VIII. — Les effets de Véducation chinoise
On peut dire que la Chine a été le grand centre moral et intellectuel de la race jaune. Plus ou moins éclatants, des foyers civilisateurs s'allument en tout pays, dès qu'une race sort de la sauvagerie première. Ils ont fait défaut à la race noire; mais la race blanche en a eu plusieurs: TEgypte, TAssyrie, l'Inde, la Grèce, etc. Pour la race jaune, aussi loin que nos informations pénètrent dans le passé, nous ne trouvons que les Etats anciens de l'Amérique centrale et, en Asie, le grand empire chinois; mais le Mexique et le Pérou anciens peuvent et môme doivent avoir été, au moins pour une part de leur civilisation, des émanations d'une Chine très antique.
En Asie, si, comme nous l'avons fait, on jette un coup d'œil d'ensemble sur les populations de race mongolique, on peut suivre toute l'évolution mentale de la race jaune. A l'extrême nord les Esquimaux nous représentent le Mongol encore primitif, celui de Tâge de la pierre. L'éducation, dans les petits clans esquimaux, est encore ce qu'elle est chez tous les sauvages, c'est-à-dire bornée aux arts et industries les plus simples, les plus indispensables au maintien de l'existence. Néanmoins la race a déjà des caractères moraux qui lui sont propres; elle est pacifique, patiente, dure au mal, peu démonstrative.
(1) Grosier. Lac. cit. 485-490.
En Tartaric, en Mongolie, au Thibet, où Ton est tout à fait dégagé de la sauvagerie, la constitution morale de l'homme jaune n'a pas changé essentiellement; il a conservé la même passivité tranquille et il a tiré du Bouddhisme indien une religion adaptée à son caractère placide: le Lamaïsme. Avec le Lamaïsme, Téducation n'est plus, comme chez les primitifs, spontanée, familiale, strictement utilitaire. Sans doute le mode primitif d'éducatioa à la fois pratique, libre et bornée aux usages de la vie persiste encore ; mais sur lui s'est greffé un autre genre d'éducation, à la fois plus chimérique et plus intellectuel, l'éducation religieuse, qui, elle, vise surtout au salut dans l'autre monde et est volontiers coercitive.
En Chine, un autre pas en avant a été fait; l'éducation est devenue presque uniquement intellectuelle et morale; mais, dans les deux sens, elle est à très courte portée; car elle n'exerce guère que la mémoire. Ses promoteurs ont cru que, pour être convenablement instruit, il suffit & un homme de savoir bien « peindre la parole », comme le dit un ancien vers très connu, et d'avoir la mémoire bourrée de vieux préceptes moraux, d'une banalité à faire pleurer.
Pourtant les Chinois ont eu une grande idée pratique, celle de ne confier l'autorité, la direction sociale, qu'aux meilleurs, et de remplacer l'aristocratie de naissance par celle de rintelligence. Malheureusement leur mode de réalisation, le système des concours terre à terre et purement mnémoniques, a fait avorter ce qui aurait pu être une idée féconde.
En fait cependant, l'éducation chinoise a un caractère spécial; elle est purement intellectuelle, puisqu'elle ne s'adresse qu'aux facultés de l'esprit. Mais on sait que le sens moral se forme, comme toutes les tendances mentales, non par des leçons apprises par cœur, mais par l'exemple, par l'habitude effeclivc. Il en est résulté que les Chinois