‹ L'évolution de l'éducation dans les diverses races humainesChapitre 79 sur 141 · V. — Uinslruction publique · texte numérisé non relu

V. — Uinslruction publique

Avec une centralisation beaucoup moins rigoureuse, la Chine administrative ressemble fort à la France .

(1) Hue. L'Empire chinois, t. 237. 238.

(2) Sinibaldo de Mas. Chine et Puissances chrétiennes. I. 255. ~ Kussel Killough. Seize mille lieues, etc. I. 280.

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Elle se subdivise en circonscriptions analogues à nos départements, arrondissements et cantons. L'organisation de riastruction publique rappelle aussi la nôtre, mais d'une maaière générale. La Chine a des écoles primaires, des écoles secondaires ou collèges, enfin un collège impérial où sont élevés les fils des grands (1). Dans chaque ville ou bourg, presque dans chaque village, des maîtres tiennent des écoles pour la jeunesse. Les parents riches ont à domicile des précepteurs chargés d'instruire leurs enfants, de leur apprendre Thisloire et les lois, de les former à la fois à la vertu et aux bonnes manières, aux rites (2). Chaque village a sa mairie, son tribunal de famille et son école (3). Dans les chefs lieux de district ou dans les capitales de province, des docteurs, sacrés par leurs succès dans les concours, font du haut enseignement, en commentant les œuvres classiques de Confucius, de Mencius, etc (4). Mais, et ceci n'a plus rien de Français, les établissements secondaires, les collèges, ne sont pas astreints à une doctrine scolaire uniforme. En 1744, vingt-quatre collèges répartis dans les principales villes enseignaient la philosophie de Confucius ; cinq au contraire étaient taoïstes ou bouddhistes. Tous ces établissements avaient été fondés isolément et à des époques différentes (S).

Le personnel des maîtres enseignant, a titre de fonctionnaires, se répartit entre les collèges ou écoles de déparlement, de district, d'arrondissement ou de canton. Chaque province a un directeur des études ; mais ce fonctionnaire ne relève pas du gouverneur général (6). Enfin un Collège

(i) G. Pauttiier. Loc. cit. 275.

(2) Grosier. Loc, cit. II. 275.

(.1) E. Simon. Cité chinoise. 40,

(4) Cl. Lavollée. Chine contemporaine. 3.

(5) G. Pauthier. Loc. cit. 41. 43.

(6j Ibid. 149.

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dit impérial reçoit les fils des grands, qui en suivent les* cours pendant six ans, en payant une redevance annuelle de cent liang (environ 800 francs). Dans cet établissement on enseigne le Chinois, le Mandchou, le Mongol et les mathématiques. Quelques Européens^ des jeunes Russes surtout, y apprennent le Chinois et le MandclM>u (1).

Mais renseignement fondamental pour la Chine est celui de la lecture et de récriture. Avant tout, il importe d'apprendre à connaître les caractères, à les bien prononcer et à les reproduire an pinceau (2). Le maître corrige récriture de Félève à Tencre rouge, en mettant au-dessus de chaque caractère une note qui en signale les beautés ou les imperfections. Pour la prononciation, le maître lit un certain nombre de caractères à chaque élève individuellement. Tous ensuite regagnent leurs places et s'y asseoient en répétant leur leçon; cette répétition, ils la font en chantant et en se balançant. Le maître écoute^ observe et redresse les sons faux: quand Télève sait ou croit savoir sa leçon, il va s'incliner devant le maître,, puis lui tourne le dos et récite (3).

Dès que l'élève est un peu dégrossi, on lui met entre les mains une petite encyclopédie claire et concise^ qui résume les points essentiels de la science chinoise ; c'est le Lan-dze-King ou livre sacré trimétrique. Les 178 vers de ce petit ouvrage sont groupés en distiques, dont chaque vers est composé de trois caractères. On y trouve un curieux mélange de notions positives et d'idées abstraites; il y est question de la nature de l'homme, des divers modes d'éducation, de l'importance des devoirs sociaux, des nombres et de leur génération, des trois grands pouvoirs, des quatre saisons, des cinq points cardinaux, des cinq éléments, des cinq vertus constantes, des six espèces

(1) G. Pauthier. Loc, cit, 275.

