L ESCLAVAGE A ROME
du second triumvirat, Restion, traqué, dut se réfugier dans dans une grotte, où Talla rejoindre et servir l'esclave qu'il avait autrefois si sévèrement puni. Puis, comme la retraite de Restion allait être découverte, l'esclave, pour dérouter les sicaires, se jeta sur un passant, le premier venu, le tua et alla porter son cadavre à ceux qui poursuivaient son maître, déclarant qu'il s'était vengé de ce maître féroce et il montrait en témoignage de sa sincérité les stigmates imprimés sur son front.
. Nombre d'esclaves donnèrent aux fils des proscrits des exemples de dévouement que ceux-ci suivirent fort mal : «< Il est à remarquer, dit Velleius Paterculus^ que la fidélité des femmes pour leurs époux proscrits fut extrême ; celle des affranchis médiocre ; que celle des esclaves se manifesta quelquefois ; que celle des fils fut nulle (1). »
On ne saurait attribuer ces actes d'abnégation si étranges qu'à un sentiment né de la servitude môme, à la « religion du maître », à un respect profond inculqué à Tesclave par la toute puissance du propriétaire dont il dépend. Ce sentiment de vénération irraisonnée pour les personnages en qui s'incarne le pouvoir le plus despotique est fréquent ; l'histoire et la sociologie en fournissent nombres d'exemples. C'est même un des grands obstacles, avec lesquels doivent compter les émancipateurs de tous les temps. A la longue, beaucoup d'hommes finissent par vénérer qui les opprime, comme nos chiens adorent le maître, qui les enchaîne et les fouaille. C'est que l'homme est un être éminemment éducable et on le peut dresser à la servitude plus aisément peut-être qu'à la liberté.
(1) Velléius Paterculus. Histoire romaine. Liv. II, par. 67.