‹ L'évolution de l'éducation dans les diverses races humainesChapitre 67 sur 141 · II. — Uéducation chez les Tarlares · texte numérisé non relu

II. — Uéducation chez les Tarlares

Les Esquimaux nous doivent représenter à peu près les préhistoriques de la race mongole. Si maintenant des hautes latitudes, sous lesquels habitent ces primitifs, nous descendons dans les grandes plaines de l'Asie septenlrionalc, nous y trouvons des populations, diverses de noms, mais au fond très analogues entre elles par la race^ le genre de vie et les mœurs. Toutes en effet sont de race mougulique et toutes sont nomades et pastorales. Toutes aussi, ou presque toutes, ont embrassé de longue date» la religion lamaïque et généralement l'observent avec une grande ferveur. t]e sont même des populations bigotes et leur clergé est si nombreux, que Ton peut diviser les hordes tartares, qu'elles soit Kirghises, Kalmouckes ou Mongoles, en deux grandes catégories: celle des hommes noirs ou laïques et celle des /ainas. Dans presque chaque famille lartare Tainé des garçons reste seul « dans le si^ole ^s comme on dit en langage catholique ; les autres sonU dt'^s leur naissance, voués par leurs parents à l'ordre lauuuque ^:i\ Il faut donc distinguer che2 ces peuples eut IV IVduoalion laïque et Toducation cléricale. La premi^iv comprend tout ce qui concerne les occupations soi! guorrî^rx^s soit industrielles et elle a certainement

I n x\ ; . s t- i •..;-. •», <:.\ .A.\:.<vî. Cetsus l$90. iS2, 189, 191.

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préexisté à Téducalion lamaïque; mais elle est fort simple.

L'enFant reçoit un nom, mais de fanlaisie, un nom quelconque donné par le père, du moins dans le peuple. C'est siniplement le nom de la première personne ou du premier animal rencontrés. Plus difficiles, les riches vont demander au lama, au geylong^ un nom convenable pour leur enfant. Vers quatre ans, cérémonie religieuse, pendant laquelle un prêtre coupe à Tenfant quelques mèches de cheveux, que la mère conserve enveloppés et porte comme une amulette sur sa poitrine (1). Il s*agit là certainement d'une cérémonie antérieure au Lamaïsme.

Dès l'enfance, les jeunes Mongols, qui n'entrent pas dans les lamaseries, s'exercent au tir de l'arc et du fusil à mèche; mais ils s'adonnent surtout à l'équitation, où ils finissent toujours par passer maîtres et qui absorbe le plus clair de leur temps. Dès après le sevrage, on habitue les enfants à monter à cheval. Plus tard, ils en arrivent à faire en quelque sorte corps avec leur monture, ils peuvent môme dormir sans descendre du cheval ou du dromadaire. A pied, au contraire, ils sont lourds, embarrassés. Tous ont les jambes arquées (2). .

L'industrie des Tartares est peu avancée; il n'y a chez eux que peu d'ouvriers spécialistes : on n'en trouve guère que près des princes. L'industrie est encore familiale et tout le monde, surtout les femmes, la possède plus ou moins. On voit les femmes et les enfants broyer le soufre, le charbon et le salpêtre pour fabriquer de la poudre, que tout Je monde sait préparer (3). Le feutre se fait en famille et chacun y met la main ou plutôt les pieds. Les femmes spécialement sont d'habiles et

(4) Pallas. Voy du professeur Pallas, II, 240.

(2) Hue. Voy, Tart. et Thibet. I, 94 95.

(3) Ibid. II. 490.

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actives ouvrières. Elles cousent les vêlements et les bottes en cuir; elles font les chapeaux, elles brodent tout avee un grand art (1), ce qui du reste ne les empêche pas de s'exercer au tir de Tare, à celui du fusil et d'être souvent aussi habiles écuyères que les hommes (2).