(2) Hue. L'Empire chinois, i. 123.

(3) Ibid. 123. 124.

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lie eéré«lies, des six classes d'anioMux d(wtesUt|ttes, des f'epi passîoiàs dooxiaaates, des huit wAts de musique, <Jes Q«ikf degrés de pAieAié, des dix devoirs telatifs, des étades et coiuposiltoos académiques, de l'histoire géuér^le et de ta succession des dyoastîes. — En somme dans cette rlasstficfttjoa., oa s'est évidemment |Hréoceupé avant tout de créer des ^rottpes coirespoadaat aux dix premiers nombres, sans trop se soucier de la réalit<^ ( l).

Puis les enfants j^ursuivent leuFS études eaappxeBant quatre li.vve& cUssiijues, trois de Coiïfucius et ua de Meaeias. Ces- ^riks sont de par&.tLs modèles de eelie aorale incolore «t plate, ^ai plaît si fort ai» Célestes. Les eufaitts apf ren»eak ces (Hivrages. comme te font ordimucemeot les mMies iKwr le Catéchisme, absolument sans se préoccuper du aeas. Quand ils ont bien logé dans leur mémoire ces t<Kl«& sacrés, le maître Les leiu développe et con.~ meute {2).

^.nmimtt oaae s«ut»it pniseï & easeigoer %mx élèves des écoles élémenfaûres les milliers de caractères de L'écriture^ o«n choisi quelques eentaines de caracUres exprimant les dajols les plus etuamums: L'homaie, les animaux dom«siii(|««a, Les plantes usuelles,, les ustensiles et lustramcsts Las piva ce«uaua, tes maisofis, la lone,. le ciel, etc. Tous cee-ot^ets, on les grave ou oik Les peint en écrivant au dessus le aom de La chose représentée et les enfants se ^MLÏLiariseBt ainsi sans effort avee les rndimentsde l'écriture (3). Or, en Chine comme eu. Europe, les gens peu cultivés n'ont besoin, ponr exprimer leurs idées, que de quelques centaines de mots ; il leur suffit donc de possétler la connaissance du petit nombre de signes graphiques correspondants. Veulent-ils lire ? Ils trouvent partout des livres & leur portée et d'un bon marché extrême. Même

(I) H«£. L'Emue chinois^ 124. 12V

{%] G. Paulhier. Lac. cit. 124-134. — Grosier. Lae^ ciL 11. 271 .

(3) Grosiec. Loc. cil. 269.

sans toucher aux livres, il leur est impossible de ne pas lire, dès qu'ils regardent autour d'eux ; car tout est couvert d'inscriptions morales: les façades des tribunaux, les pagodes, les monuments publics, les enseignes des marchands, les portes, les tasses, les assiettes, les éventails. Dans les plus pauvres maisons de village, on voit de belles maximes écrites sur des bandes de papier rouge (1); partout il a plu des préceptes.

Enfin des lecteurs publics parcourent les villes et les villages, en lisant au peuple les plus intéressants passages de son histoire et en accompagnant cett« lecture de commentaires et de réflexions (2). A des degrés divers, tous les Chinois sont donc des lettrés; aussi, parmi eux, détruire ou gâter un livre est considéré comme un acte de barbarie (3). Les écoles élémentaires, les inscriptions, les lecteurs publics aidant, le plus pauvre Chinois possède une part du savoir national, part minime sans doute, mais suffisante pour son humble condition et aussi pour lui inspirer le respect des lettres et des lettrés.

