‹ L'évolution de l'esclavage dans les diverses races humainesChapitre 38 sur 147 · LES ORIGINES DE L^ESGLAVAGE EN MÉLANÉSIE · texte numérisé non relu

LES ORIGINES DE L^ESGLAVAGE EN MÉLANÉSIE

viduelles, c'est seulement grâce à la tutélaire institution du clan communautaire ; mais leurs progrès ont été presquenuls : ils n'ont pas vécu; ils ont végété. Néanmoins, rien que pour durer, il leur a fallu exécuter une certaine somme de labeur : c'est la loi aussi bien pour les sociétés humaines que pour les sociétés animales. Déjà, l'étude de cesdernières nous a montré que la répartition du travail social peut être diverse, qu'elle peut être équitable ou inique ; que la même tâche, par exemple, quand elle est simple, peut se partager également entre tous les individus du corps social ; qu'au contraire, les fonctions se peuvent spéciaUser pour être mieux remplies, mais sans exonérer personne, sans parasitisme social : tout cela, c'est encore de l'équité. Mais, déjà chez certaines fourmis, nous avons vu l'iniquité s'organiser et le plus lourd de la grosse besogne sociale peser sur une classe servile, recrutée par la force. C'est cette oppressive distribution du labeur nécessaire à la communauté qu'ont adoptée à peu près tous les groupes humains. Les Australiens, si voisins encore de l'état primitif,. avaient établi une organisation mixte, d'une brutale injustice et que nous rencontrerons dans la plupart des sociétés sauvages de toute race. Ils ne prenaient pas la peine, d'ailleurs dangereuse, de réduire en servitude des individus enlevés par la force aux clans ou tribus de leur voisinage. Sanssortir de leurs petits groupes, ils y trouvaient des êtres, trop faibles pour résistera l'oppression masculine, assez forts, en s'exténuant, pour assurer à peu près le service des vivres ainsi que le transport des fardeaux et des enfants ; ces êtres sacrifiés étaient les femmes. Aux hommes, les occupations trouvées agréables ou réputées nobles : la chasse et la guerre ; aux femmes, toute la besogne la plus nécessaire, mais sans attrait et sans gloire. Dans les clans australiens^ il n'existait donc pas d'esclavage, au sens que nous attachons à ce mot, mais la moitié du groupe social, la plus faible moitié, était réduite en servitude ; la femme austra-

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Jienne, auxiliaire indispensable et méprisée, était, pendant toute sa vie, accablée de travail, maltraitée et souvent pour récompense, mangée par ceux que son travail si ingrat avail nourris.

Dans les archipels papous, la solution pratique donnée à la question du travail social a varié. Dans certaines îles, à la Nouvelle-Calédonie, aux Nouvelles-Hébrides, etc., on a adopté la méthode australienne ; les femmes ont été transformées en animaux domestiques, à la fois bêtes de somme et bétail d'alimentation. Cependant tous ces insulaires papous ont fait ou adopté un très grand progrès inconnu des Australiens ; ils étaient devenus agriculteurs et sans doute depuis bien longtemps ; car les hommes daignaient concourir aux occupations agricoles et même en exécuter ordinairement la partie qui exigeait un grand déploiement de force musculaire, le défonçage d'un sol desséché et durci avec des outils absolument rudimentaires. A ces travaux agricoles, toute la population participait sans distinction de sexe ni d'âge ; mais les chefs avaient soin au préalable de répartir le labeur entre les hommes, les femmes et les enfants.

Comment est né l'esclavage dans certains de ces archipels ? Ce n'a pas été du désir de se décharger sur de? captifs de travaux pénibles et sans le moindre attrait: l'esclavage est né surtout du besoin de manger de la viande. Dans les archipels de la Papouasie, les mammifères comestibles sont rares ou absents, puisqu'il n'y avait pas même de chiens à la Nouvelle-Calédonie. Or, les végétaux cultivés dans ces îles sont surtout féculents ; dans les grandes îles, la pêche n'est une ressource que pour les tribus du littoral. Sans doute on peut bien manger de temps en temps une femme ; ce n'est que peccadille, mais alors on se prive de ses services : cependant à tout prix il faut des aliments surazotés. Pour satisfaire ce besoin, on guerroyait sans cesse de tribu à tribu et chaque petite victoire était récom-

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pensée par un festin d'anthropophage. D'abord on se borna à dépecer et à dévorer sur le champ de bataille même les morts, les blessés et les prisonniers; puis on eut de la prévoyance et on réserva une partie des captifs pour des futurs régals soit humains, soit divins ; car on en sacrifiait à Toccasion pour les offrir ayx dieux supposés cannibales, comme leurs adorateurs.

Mais, dans l'intervalle quelquefois fort long entre la capture du prisonnier et son immolation culinaire ou religieuse, il arriva qu'on pût, dans une certaine mesure, utiliser son travail ou en tirer profit en le vendant ; plus souvent il advint que les captives servirent de concubines à leurs propriétaires ; en résumé, certaines relations grossières, mais pacifiques s'établirent entre les prisonniers et leurs maîtres. Dès lors l'esclavage fut fondé ; mais il resta encore très embryonnaire en Papouasie ; il y était directement sorti de la gloutonnerie ou de la gourmandise et l'esclave était plutôt un animal de boucherie qu'une bête de somme. C'est ce dernier rôle, au contraire, que nous le verrons de plus en plus remplir à mesure que nous avancerons dans notre enquête.

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