III. dévolution de resclavage chez les noirs africains
Si maintenant et sans plus nous préoccuper de leur situation géographique, nous classons, uniquement au point de vue sociologique, les [petites monarchies aussi bien fétichistes que musulmanes de TAfrique moyenne, nous en tirerons un tableau très exact de l'évolution servile dans le continent noir. — Au plus bas de l'échelle, nous trouvons le petit royaume des Mombouttous,oiila férocité la plus primitive s'est mariée à une certaine civilisation industrielle et esthétique. Les Mombouttous ont des instincts artistiques assez prononcés ; la musique et la chorégraphie leur plaisent fort; leurmonarque, celui du moins que vit Schweinfurth(l), était un danseur émérite, dont les pas étudiés charmaient ce qu'on appelait autrefois dans notre pays « lacour et la ville» ; malheureusement les Mombouttous, pourtant assez industrieux, manquent de bétail, aussi, en dépit de la noblesse relative de leur sang, puisqu'ils sont de race éthiopienne, ils ont gardé, dans toute leur horreur, les mœurs' cannibales des vieux âges. Abusant de leur supériorité relative, ils razzient sans cesse les tribus de race inférieure, qui les entourent, mais non pour capturer des esclaves, carils n ont pas encore jugé bon d'instituer chez eux l'esclavage ; leur but est simplement de se procurer de la viande humaine à dévorer. Comme de vrais fauves, ils mangent sur le champ de bataille même une partie des cadavres de ceux qui sont tombés sous leurs coups ; ils boucanent et emportent les chairs, qu'ils ne peuvent consommer immédiatement ; quand aux prisonniers, ils les emmènent
;1) Sch weinfurlh . Loc, cit.
92 l'évolution de l'ei'clavagk
non pas pour les réduire en esclavage ou même pour les vendre, comme une marchandise, mais simplement comme animaux de boucherie, pour alimenter de futurs festins.
Comparativement au royaume des Monbouttous celui de l'Ouganda a réalisé de notables progrès. Le bétail y abonde et on en vole autour de soi à main armée. L'esclavage existe, mais y est encore mal organisé. A vrai dire, toute la population est esclave du roi. Ce que ramènent surtout les expéditions militaires, ce sont des femmes, des captives ; d'où Ton peut inférer que les hommes sont généralement mis à mort. Sur ces troupeaux de captives le roi prélève, s'il lui semble bon, de quoi recruter son nombreux harem, où, d'un autre côté, il fait le vide en envoyant chaque jour, à l'assommoir, trois ou quatre femmes dont il est las et veut se débarrasser (l). Le reste des prisonnières est distribué par lots nombreux aux courtisans.
Après l'Ouganda, viennent les monarchies du Dahonieyel del'Achanti, où l'esclavage est définitivement organisé, où Ton est agriculteur et pasteur, où Ton possède toute une classe d'esclaves domestiques traités avec une douceur relative, mais où cependant on ne s'est pas encore corrige des vieilles mœurs sanguinaires, datant de l'époque primitive où Ton tuait simplement l'ennemi vaincu. La classe des esclaves domestiques étant constituée depuis longtemps el n'ayant pas besoin de nombreuses recrues, on se débarrasse des prisonniers de guerre aujourd'hui difficiles à vendre, en les décapitant avec solennité pour expédier leurs doubles, à titre de messagers ou serviteurs, aux mânes de marque, que Ton suppose habiter dans Tau-delà un Dahomey ou uu Achanti invisibles. La religion inspire, règle et consacre ces horribles pratiques.
Pour continuer la série progressive, il nous faut passer
(i) Speke. Sources du. Nil Ch. LX.
l'ESCUVAr.E DANS LÉS PETITES MONARCHIES AFRICAINES 93
des monarchies nègres et fétichistes aux petits royaumes mélis et musulmans de l'Afrique moyenne. Là nous rencontrons une civilisation notablement plus avancée surtout au point de vue industriel, et l'industrie a modifié tout le reste. Plus de cannibalisme ; plus de vastes sacrifices humains aux dépens de la population servile. En général, les esclaves, fort nombreux d'ailleurs, sont des esclaves domestiques employés de préférence à la culture des champs et à la garde des troupeaux. Les hommes libres ne dédaignent plus le travail manuel ; au contraire chaque maison est un petit atelier où hommes et femmes exercent des industries relativement avancées.
Sans doute ces mœurs contrastent avantageusement avec celles des Mombouttous ou des Dahoméens. On se tromperait pourtant en croyant, que, dans ces petits royaumes mélis, musulmans et industriels, la vie est une idylle pour les petits et les faibles, pour les esclaves et pour les femmes.