‹ L'évolution de l'éducation dans les diverses races humainesChapitre 82 sur 141 · CH. X. — L INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

CH. X. — L INSTRUCTION PUBLIQUE

pour remédier à cette grave lacune, ils ont créé des académies. Je mentionne seulement VAcsidémie de Médecinej composée de 115 membres, dont 15 médecins impériaux, 30 praticiens, 40 docteurs en médecine et 30 élèves (i). On sait qu'en Chine la médecine scientifique n^xiste pas encore ; que même on ne permettrait pas de disséquer un cadavre. De physiologie il n'est pas davantage question; cependant les Chinois avaient eu, avant nous, ridée de la circulation du sang, mais ils l'avaient simplement déduite de Texistence des pulsations radiales ; Tétude du pouls ayant ^ leurs yeux une extrême importance (2). C'est dans l'Académie impériale des Hanlin, véritable Institut de la Chine, que la haute science a trouvé un asile. Ha n-t in signifie « forêt de pinceaux ». Celte forél ne se compose cependant que d'un petit nombre d'arbres. Au début TAcadémie ne comptait que 40 membres, comme notre Académie française, qui peut très bien avoir été fondée à son exemple. Le but et la fonction de l'Académie des Han-lin consistaient à favoriser la renaissance des études littéraires et en même temps à entretenir les bonnes doctrines. Les deux présidents, l'un Mandchou et l'autre Chinois, dirigent les études des princes de la famille impériale et figurent parmi les habitués du Palais. Vingt docteurs de ses membres, huit Mandchous et douze chinois, sont chargés, avec l'aide des jeunes lettrés ayant obtenu les premiers rangs dans les examens, de préparer de bonnes éditions des livres classiques et de rédiger des compilations littéraires ou historiques, destinées soit à la bibliothèque impériale, soit à l'enseignement public (3), dans les écoles qui existent aux quatre portes du Palais. La plupart des académiciens occupent un vaste hôtel, commodément aménagé pour eux. Là, libres de tout soin,

(1) G. Pauthier. Chine moderne, 276.

(2) Lettres curieuses et édifiantes, t. UI.

(3) G. Pauthier. Loc. cit. 23. 270.

ayant sous la main la très riche Bibliothèque impériale^ ils peuvent travailler à Taise, à leurs heures, saas se hâter et en donnant à leurs compositions toute la perfection dont ils sont capables (1). C'est aux Han-lin qu*on doit toutes les grandes collections historiques, les dictionnaires, les commentaires, les éditions nouvelles des anciens livres, toutes publications ordinairement précédées d'une préface de l'Empereur et toujours imprimées aux frais de l'Etat, qui les distribue aux Grands de sa maison et de sa famille, aux ministres, aux fonctionnaires de premier rang, aux lettrés en renom, etc. Par la beauté du papier, des caractères, de l'encre, des ornements, de la reliure, ces éditions sont des chefs-d'œuvre (2).

On voit que, comme le reste de leur corporation, les académiciens impériaux s'occupent surtout des anciennes œuvres morales et classiques. Pourtant il existe en Chine une certaine science. Les mathématiques y sont notamment assez avancées. Le système décimal y est connu de temps immémorial. A l'aide de leur abaque, de leur souan-pan, à boules de bois, enfilées par groupes de sept, sur des tringles horizontales, les Chinois font en un instant tous les calculs courants, même des calculs de fractions (3). Leurs mathématiciens ont publié beaucoup d'ouvrages spéciaux et, dès qu'ils les ont connus, ils ont adopté les éléments d'Euclide, les logarithmes, etc. (4). Il est regrettable que, dans leurs écoles chinoises, les missionnaires catholiques profitent peu de cette bonne volonté et se préoccupent surtout d'enseigner à leurs élèves la langue latine (o)!

D'eux-mêmes les Chinois avaient créé une certaine

{{) Abbé Grosier. IL 409.

(2) Grosier. Loc. cit. 410.

(3) Sinibaido de Mas. Loc. cit, t. I. 10.

(4) fbid. t. II. 320.

(5) Ibi(L 323.

