IV. V affranchissement
En Grèce, Taffranchissement des esclaves était fréquent et il se faisait pour diverses causes et de diverses manières. D'abord l'esclave pouvait se racheter mais avec le consentement du maître ; pour cela il fallait avant tout que l'esclave possédât un pécule, c'est-à-dire eut été, pendant des années, soumis, laborieux, économe : l'affranchissement, qu'il achetait, était une récompense de sa bonne conduite (2).
Assez souvent l'affranchissement se faisait par une vente fictive à une divinité, notamment à Apollon ; parfois cet
(1) XénophoD, Revue de VAltique, 306-308.
(2) Wallon, Loc. citJ, I. 835.
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affranchissement était un don gratuit ; mais le plus souvent Tesclave rachetait sa liberté à beaux deniers comptants ; il était seulement mis sous la protection du dieu et on lui nommait un garant de sa liberté. Beaucoup d'inscriptions mentionnent des affranchissements de ce genre et surtout des affranchissements de femmes (i). Assez fréquemment ces affranchissements sont incomplets et les affranchies doivent rester près du donateur jusqu'à sa mort (2). Souvent le maître affranchissait en mourant et alors son testament servait de garantie à Tesclave. Si la libération avait lieu du vivant du mattre, on lui donnait autant de publicité que possible, en la faisant proclamer par un héraut, même déclarer par les tribunaux ou dans les temples au cours d'une fête, en l'inscrivant soit sur un monument, soit sur des registres publics (3).
L'affranchissement pouvait aussi être prononcé par l'Etat. Un décret promulgué à Athènes promettait la liberté à tout esclave qui dénoncerait une fraude commerciale (4) ; mais c'était surtout parle service militaire, que l'Etat donnait la liberté aux esclaves. En principe, l'esclave était exempt du service militaire ; on Ten avait considéré comme indigne ; mais, en fait, la nécessité contraignait souvent d'enrôler des esclaves et, alors on observait la loi en affranchissant l'enrôlé. A Sparte, tout Hilote incorporé parmi les hoplites était affranchi (5). Ces affranchis militaires étaient même si nombreux à Sparte, *qu'on en fit une classe spéciale, celle des Néodamèdes (6). A Sparte encore, pendant la première guerre de Messénie, les pertes ayant été si grandes que beaucoup de familles menaçaient de s'éteindre,
(1) Wallon, Loc, cit., 1. 1, a37-339 et 477 (note 23). ;2) Ibid., aSO.
(3) Ibid.y 336^7.
(4) Ibid,. 352.
;5; Thucydide, V, p. 34. Diodore, liv. XV, | 65. (G) Schœmann, Antiquités grecques, t, I, p. 233.
on autorisa des unions libres d'Hilotes avec les filles ou les veuves des citoyens et les Hilotes ainsi utilisés furent déclarés libres (1). Ou sait assez qu'à Lacédémone la raison d'Etat prévalait partout et particulièrement dans la morale sexuelle.
En Grèce, Taffranchi ne prenait pas place parmi les citoyens. En cessant d'être esclave, il entrait sous la double tutelle de l'Etat et de son ancien maître : il devenait métèque j soumis par conséquent aux impôts et charges pesant sur cette classe. Sa position sociale était encore très inférieure ; il ne pouvait ni tester, ni prendre hypothèque ; avec le temps il passait isotèle, c'est-à-dire égal aux citoyens devant l'impôt : mais, pour acquérir le titre de citoyen, il fallait qu'une loi volée par une assemblée de 6000 citoyens le lui accordât. En outre, en sa qualité de métèque, l'affranchi avait besoin d'un patron, qui était tout naturellement son ancien maître. Après quoi, il continuait d'ordinaire à exercer l'art, qu'il avait pratiquéchez son maître et il grossissait le nombre des artisans libres, si c'était un homme ; les femmes continuaient à se louer comme joueuses de flûte, courtisanes (2). — Beaucoup de ces affranchis allaient donc recruter la classe des ouvriers salariés, des prolétaires sans autre ressource que leurs bras.
Cette situation subordonnée, intermédiaire à l'esclavage et à la liberté (3), que la loi et les mœurs faisaient à rafTranchi^ concorde bien avec l'idée de déchéance morale, qui, dans l'opinion hellénique, s'attachait irrémédiablement à la condition d'esclave. Or, c'était cette opinion môme, qui, aux yeux des Grecs, excusait, justifiait même, la dureté, Tiniquité, avec laquelle on traitait les esclaves. Nous pouvons donc nous y arrêter un instant en terminant ce chapitre.
i) SehœmaDD, Loc. cit., I, 235.
t) Wallon, /:oc. c/7., t. 1,346.
0) Wallon, Loc. cit., 34f)-347.