‹ L'évolution de l'éducation dans les diverses races humainesChapitre 66 sur 141 · I. — L'éducation chez les EsquimaiLX · texte numérisé non relu

I. — L'éducation chez les EsquimaiLX

Directement ou non, la Chine a été pour les divers peuples de race mongole ou même mongoloïde un grand foyer de civilisation. La population indigène de l'Amérique lui doit certainement beaucoup, surtout dans les grands et anciens Etats de rAmérique centrale, et à leur tour ces États ont propagé parmi les Indiens sauvages de rAmérique et probablement de la Polynésie diverses idées et certaines connaissances. Quant aux populations mongoles ou mongoloïdes du continent asiatique^ toutes ont plus ou moins subi l'influence chinoise; mais cela ne veut pas dire que les peuples tributaires des Célestes ou de leur civilisation leur aient tout emprunté. Tous les groupes ethniques de race jaune, sans en excepter les chinois primitifs, ont eu leur période de sauvagerie initiale, durant laquelle personne n'empruntait rien à personne: de là un fonds commun de connaissances anonymes et fort bornées. C'est en évoluant, en se civilisant et dépassant de beaucoup ses congénères, que la Chine a fini par devenir leur institutrice. Pourtant il est une race jaune, qui a échappé à son influence, c'est celle des Esquimaux, que peut-être il faut considérer comme le type premier de la race mongolique.

En eflFet les Esquimaux semblent avoir occupé jadis, en Amérique, en Asie, peut-être môme en Europe, une notable portion des régions septentrionales. Puis ils ont été graduellement refoulés dans la zone arctique, où végètent encore leurs derniers représentants, les Esquimaux d'Amérique, d'une part; les Samoïèdes et les Kamtchadales d'Asie de l'autre. Pour l'ethnographe et le sociologiste, ces débris primitifs ne sont pas sans intérêt ; car ce sont de vrais préhistoriques et ils en ont gardé non seulement

ââl L'CVOLmo^t DE L'ËbLCATION

les mteurs, mais la menlalité. Par leur climat si rude en ii^iitiral, par l'inclémence du milieu, les réglons arctiques lervé leurs rares habitants dans ua état de ségréilus ou moins complète. Vers le 77* degré de latiplentrîonalp, John Ross & encore rencontré des es, qui se croyaient non seulement les seuls Esquinais même les seuls habitants de la terre (1}. ement je résumerai ce que nous savons de l'édu- I de la meatalîtë des divers groupes d'Esquimaux. imes de celte race accouchent presque sans y Steller en a vu une. qui. pour mettre au monde lit. n'iulerrompil que durant un quart d'heure ses ions de niéna^re â . Au Kamichalka, l'accout a lieu d'ordinaire en présence de tous les memclan, de r<t^{n.H;. Ch<fz les Samoïèdes, l'enfant,

I t^t Dé, passe tour à tour entre les bras de tous slanis. qui te caressent : car c'est un nouveau > de la petite communauté. Puis on le couche

II bortviiu d'êt^^'rce de bouleau, garni soit de soit de poudre de bois pourri. On l'attache &

t dans ce berceau, qui permet i la mère d'aïiD enfant et de le pr^>rier plus aisément sur son

\u kuaitchatka. im il y a déjà des riches et des , to> p^rvs bien pourvus forment, aussitôt la naisun de leurs enfants, le Moyau d'an troupeau de qui lui reviendra [>lu> lard i . L'allaitement kamt-

e-it très I.>D^: il Jure tmis années. Vers l'âge de -^. ou d<"in<' à [ euf:iiit uu nom provisoire, qu il a p'us tanl. v.ts la quinzième année. Chea les ie-i, c'est le i-'re .]"'- choisit le nom et il prend

v, ; ■ s t-i.' ,■■■1.' "tv -.■■ -i- £■*■>. 'RfVHf BritaïutùfiK

cH. IX. — l'éducation dans le monde périsinique 22S

ordinairement celui d'un parent mort (1). Aux filles, les Samoïèdes ne donnent pas de noms. Leurs maris, plus tard, les appellent simplement né, c'est-à-dire « femmes » de même que celles-ci appellent leurs maris a hommes » (2). Au Kamtchatka, ce sont de vieilles femmes, sans doute un peu sorcières, qui nomment l'enfant. Pour cela, elles recourent au pendule soi-disant magnétique, à l'aide duquel nombre de gens, chez nous encore, ont la prétention de découvrir les sources. Ce pendule se compose d'une pierre enveloppée et suspendue à deux petits bâtons liés ensemble. Les femmes répètent, en tenant le pendule, les noms des parents de l'enfant et le choix est indiqué par Toscillation soi-disant spontanée du pendule magique (3). Ce choix d'un nom de parent ne se pratique point chez les Esquimaux de l'Alaska, oii les noms sont de pure fantaisie et indiquent simplement tel ou tel être animé, tel ou tel objet, telle ou telle particularité individuelle. Ainsi un garçon s'appelle « bois noueux, marteau, agile, protecteur, poisson blanc » ; une fille « montagne boisée, racine comestible, poisson noir, etc. » (4).

