducation, peut, pourvu qu'il porte sur une suffisante série de
(1) Xénophon. République de Sparte. Gh. IX.
(2) Politique. Vlll. Çh. III. par. 3.
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