‹ L'évolution de l'esclavage dans les diverses races humainesChapitre 121 sur 147 · IV. La moralité de t esclave · texte numérisé non relu

IV. La moralité de t esclave

Dans son ensemble, la situation faite à l'esclave par la Rome républicaine aussi bien que par la Rome impériale fut atroce. Elle ne pouvait manquer d'avilir le caractère de cette immense population servile. Il est doncàcroire queles auteurs comiques latins n'exagèrent pas trop, alors que, meltant les esclaves sur la scène, il nous les montrent rampants, vicieux, gloutons, pleins d'astuce, enclins au vol, parjures, menteurs, insensibles au mépris et aux coups (2). — Ce qui est plus curieux et prouve combien le sens moral dépend étroitement des conditions générales de rexistence,c'esl que les esclaves, tout en subissant l'esclavage le plus dur. n'avaient pas même l'idée qu'il fut possible d'abolir Tinstilution. Les révoltes serviles ne manquèrent pas à Rome ; certaines d'entre elles furent terribles; mais le but des insurgée était ordinairement non de conquérir simplement la liberté, mais bien de devenir maîtres à leur tour et d'asservir leurs anciens maîtres (3). Durant la seconde des grandes guerres serviles, que la dureté, la rapacité sans bornes des maîtres siciliens suscitèrent dans leur île, le chef de la révolte, Alhé-

(1) Lecky, Loc.cU.. II, 62.

(2; Moreau-Christophe. Loc. cil,, 139.

(3) Ibicl , 171.

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nioD. n'eut pas plus qu'Eunotis,chef de la première, Tidée d'abolir Tesclavage. L'un et Tautre pillèrent les villes, les villages, lesch&teaux ; puis se parèrent ridiculement des insignes royaux. Le p&tre Âthénion se coiffad'un diadème, revêtit une robe de pourpre, et, tenant à la main une canne d'argent en guise de sceptre, il marchait en triomphateur (1). — Le premier soin d'Eunods avait été de se flaire proclamer roi . Puis ses compagnons de révolte s'étaient réunis en assemblée publique et avaient condamné à mort tous les hommes libres sauf les armuriers, cpiî durent travailler, mais enchaînés, à fabriquer des armes pour leur maîtres improvisés (2). -— Pendant la seconde des guerres serviles siciliennes, Salvius, émule et compagnon d'ÂthénioA, se fit aussi couronner roi •ous le nom de Tryphon. Puis, ayant pris uçe ville, Triocale, il s'installa dans un palais et institua un conseil, qui l'assistait dans ses audiences. Quand il paraissait en public, c'était précédé de licteurs^ avec la robe prétexte bordée de pourpre, la laticlave et les emblèmes de la royauté (3).

C'est que, pour les anciens, T esclavage était la base même des sociétés. — Toujours il y avait eu des esclaves; toujours il y en aurait. Que Tinslitution put disparaître jamais, c'était une idée qui ne venait à personne, on supportait l'esclavage au besoin, sans même rêver de l'abolir; on y tombait avec une étrange résignation. C'était un malheur comme un autre. Quand les esclaves essayaient de secouer leur joug, c'était seulement dans l'espoir de le rejeter sur d'autres épaules. 11« étaient las de souffrir, mais dans leur cœur il n'y avait pas plus d'humanité que dans celui de leurs maîtres. La plupart des esclaves en réalité ne songeaient point à la révolte. Ils s'arrangeaient le moins mal possible dans la dure condition que le sort

(I) Florus, III.

(i) Diodore. Fragment, XXXIV.

<3) Diodore, XXXVI.

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leur avait faite, en s'ingéniant à Tadoucir de leur mieux par les procédés auxquels ont ordinairement recours les faibles opprimés : la ruse, la duplicité, la bassesse. Beaucoup en arrivaient à ne plus même désirer la liberté. Dans sa lutte contre Sylla, Marins ayant besoin de soldats, es saya vainement de soulever les esclaves en leur promettant la liberté : il ne fit ainsi que trois recrues (1). C'est que, pour qui n'a pas le caractère exceptionnellement trempé, l'esclavage du corps finit par déteindre sur l'esprit. Comme il arrive aux animaux domestiques, l'esclave perd le goût même de la liberté; moyennant une certaine somme de travail, qu'il trouve le moyen de réduire au minimum, il est assuré du vivre et du couvert, jamais le souci du lendemain ne l'inquiète et il peut dire, comme l'esclave de Tune des comédies de Plante : «Si j'étais libre, je vivrais à mes risques, maintenant je vis au\ tiens ». (2) — Bien plus un certain nombre d'esclaves non-seulement se résignaient comme les autres à la servitude, mais finissaient par avoir le culte du maître et au besoin se sacrifiaient pour lui. Durant les guerres civiles et les atroces proscriptions de Rome, nombre d'esclaves se dévouèrent pour leurs maîtres plus volontiers même et plus souvent que les enfants pour leurs pères. La chose se peut encore comprendre, quand il s^agissait de maîtres paternels, ayant, en fait, supprimé dans leur famille tous les côtés odieux de l'esclavage : mais il arriva, même à des maîtres durs, de bénéficier, dans les mauvais jours, du dévouement de leurs esclaves ; tel par exemple, ce Restion, dont parle Appien, qui fut sauvé par un esclave auquel il avait fait jadis imprimer des stigmates sur le front (3). — L'histoire vaut la peine d'être racontée. C'était pendant les proscriptions

(1) Plularque. Marlus, XXXV.

'"2) Piaule. Casin, II 4.

(3; Appien. G. civif, IV, 43. — Dion Cassius, XLVII, 10.

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