Pas cV esclavage chez les Hottentots
Dans le dernier chapitre nous avons vu qu'en Mélanésie, sclavage n'est pas universel. Certaines populations l'ont jtilué chez elles ; d'autres, parfois de même race, n'en teu ni l'idée, ni le besoin. Chez les noirs d'Afrique, où us allons nous transporter, nous allons constater les
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mêmes différences et, qui d'ailleurs seront amplement confirmées au cours de notre enquête. Comme de coutume, je commencerai cette investigation en Afrique par les spécimens humains les moins développés. Or, le dernier rang dans la hiérarchie des races de couleur en Afrique appartient sans conteste aux Hottentots, tels du moins qu'ils étaient avant l'invasion blanche.
Sans revenir sur la forme poHtique des sociétés hottenlotes, puisque j'ai eu l'occasion de l'étudier dans un précédent ouvrage (i), je dois rappeler cependant, que leî^ tribus hottentotes en étaient déjà arrivées au régime monarchique, mais mal institué encore, chancelant, à demi républicain, tel qu'il est partout alors qu'il succède à la primitive organisation des clans égalitaires. Le pouvoir des chefs Hottentots était précaire et très limité ; ordinairement il était basé sur la richesse, sur la richesse en bestiaux ; car les Hottentots étaient pasteurs, par conséquent nomades, puisqu'il faut bien quitter un pâturage, quand les troupeaux Tout épuisé. Par de certains côtés, la vie des Hottentots rappelle celle des Tartares également pasteurs et nomades. Même la hutte hottentote, composée d'une charpente de bâtons recourbés et recouverts de nattes de jonc n'est pas sans analogie avec la hutte en treillis recouvert d'un feutre où s abritent les pasteurs mongols.
Les Hottentots n'en étaient déjà plus à l'habitation commune des clans primitifs : ils étaient divisés en familles polygames, dont chacune avait sa case particulière.
Au centre de cette hutte portative, un grand trou servait de cheminée et, tout autour du feu, des trous plus petits tenaient Heu de lit. Des groupes d'une vingtaine de huttes au moins formaient chacun un Kraal^ dont les bestiaux, qu'ils appartinssent à des riches ou à des pauvres, pâturaient en <rommun. Faire paître le troupeau du Kraal était un ser-
(1) Ecolutlo>i politique, QOy Gl.
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vice public, dont tous les hommes, sauf le chef, s'acquittaient tour à tour.
Les Kraals avaient sans cesse à se défendre ou à attaquer. Chaque petit groupe razziait autant que possible les troupeaux de ses voisins ou leur enlevait des femmes ; d'où des guerres incessantes, auxquelles tous les hommes du clan, sans exception, étaient obligés de prendre part : la garde des troupeaux et la guerre étaient des services publics (1). — Ces combats étaient cruels, puisqu'on y tuait sans miséricorde les prisonniers, mais on respectait encore les morts et on ne les dépouillait ni de leurs habits, ni de leurs armes, ni de leur tabac (2). Chez les primitifs, ces guerres sans merci sont communes et ordinairement incompatibles avec l'esclavage, puisqu'on aime mieux tuer le vaincu que l'asservir. C'est donc aux membres du clan qu'échoit lobligation d'effectuer tout le travail social. Dans les Kraals des Hottentots, ce travail était assez raisonutiblement réparti entre les deux sexes. Aux hommes, la chasse, la préparation des peaux pour se confectionner leurs manteaux et ceux de leurs femmes, le soin de clôturer les parcs ou le bétail était enfermé. Les femmes construisaient les habitations et tressaient les nattes de jonc servant à les recouvrir (3). — Le vol des bestiaux appartenant aux Kraals circonvoisins rentrait aussi, comme la guerre qu'il provoquait d'ordinaire, dans les fonctions viriles. Les femmes ne participaient point à ces attentats c'i la propriété, mais elles y poussaient les hommes et ne toléraient pas qu'ils rentrassent sans butin d'une de ces expéditions. Du reste on n'entreprenait guère ces razzias qu'en cas de disette, quand lâchasse avait été infructueuse. Le pillard, rentrant au logis les mains vides en était puni
(1) Kolbe, Description du cap de Bonne-Espérance, t. I. part. i. Chap. XII, 178, 179.
(2) Kolbe, Loc. cit., chap. XI.
-S) Camphell. Ilist. univ. des voy. vol. xxxi. 361.
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par ce qu'on appelle dans les ménages européens, « une scène » : sa femme, furieuse, Taccablait d'injures et de reproches, lui reprochait sa lâcheté, enfin, dernier outrage, elle détachait son unique vêtement d'intérieur, son petit tablier de pudeur en peau, et en frappait au visage le pillard malheureux. Dans l'opinion publique des Hottentots, un pareil traitement constituait un véritable opprobre. L'homme qui l'avait subi, n'avait plus d'autre souci que celui d'en effacer les traces ; il se coiffait aussitôt de son bonnet de guerre en peau d'hyène, partait comme un forcené et, coûte que coûte, revenait avec du bétail (1).
De pareilles mœurs nous reportent bien loin des horreurs, que nous avons eu à signaler chez les tribus monarchiques et esclavagistes de la Papouaisie ou même dans les clans australiens, de l'oppression bestiale, qu'on y fait peser sur les femmes. Force est bien d'admettre, que, tout en se conformant aux lois générales de l'évolution sociale, ce qu'elle ne saurait éluder, chaque variété humaine y obéit à sa manière. En général ^oppression de certaines classes augmente à mesure que l'organisme social se complique ; néanmoins le sort de la femme était moins aCTreux dans les clans pasteurs et monarchiques des Hottentots que dans les clans égalitaires des Australiens ; il faut donc admettre chez les premiers une certaine douceur relative, absente chez les seconds.