L'éducation intellectuelle, non religieuse, existe à peine, elle n'est donnée que par des bardes, qui errent de iourte en iourte en chantant, déclamant et contant des légendes fantastiques ou guerrières (3). Seuls ou à peu près les hommes tondus, les lamas, savent lire et prier en Thîbétain. Dans les hordes, il n'y a guère d'écoles publiques. Les riches confient leurs garçons, surtout ceux qui sont destinés à la prêtrise, à un lama précepteur, qui leur enseigne les prières thibétaines. En général, les apprentis lamas vont acquérir ou compléter leur éducation dans Tune ou l'autre des lamaseries éparses dans le pays et parfois très importantes. Ce sont ces pères lamaïques des couvents, qui possèdent tout le savoir de la race; ils sont prêtres et souvent en môme temps peintres ou sculpteurs ou architectes ou médecins. (4). Leurs couvents sont mipartie religieux et industriels. On y élève du bétail ; on y vend du lait et du beurre; on y prépare même des thés généraux pour les pèlerins. Certains lamas sont bottiers, tailleurs, teinturiers, chapeliers. Il en est d'autres, qui transcrivent ou impriment les livres lamaïques. Dans ce dernier cas et, quoique le Thibétain soit une langue alphabétique, les imprimeurs ne se servent pas de caractères mobiles, mais de planches stéréotypées à la manière chinoise (3). La classe des lamas est trop nombreuse pour que les couvents la puissent toute contenir. Beaucoup de

(1) Hue. Loc. cit. ï. 97.

(2) rhid. 96.

(3) Dubeux. Tartnrie. 140.

(4) Hue. Loc. cit. I. 93.

(5) Ibid. II. 124.

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Geylongs vivent dispersés dans les hordes^ do moins obea les Kalmotieks. On en trouve ordinairemeiit un par groupe de 5ftà 100 tentes et j^rfoîs ces lamas tiennent des écoles aisseï fréquentées. Les écoliers apprennent le XbibétaÎB, la langue sacrée» les prières et le culte; ils accompagnent les offices en chantant et jouant des instruments. Mais, pour devenir prêtres, les jeunes gens doivent absolument aller se faire ordonner à la cour du Gran<l-Lama (1). Âpi'ès quoi ils reviennent^ soit pour ■lener la vie de lama errant, soit pour entrer dans une lamaserie tartare, où, comme nous Tavons vu, on peut trouver plus d'un emploi.

Parmi les industries exploitées dans ces couvents, il en est «ne pécuniairement fort importante, dont je n'ai pas eneore parlé ; c'est celle de Therboristerie. Ainsi la graaftde lamaserie de Kounboun avait fondé dans une vallée une petite succursale consacrée à la botanique naédicale. Là.» vers le commencement de septembre, une escouade de lamas herboristes étaient chargés de recueillir des simples. Tons les matins, les jeunes lamas s'en allaient, sous la conduite de leurs professeurs, explorer la monti^ne. Ils partaient, la robe retroussée^ le bâton ferré à la main, une bourse de cuir pleine de farine à la ceinture et parfois une marmite sur le dos. Le soir, ils revenaient chargés d'herbes, de racines^ de branches,. qn'ils étendaient sur des nattes pour les faire sécher. Après quoi la récolte était portée à la lamaserie de Kounbonn où, après avoir pulvérisé les plantes, on en confectionnait des petits paquets enveloppés dans du papier rcmge et étiquetés en caractères thibétains. Ces précieux remèdes se vendaient ensuite et très cher aux bandes de pèlerins, qui sans cesse affluent dans la lamaserie (2).

(1) Pallas. Voyages, etc. t. II. 125. 226. (Edition in-8». Paris, An IL de la République).

(2) Hue. Loc, cit. II. 181-183.

Presque partout les hommes de race mongole, assez pauvrement doués du côté Imaginatif, possèdent en revanche un sens pratique, qui jamais ne les abandonne, et ils savent fort bien associer la vie active et même mercantile à l'existence monastique et aux exercices religieux.

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