‹ L'évolution de l'éducation dans les diverses races humainesChapitre 110 sur 141 · II. — Uenfant et son éducation première · texte numérisé non relu

II. — Uenfant et son éducation première

Le soin de l'élevage et de l'éducation durant les premières années de la vie était laissé aux familles; mais les philosophes n'avaient pas dédaigné de s'en occuper. Nous avons vu que le grand Aristote a recherché quelles sont les conditions à remplir pour avoir de beaux enfants. Selon lui, l'âge nuptial désirable serait 18 ans pour les femmes et 37 ans pour les hommes (1). L'âge des pères, dit-il, ne doit être ni trop, ni trop peu avancé. Après 54 ou 55 ans, l'homme doit s'abstenir de tout acte, qui serait suivi d'une génération eflFective (2).

Le jnème philosophe donne quelques règles applicables à l'élevage et à la première éducation. Il veut qu'on laisse au nouveau-né la liberté de ses mouvements, que graduellement on l'accoutume au froid; cela, dit-il, le prépare à supporter, un jour, les fatigues de la vie militaire. Un peu plus tard, on le nourrira avec du lait et du vin mélangés, etc. (3). Mais, à Athènes, l'enfant, du moins dans le principe, n'avait pas, par le seul fait de sa naissance, le droit de vivre. Tout à fait à l'origine, le père était probablement libre de le mettre à mort; longtemps il eut le droit de l'exposer ou de le vendre (4). Une fois l'enfant accepté et si c'est un garçon, une couronne d'olivier fixée au-dessus de la porte, annonce l'événement à

(1) Politique. Liv. VII. Ch. XÏV. Parag. 6.

(2) Politique. Liv. VII. Ch. XV. Parag. 6.

(3) Politique. Liv. VU Ch. XV.

(4) Schœmann. Loc. cit. 571.

LETCURNEAU **

434 l'évolution db l'éducation

tout le voisinage. Les femmes, qui ont vu naître l'enfant, le baignent dans un mélange d'eau et d*huile. On célèbre ensuite les fêtes et on donne le festin d'usage. L'enfant reçoit un nom; quarante jours après sa naissance, la mère fait les dévotions ordinaires. Enfin le père fait inscrire Tenfant sur le registre de la phratrie (t).

Tout le premier élevage était laissé aux soins des femmes (2) et, dans ses Caractères, Théophrasle se moque des maris « chauffe la couche », qui jouent à la nourrice, cajolent leur petit enfant et même lui mâchent les aliments (3). La mère athénienne allaitait le nouveau-né, mais souvent avec l'aide d'une nourrice qui tantôt donnait le sein comme la mère, tantôt remplissait seulement la fonction de ce que nous appelons une nourrice sèche (4). Cette nourrice athénienne était souvent une esclave, parfois une métèque, quelquefois pourtant une femme libre (3). Un stoïcien pédagogue, Chrysippe, veut que la nourrice parle une langue très pure afin de ne pas vicier à l'origine le vocabulaire de l'enfant (6) ; car, dès que l'enfant peut comprendre, on l'amuse par des contes, des fables, puis par des récits mythologiques (7). Aristote recommande de laisser jouer les enfants, mais à des jeux qui ne soient ni grossiers, ni indignes d'une condition libre. Que ces jeux, ajoute-t-il, soient déjà une imitation des occupations sérieuses, qui plus tard écherront à l'homme. Les enfants devront rester dans la maison paternelle jusqu'à sept ans ; mais il importe grandement qu'ils n'y puissent voir ou entendre rien de grossier, de licencieux. Dans une maison où il y

(i) Paul Girard. Loc. cit. 65.

(2) IbicL 69.

(3) Caractères, 20.

(4) P. Girard. Loc, cit, 69.

(5) Ibid, 74.

(0) Ibid. Si, (7) Ibid, 81.

CH. XV. — l'éducation en GRÈCE 435

a des enfants, il ne faut ni peintures, ni représentations obscènes. De même Tenfant n^assistera point aux tragédies et comédies grossières avant d'être admis aux festins des hommes et à l'usage du vin pur (1). Les inspecteurs de Tenfance, les Pœdonomes, veilleront aux conversations et récits à faire aux enfants et qui doivent avoir pour objet de préparer l'avenir (2).

Page 1