Mais, pour obtenir ce résultat, il n'a pas été possible de s'en tenir à la libre éducation des primitifs ; il a fallu contraindre les enfants à apprendre, en les châtiant, ce qui a d'ailleurs l'avantage de les habituer, de les préparer aux bastonnades légales, qui, en Chine, constituent pour la plupart des délits la pénalité ordinaire (4). A l'école, on punit la paresse ou la négligence, en faisant coucher sur un banc l'écolier coupable, à qui l'on applique, par dessus son caleçon, huit ou dix coups d'une lattesans doute en bambou (5).

A l'honneur de la Chine, il faut dire que son enseigne-

(1) Hue. V Empire chinois. I. 348, 349.

(2) Hue. Loc, cit. II. 101.

(3) Sinibaldo de Mas. Chine et puissances chrétiennes. I. 256.

(4) Voir mon Evolution de la justice.

(5) Grosier. Loc. cit. 271.

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mÊoL-pilaialrev si répandu, est à la fois laïque et point obligatoire. Tout Chinois, gradué ou non, peutouvrir une ! école. Pour le choix des maîtres, TÉtat s'en est remis à la sollicitude des pères de famille pour leurs enfants. Les maîtres inférieurs, extrêmement nombreux, sont des apprentis lettrés, que la pauvreté, Tinsuffisance de leur savoir ou la mauvaise chance ont empêchés d'arriver jusqu'au mandarinat, un peu ce que nous appelons « des ratés »• Quand ils veulent fonder une école, les chefs des villages ou des quartiers des villes se réunissent pour s'entendre sur le choix du maître, sur son traitement, sur le local à préparer. Une fois que tout est réglé, la classe s'ouvre (1). L'instituteur loge ordinairement dans la pagode et il est entretenu soit par une fondation fixe, soit par une rétribution en nature, que les agriculteurs lui paient après la récolte (2). —

L*enseignement secondaire ne difTère pas essentiellement de l'enseignement primaire. Quand l'élève a fait une suffisante provision de mots, de caractères et de maximes, on lui permet de s'essayer à des compositions, à des amplifications, analogues à ce que nos écoliers appellent des « styles » et dont on lui donne seulement le sujet (3). Peu à peu il enrichit ainsi son trésor de mots, de caractères et de notions classiques. De bonne heure aussi on forme les élèves aux concours et avec raison ; puisque tout le recrutement du mandarinat repose sur ce genre d'épreuves. Vingt ou trente familles de même nom, par suite de même clan, et ayant en conséquence une seule et même salle d'ancêtres, conviennent d'y envoyer leurs enfants composer et concourir deux fois par mois. A tour de rôle, chaque chef de famille indique le sujet de la composition et en décerne le

[i] Hue. Loc. Cî7. I. H9.

(2) Ibid. i20. . . <

(3) Grosier, Loc. cit. 274. . .

prix (1). Mais, au moins deux fois par an, tous les élèves sont obligés de concourir entre eux, sous les yeux du pelit mandarin des lettres. Ce concours officiel a lieu dans toutes les provinces de TËmpire^, au printemps et en f hiver (2). En somme, ces concours bisannuels sont le pn»- ! lude et rimage des grands concours, qui ouvrent l'entrée du mandarinat et on les entoure de précautions analogues. Chaque écolier est enfermé dans une cellule de quatre pieds et demi de longueur sur trois pieds et demi de largeur. Pour un même concours, il faut quelquefois 6000 de ces chambres. Les candidats ne doivent porter sur eux ni livre ni écrit et on les fouille avec soin ; tout élève étant trouvé nanti d'autre chose que de pinceau et d'encre est sévèrement puni, honteusement chassé et à jamais exclu de tout concours pour le mandarinat. Une fois en cellule, les candidats ne peuvent plus communiquer avec personne (3). A eux de se tirer d'affaire, comme ils le peuvent, et d'utiliser au mieux de leur intérêt, le bagage de signes, de mots, de passages des auteurs, préalablement acquis et emmagasiné dans leur mémoire, à titre de munitions pour la bataille.

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