Les Esquimaux vivent ou tout récemment vivaient encore en régime de clan familial communautaire, aussi rhabitude de la solidarité plus ou moins étroite avait grandement développé leurs sentiments altruistes. Au Groenland, il n'y avait jamais entre les Esquimaux, ni gros mots, ni querelles; leur langue même ne possédait pas de termes injurieux et ils ne manifestaient leur mauvaise humeur que par le silence (S). Les parents esquimaux aiment beaucoup leurs enfants, qui sont re-

(1) Pallas. Loc. cit. V. 175.

(2) Ibid,

(3) Steller. Loc. cit. II. 244.

(4) Report on Population^ etc. of Alaska. Census 1890 (Washington), p. 152.

(5) Rink. Loc. cit.

226 l'évolution de l'éducatiok

marquablement dociles et obéissants ; quoique les cfaàlimenis corporels ne soient pas en usage parmi les Esqu— maux. A six ou sept ans., les enfants patroanest et dirigent déjà leurs cadets. Tous sont tranquilles, p&tienis; presque jamais, ils ne crient, même quand ils tombeat ei alors même qu'ils ne peuvent se relever seuls. Vu morceau de sucre donné à Tun d'eux passe de bouclée en boucbe parmi les camarades pour que chacun en ait sa part.

Pas d'autre instruction indigène que celle des jeux ei de rimitation des plus grands par les plus petits. A six ou sept ans, les enfants commencent à chasser les oiseaux ou animaux de petite taille, à chercher des œufs. A 12 ou 14 ans, ils accompagnent leur père à la chasse et s'exercent à harponner des veaux manns (1).

Au point de vue de Tétat intellectuel, les Esquinaux se rapprochent foi*t des autres primitifs. Les Kamtchadales ignoraient leur âge et il leur fallait compter leurs Vleigts et leurs orteils pour arriver à vingt. Au delà : ils disaient « Où prendrai-je le reste » ? (2). Les Groenlandais faisaieii4 de même (3).

Les Esquimaux n'ont ni mois, ni année d'une lodugueur déterminée. Pour eux, la durée se divise en « temps du long jour, mois du poisson rouge ou du poisson blanc, mois où les castors mettent bas, etc. » [i). Du c6ié des aptitudes graphiques ils étaient beaucoup plus développés et pratiquaient volontiers la gravure, le dessin, la sculpture^ bien entendu d'une manière 'primitive ; aussi , quand le capitaine Ross montra à certains d'entre eux des portraits de ïaïtiens, ils les prirent pour des êtres réels,

r. Smiths'ifiinn Institution, Report. Ethnol. 1887-1888. (lofanHurdo»!i. Paint Bnri't^tr Expèiiition p. 418. 2 Sleller. Loc, cit. II. 102.

y'-\} C.iaui. Croentand, 280.

i Sleller, Loc, cit, II. 103-H>4.

CH. IX. — l'édocàtion dans le monde périsimqce 227

vivants et essayèrent de les saisir avec les mains (1). Mais les Esquimaux des deux sexes comprenaient les cartes européennes et même dessinaient à leur manière les contours de leurs côtes (2).

Dans la presqu'île de l'Alaska, les Esquimaux ont été, comme les Peaux-Rouges^ soumis parles Américains des Etats-Unis à des essais de civilisation par la religion et l^école. Tout d'abord on a constaté, qu'ils ne partageaient pas l'aversion des Indiens peaux-rouges des Réserves pour l'éducation américaine; sans difficulté ils confient leurs enfants aux maîtres. L'éducation industrielle leur convient très bien; car ils sont fort adroits (3); mais, dans les écoles, on leur enseigne en outre la lecture, l'écriture, l'arithmétique ; ou leur donne m(>nie dos notions de géo- -graphie et de grammaire. Aux garçons on apprend les métiers de peintre, de charpentier, de cordonnier, etc.; aux filles, la cuisine, la boulangerie, la culture, les travaux de ménage. On leura trouvé un bon naturel, mais delentêtement ; de l'intelligence, surtout chez les filles; de l'hon- •nêteté, mais point de reconnaissance. Ce dernier défaut peut tenir aux habitudes communautaires de la race ; car, dans une société où à peu près tout est à tous, on ne doit rien à personne.

En somme, on est en droit de conclure de tous ces faits, qne les Esquimaux, d'apparence pourtant si grossière, sont plus ci^iilisables que beaucoup d'autres primitifs. Cependant le rapporteur, auquel j'emprunte ces renseignements, pense q^e, pour les Esquimaux comme pour les autres sauvages, les écoles de jour sont de très insuffisants moyens de civilisation. Elles valent, dit-il, im peu plus que rien; mais jamais par leur moyen on ne réussira à civiliser et à christianiser les primitifs. Le seul

(1) Ross. Hist. univ. voy. vol. XL. 13.

r2) lirid. voL XL 92.

(3) Indian Affairs, Report. 4886, (page lxxix).

procédé efficace serait d'élever les enfants dans des pensions, des internats, en les laissant communiquer aussi peu que possible avec leurs parents (1), ce qui permettrait de leur inculquer des idées et des habitudes nouvelles, de les transformer moralement. En efTel l'histoire nous apprend que ce système d'isolement mental, très comparable à l'emprisonnement cellulaire, est le plus propre à atténuer les tendances héritées et même à en créer de nouvelles.

Page 1