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science astronomique, que complétèrent et corrigèrent, au siècle dernier, les savants Jésuites, Ricci, Verbiest, Parennin, etc., etc. (1). A Pékin, un tribunal spécial, subordonné à celui des Rites, a juridiction sur tout ce qui touche aux phénomènes célestes (2). Les éclipses en particulier relèvent de ce tribunal astronomique, qui môme doit les annoncer à Tempereur quelques mois à l'avance et les calculer pour chaque capitale de province (3). Mais ces astronomes n'ont rien fait pour vulgariser leur science. En Chine les éclipses s'appellent encore « Soleil mangé, Lune mangée », et toute la population continue à croire que Téclipse est causée par Tavidité d'un dragon monstrueux, qui cherche à avaler Tastre du jour ou celui de la nuit (i). Â chaque éclipse, la population des villes s'efforce toujours d'épouvanter le monstre astropbage par un effroyable vacarme de tambours et de trompettes (5). En même temps, tous les mandarins, rassemblés en habits de cérémonie dans la cour du Tribunal astronomique, frappent la terre de leur front (6). Mais ce n'est là qu'un rituel, conservé sans doute à cause de son ancienneté; car, eu 1859 et 1860, les Eléments (Tash^onomie de Herschell ont été publiés en chinois dans une magnifique édition illustrée (7).

D'ailleurs, dès le temps dTao (23S7 av. J.-Chr.), des astronomes étaient chargés de rédiger le calendrier, d'y marquer le cours des astres, le lieu des planètes, et les éclipses. Pour ces dernières, ils les devaient annoncer sous peine de mort (8). Dès cette époque si reculée, les

{{) Grosier. Loc, cit. 419.

(2) IbUl 420.

(3) Ibid. II. 421.

(4) Milae. Vie réelle en Chine. 333.

(5) Grosier. Loc. cit. II. 422.

(6) Ibid.

(7) Sinibaldo de Mns. Loc. cit. II. 320.

(8) Grosier. Loc. cit. 413.

l'évolution dk l'éducation

Des chinois coanaissaient les équinoxes elles sols-

quoique leur aimée fût encore divisée en lunailo avait une durée solaire de 363 Jours, corrigée quatre ans, par un jour intercalaire, complétant ée bissextile (1). Enfin, en dehors des mois, celle ! divise en 24 parties, marquant la course appai soleil dans le Zodiaque (2). En outre depuis trois ivant notre ère, les Chinois groupent les années s de 60 ans (3), comme le font les ïartares et e à leur exemple, pos des connaissances chinoises, il faut bien dire

chose de la musique, que les Chinois entendent à lamani^^e de l'ancienne (irèce, en ne la sépa- ;re de la poésie moralisante (i). La tradition raple la guitare à 2o cordes inventée par le civilisa- 2ndaireFon-/ii, servait à régler le cœur et à rendre oies vertueux (^ ri). Dans les temps très anciens, les

la lyre non seulement adoucissaient les miBurs imes, mais même ils apprivoisaient les bêles 6). Il n'était pas jusqu'au monde physique qui ne é par la musique et un ancien empereur, le 14«. quer une guitare à cinq cordes « pour remédier i;lement des saisons » (7). Pour savoir, disent les

un pays est bien gouverné, il sufRt d'en examilusique (8). Pourtant malgré cette vénération un essive pour la musique et malgré l'institution, ï, d'un Ministère de la musique, les Chinois ne il qu'un système musical très imparfait, analogue

Mer. Loc. cit. U:t. 4U.

'. 41 il.

biildu (le Mas. /.oc. cit. I. 11.

u-King [Tiad. du P. Gaubil)

;ier. Loc. cil. 478.

ti.Kiiig.

iicr. Loc. cil. 470.

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à celui de Tancienne Egypte et point d'autre notation que quelques caractères pour désigner les tons principaux (1). En musique, de môme que dans toutes les autres branches du savoir, la Chine a bien créé les éléments; mais elle n'a sa les développer que jusqu'à un degré assez borné; son esprit n'a point pénétré dans les hautes sphères intellectuelles. A quelle cause attribuer cet arrêt de développement? C'est ce qu'il nous reste à nous demander.

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