‹ L'évolution de l'esclavage dans les diverses races humainesChapitre 22 sur 147 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Dans la série de mes précédents ouvrages sociologiques^ j'ai dû bien souvent parler de l'esclavage ; mais toujours je l'ai fait d'une façon fragmentaire, en passant et sans songer à embrasser dans son ensemble celte grande question^ plus que toute autre digne d'être traitée à fond. Comment en effet comprendre l'évolution des sociétés, si l'on n'est point familier avec celle de l'esclavage, c'est-à-dire du travail social ?

Ce volume sera donc un nécessaire complément de ses aînés. A mes lecteurs ordinaires, familiers avec la méthode, que j'ai adoptée dons ces monographies connexes et générales, il est presque superflu de dire que le présent ouvrage est, avant tout, une enquête documentaire, portant sur toutes les races humaines et remontant, d'après les faits d'observation, aux origines mêmes. C'est dire que les généralisations et inductions, qu'inspirent nécessairement cette investigation patiente, reposent sur une large base et que l'imagination n'y saurait occuper une bien grande place. Sans être absolument essentiel aux sociétés humaines, comme le pensait Aristote, l'esclavage, au moins sous lesformes larvées que toujours il finit par revêtir, est très général dans l'humanité. A vrai dire, pour trouver dans-

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l'histoire du genre humain, une phase préesclavagiste, il faut remonter aux origines sociologiques, au clan primitif, forme sociale élémentaire, où les besoins sont bornés, rinduslrie extrêmement rudimentaire et la solidarité très étroite entre les membres du petit groupe. Là, il advient parfois que le travail socialement nécessaire étant en commun, comme tout le reste, il n'y ait ni maître, ni esclaves. Encore peut-il arriver, dans les clans australiens par exemple, que les occupations les plus pénibles soient déjà imposées aux sociétaires les plus faibles, c'est-àrdire aux femmes, esclaves-nées de la plupart des sociétés primitives, pauvres créatures sacrifiées, qui, par cela même qu'elles mènent une existence d'esclave, rendent inutile l'institution de l'esclavage.

A partir de ces humbles clans primitifs on voit partout, à mesure que la civilisation grandit et se complique, les occupations à la fois désagréables et nécessaires être imposées par les classes dirigeantes à des classes serviles. Le noyau de ces ouvriers malgré eux a d'abord été constitué par des prisonniers de guerre épargnés par le vainqueur au lieu d'être tués et même mani:és par lui. Mais en se multipliant, ces esclaves unirent par constituer toute une couche sociale, entièrement à la discrétion de ses propriétaires, qui se considéraient, vis-à-vis d'elle, comme affranchis de tout devoir, et tenaient pour dégradant tout travail manuel.

Au cours des âges, et on le pourra voir dans ce volume, ces mœurs sauvages s'adoucirent. Sans doute on maintenait toujours Tesclave dans une situation très infime ; mais néanmoins on en vint, non sans quelque hésitation, à le considérer comme un membre de l'humanité et, à par-

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