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III. — U instruction lamaïque auBoutanet au Thihet

C'est surtout au Boutan et au Thibet, ces foyers du Lamaïsme, que Ton trouve tout à fait épanouie cette organisation du cléricalisme enseignant. Au Boutan seul, on ne compte pas moins de cinq mille geylongsy dont les lamaseries reçoivent des jeunes enfants, de cinq à dix ans, mais pourvu que les parents paient une dot à l'établissement. L'enfant, une fois admis, est à la charge du couvent et entièrement séparé de sa famille. L'éducation, qu'il reçoit, se borne à apprendre à lire les livres sacrés, à réciter des prières et à pratiquer les cérémonies religieuses. Plus tard, il sera admis dans les ordres, en faisant un vœu de chasteté ; mais ce$ vœux ne sont pas perpétuels (1). A quinze ans, le jeune néophyte devient tohba; c'est le premier degré de la prêtrise; puis, entre 21 et 24 ans, après un rigoureux examen, il peut être ordonné geylong (2).

Durant les premières années de leur noviciat, les jeunes garçons servent leurs instituteurs (3) et on les emploie aussi industriellement comme brodeurs, tailleurs, peintres. L'enseignement, qui leur est donné, est simple. Le lama-mailre apprend au lama-disciple, au chabi, surtout à meubler sa mémoire des prières sacrées. Ainsi le matin, de bonne heure, après avoir balayé, allumé le feu, fait bouillir le thé, le chabi prend son livre de prières et va

(1) Voyage au Boutan par un auteur Hindou. Revue Britannique,

[2] Turner. Ambassade au Thibet, t. IL 87. (W: Ibid. I. 250.

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le présenter à son maître, mais avec trois prosternations respeclueases. Le maître reçoit le livre, en lit un passage plus ou moins long et le rend à Télève, qui prend alors congé, mais en se prosternant encore trois fois. Cela fait et durant la journée, le chabi est libre d'apprendre, comme et quand il veut, la leçon indiquée, mais, le soir, avant de se coucher, il lui faut la réciter imperturbablement. Si la leçon est mal sue, Télève paresseux ou incapable est puni, accablé de malédictions et même de coups; mais il accepte ces mauvais traitements pi3ssivement avec un imperturbable esprit d'humilité et de résignation. ce Les prières, que l'on sait le mieux, disent les Chabis^ sont celles qui vous ont fait recevoir le plus de coups ». A cet enseignement il faut ajouter certains cours publics, faits dans la lamaserie et où Ton explique les livres de médecine. Dans quelques lamaseries, on étudie en outre, du moins un peu, la langue des Tartares et des traductions des livres thibélains. Mais le plus souvent, les lamas, très familiers avec ces ouvrages canoniques, qu'ils passent leur vie à lire, ne connaissent n>ême pas l'alphabet de leur propre langue (I). Seuls, les scribes des lamaseries possèdent une instruction un peu plus étendue: ils savent les langues mongole et Ihibétaine, quelquefois le Chinois. D'ailleurs ils ne sont acceptés comme scribes qu*après un difficile examen passé en présence de tous les lamas et des principales autorités Ihibétaines. Leur fonction consiste à prendre note de tout ce qui a trait à l'administration de la communauté, à inscrire les revenus» les ventes, les achats, les mesures disciplinaires, les règlements et ordonnances édictés par le Grand-Lama (2). Ce nombreux personnel lamaïque, célibataire et ayant fait vœu de chasteté, dressé dès l'enfance à l'humilité, au

(!) Hue. Loc. cil. I. 285-287.

(2) Hue. Loc. cit. I. 284.

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travail et à Tobéissance, constitue la classe gouvernante du Boutan et du Tbibet, Técruivalent administratif d^^ leftrés chinois. C'est ce clergé, qui occupe ions les emtplois, sauf les militaires; sa fonction consiste à gouverner et il laisse an populaire le soin de cultiver la terre et d'entretenir la population.

Une pareille organisation ne comporte guère de ciillure scientifique; aussi la science thibétaine n'est gu^re plus avancée que celle des bordes nomades. La médecîœ^ qne les lamas fournissent de simples, n'a pas dépassé le plus grossier empirisme. Elle admet tont juste et nne fois pour toutes, i4d maladies, ni plus ni moins: c'est évidemment un nombre cabalistique. Les livres (te nfeé^eetne lamatque ne sont qne des reeueils d'obsetirs aphorîsraes. L'examen de Tiirine des malades est la grande ressoarce dos lamas pralick'ns; ils en examinent dies éciiantilloBS recueillis aux diverses heures du jour et de la nuit; mais ils s'y prennent singulièrement. Leur procédé consiste simplement à inspecter le liquide on à le battre avec une spatule; pour eux, le bruit, que produit cette petite opération, est tout plein de révélations. A les en croire, Turine est tantôt muette et tantôt paWante. Comme nos charlatans de village, ils n'ont pas besoin de voir le malade et Tinspection de son urine leur suffit amplement [\).

Pour mesurer le temps, la durée, les Tartaresmit imargiiié des cycles, curieux ponr nons; car ils s©«t fort a«arlogues au cycle de Tancien Mexique. Ces cycles sont su nombre de deux, l'un de cinquante, Taulre, de soixante ans, et comprennent, chacun, cinq cycles plus petits on indictions ; l'un de dix, Tantre de dooze ans. Les années de la décade sont désignées par les noms des cinq éléments lartaros, répétés deux fois, ou des cinq couleurs

v! Hue. Loc, cit. 11. 183.

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avec leurs nuances dites femelles. Les cinq premières années, par exemple, s'appellent « bois-bois, feu-feu, terre-lerrc, fer-fer, eau-eau ». Pour désigner les années de la période de douze ans, on emploie douze noms d'animaux (soaris, bœuf, tigre, lièvre, dragon, serpent, cheval, bélier, singe, poule, chien, porc). Le cycle de 60 ans désigne chacune des années qu'il comprend, en combinant les noms des animaux avec ceux des éléments. Exemple: souris de bois, bœuf de bois, tigre de bois, etc. lièvre de fer, cheval de fer, etc. Enfin, pour distinguer les cycles les uns des autres, les souverains lartares donneat à chacun d'eux un nom particulier. Par exemple, 1818 correspond à la 28° année de Tao-Kouang, qui est dans le cycle l'année du bélier de fer.

Les Thibétains ont adopté, comme les Tartares nomades, les petits cycles de 10 et de 12 ans; puis, en les combinant et les sériant, ils en ont formé un cycle plus grand, une période de 192 années. Mais, au Thibet même, ces spéculations n'intéressent que les savants. La masse ne se doute même pas de l'existence des cycles et un lama très renommé à Lhassa, ne voyait, disait-il, aucune utilité à la chronométrie (Ij. Ce rapide aperçu suffit à montrer que la pensée des populations tartares et mongoles n'a jamais pris un essor bien hardi; toujours terre à terre, préoccupée avant tout de la vie pratique; son vol est bien plutôt un vol de basse-cour, un vol de poule, qn'un vol d'aigle à travers l'infini de Tespace.

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