‹ L'évolution de l'esclavage dans les diverses races humainesChapitre 110 sur 147 · V. — Aristote et r esclavage · texte numérisé non relu

V. — Aristote et r esclavage

Dans toute l'antiquité, Tesclavage fut considéré, comme étant socialement nécessaire. Les citoyens, les hommes libres avaient autre chose àfaireque de s'adonner aux occupations mécaniques. Chez les peuples inintelligents, c'eslbrutalement et sans raisonner que Ton opprime les faibles: mais, chez les races mentalement développées où un certain sens moral s'est formé, la conscience a besoin d'être apaisée par des raisonnements plus ou moins captieux. On en est rarement àcourt. Chez les peuples et les individus, quand le caractère n'est pas à la hauteur de l'intelligence, c'est •toujours cette dernière qui docilement obéit; elle devient un simple avocat au service des instincts et des désirs. A propos de Tesclavage, le grand Aristote personnifie très bien ce rôle de défenseur d^une mauvaise cause.

Le vœu d'Aristote était que le travail mécanique fut abandonné, au moins pour la plus grande part, à une population exclue de la vie politique, et il dislingue mal l'artisan de l'esclave. Dans l'opinion des Grecs, tous les travaux manuels abaissaient l'intelligence ; chez quiconque se fatiguait en vue du gain, du lucre, les sentiments devaient perdre de leur noblesse, l'égoïsme se développer (1). Comment les <;itoyens auraient-ils pu s'acquitter de leurs devoirs civiques, s'ils n'avaient pas eu de longs loisirs ?.. — Selon Aristote, il y a des esclaves-nés, auquel il est même avantageux de vivre dans une condition servile : « Tous les êtres, entre lesquels il y a autant de différence qu'entre l'âme et le corps -entre l'homme et l'animal (or, telle est la condition de tous ceux qui sont destinés à faire usage de leurs forces corporelles sans pouvoir faire quelque chose de mieux), tous ces

.(1) Aristote, Politique^ liv. III, chap. 3, § 2 et 3.

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êtres sont esclaves par nature... Les esclaves et les animaux domestiques ne nous servent guère que par leurs forces corporelles. La Nature a même voulu marquer d'un caractère différent les corps des hommes libres et ceux des esclaves, en donnant aux uns la force convenable à leur destination et aux autres une stature droite et élevée, qui les rend peu propres à de pareils travaux... Il demeure évident, que (parmi les hommes) les uns sont des êtres libres par nature ; les autres des esclaves, pour qui il estulileetjustede demeurer dans la servitude (1) ».

Dans sa Morale à Nicomaquey Aristote déclare qu'il ne saurait exister d'amitié entre le maître et l'esclave, pas plus qu entre Thomme et le cheval ou le bœuf : « 11 n'y a rien de commun entre ces êtres ; l'esclave n'est qu'un instrument animé: l'instrument un esclave inanimé ». Or, comme il déclare ailleurs que les lois sont nécessaires seulement pour les hommes égaux par leur naissance et leurs facultés (2), on en peut déduire que, suivant lui, l'esclave est au-dessous des lois-, comme l'homme supérieur est au-dessus d'elles.

Platon, lui, ne sait trop dans quel sens se prononcer : « L'articledes esclaves est embarassant à tous égards. Les raisons, qu'on en rapporte, sont bonnes en un sens et mauvaises en une autre ; car elles prouvent à la fois l'utilité et le danger d'avoir des esclaves (3) ». 11 désire qu'au moins on épargne la race grecque, en ne réduisant point en esclavage les prisonniers faits dans les guerres de cité à cité (4) ». Dans sa république idéale, il veut que la place et le rang de chacun dépendent non de la naissance, mais de la valeur personnelle, ou, pour suivre la métaphore dont il se sert, de

(1) Aristote, Politique, liv. I, § 13, 14 15 (trad. B. Saint-Hilaire).

(2) Ibid,, VIII, § 2.

(3) Platon, Lois, VI.

(4; République, V.

la qualité du métal de chacun. Si les laboureurs ont des âmes d'or ou d'argent, qu'on les élève au rang de guerriers ou de magistrats ; ceux qui ont des âmes de fer ou d'airain, fussent-ils fils de magistrats, devront être rélégués parai les artisans et les laboureurs etc. (1) ».

Mais la république de Platon est une rêverie ulopique ; son influence sur les mœurs helléniques fut parfaitement nulle et, dans la pratique de l'esclavage, la Grèce ne le céda point en barbarie aux antres États de l'antiquité.

(1) République, IIÎ. IX.

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