I. I/esclaraye dans V Amérique du sud
De? faits nombreux, observés chez les populations noires de la Mélanésie et de TAfrique il résulte que, si Tesclax'afe est général dans ces régions, il n'y est cependant ni universel, ni nécessaire. Certains peuples de race nègre n'ont pas eu Tidée de l'esclavage ; soit que, comme chez les Hottcntots, les conditions de la vie fussent assez simples et faciles pour qu'il ne fut pas indispensable; soit que, comme chez les Cafres, on Tait remplacé par ce que Ton appelle en médecine des succédanés, savoir, Texploilation d'une classe d'opprimés ou celle des femmes. — Dans le continent américain, où nous allons nous transporter, nous pourrons constaterdes faits analogues. — En effet TAmérique du sud, par laquelle nous commençons notre enquête, renferme certaines peuplades non esclavagistes, et ce sont, comme en iMélanésie et en Afrique, les plus voisines de la sauvagerie primitive, celles chez qui la vie sociale a le moins de complexité, cellesaussi, qui sont encore organisées en tribus républicaines ou du moins ont conservé certaines coutumes égalitaires.
Puisque nous commençons notre revue des peuples américains par les plus sauvages, il nous faut parler, en premier lieu, des indigènes de la Terre de feu, des Fuégiens. Sans intelligence, sans industrie, sans organisation sociale, les Fuégiens vivent encore en hordes anarchiques. Pourtant ils ont déjà des territoires de chasse et de pêche séparés par des marches tenues pour neutres (1). Leurs hordes escarmouchent entre elles, mais ne font pas de prisonniers (2), par suite elles n'ont pas d'esclaves. Les plus
fi; Darwin. Vo//. d'uti naturaliste y 236.
(2 Wyndcs. Eth?iographie des Fucgiens, (Bull. soc. d'anthrop^t 1887». ^
l'eSCLWAGE indigène en AMÉRIQUE 12l
lourdes besognes sociales sont le lot des femmes, plus accablées, plus malheureuses que les esclaves des aulres^ pays. La femme, la femelle plutôt, du Fuégien entre dans Teau en toute saison, malgré la rigueur du climat, soit pour recueillir des coquillages comestibles, soit pour vider Teau des pirogues. C'est elle qui construit ou plutôt monte la petite tente conique, recouverte de peaux ; souvent elle rame et, toutes ces corvées elle s'en acquite, même quand elle est nourrice et en portant sur son dos, enveloppé dans une peau, l'enfant qu'elle allaite (1).
Dans une grande partie du continent Sud-Américain, le sort de la femme est très analogue à ce quil est à la Terre de Feu. — Dans les vastes plaines de cette région, errent des hordes nomades, portant différents noms» mais ayant une même civilisation des plus rudimentaires. La chasse était jadis l'unique ressource de ces nomades ; la guerre, leur occupation la plus chérie. L'introduction du cheval dans ces immenses pampas a permis à ces primitives populations de se déplacer avec une rapidité autrefois inconnue, et de ne plus craindre la famine. Jadis les Patagens voyageaient à pied, par petites familles, qui séjournaient dans chaque petit district, jusqu'à destruction à peu près complète du gibier. Les hommes chassaient et guerroyaient. Les femmes, chargées de tous les autres soins, portaient les peaux et les pieux de la tente, qu'il leur fallait monter et démonter. A elles encore d'allumer le feu, d'écorcher les animaux tués, d'assouplir et de préparer les peaux, de les coudre pour en faire des manteaux ornés de peintures. Les hommes ne portaient que leur arc, leurs flèches à pointes de silex, leurs frondes et leurs bolas. Aujourd'hui ils montent à cheval avec les jeunes enfants(l).
(1) Bougainville . Hist. nniv. voy. vol IV, 172. — Weddol. Ibid., vol. XXI, 281. — A. D'Orbigny. Lliomme ainévicairtf I, 197.
(2) A. D'Orbigny. loc. cit., II, 61, 62.
122 l'évoixtion de l'esclavage
Etant donné ce tel genre devie,l'esclavagene pourrailalléger que le sort des femmes ; aussi les hommes ne s'en soucient guère.
Les voisins des Patagons, les Puelches, les Charmas, etc., ont des mœurs analogues. Ils constituent des hordes, des clans rudimentaires encore, régis par des conseils de chefs de famille (1), en temps de paix ; par un chef élu en temps de guerre. Tous sont polygames et les femmes sont les bêtes de charge de l'association (2) ; elles portent tout ce qui peut se porter, parfois même jusqu'aux chiens (3).
Dans toutes ces hordes nomades, la dureté pour les femmes est de règle; elle est même voulue et préméditée. Départi pris, Thomme est brutal pour ses femmes, surtout dans les premiers temps du mariage ; il les frappe sans aucun motif, uniquement pour faire leur éducation et leur inculquer des sentiments de soumission (4). Jamais les femmes ne sont dispensées d'aucune corvée, même quand elles sont en état de grossesse avancée (5;.
Les nomades de la. pampa méditent constamment, contre les établissements hispano-américains, des razzias de bétail et de femmes et, pour réaliser leurs projets, ils franchissent parfois des distances de cinq à six cents lieues (6). Dans ces expéditions, quelques femmes accompagnent leurs maris: elles mènent même avec elles leurs enfants. Femmes et enfants ont alors une utilité spéciale ; ils sont chargés, pendant que les hommes bataillent, de rassembler et d'emmener les troupeaux convoités (7).
(!) I)H)rl)igny, loc. cit., 90.
[t] Ibid., Il] 89.
S) Ibicl., H, 112.
(^1) A. (iuimard. Trois ans d'esclavage chez les Patagons. Ifl- (5) fbid.y 129. (8)/6îrf., 1.37.
l'eSCIAVACE IINUIGÉNE EN AMÉRIQUE 123
Ces Indiens pillards sont extrêmement robustes ; pour eux, ce n'est qu'un jeu de coucher nus sur la terre nue en toute saison, aussi se raillent-ils des chrétiens imbéciles, qui travaillent bêtement pour acquérir de l'or et se couvrir de vêtements incommodes (1). Ils n^ontpas d'esclaves de leur race; mais ils réduisent parfois en esclavage les captifs chrétiens et surtout les captives. Dans leurs coups demain, en effet, ils ont l'habitude de n'épargner guère que le? jeunes filles et les tout jeunes enfants. Exceptionnellement ils emmènent quelques prisonniers mâles, qui deviennent un objet de commerce, el qu'on échange pour un bœuf, pour un cheval (2) . Les captives peuvent aussi être vendues au loin et passer ainsi de main en mam. Les plus heureuses sont celles, dont les capteurs font leurs femmes, souvent leurs femmes privilégiées. Un cacique s'était ainsi constitué un harem de trente-deux épouses (3). Les enfants capturés dans les razzias sont dressés à la vie nomade et surtout chargés de garder les troupeaux, le plus souvent, ils s'habituent à ce genre de vie, oublient même parfois leur langue maternelle et finissent par être totalement incorporés à la horde (4). Toute tentative d'évasion d'un prisonnier ou d'un esclave est tenue pour un crime irrémissible. Le fugitif mâle, s'il est repris, est placé au milieu d'un cercle de cavaliers qui le tuent mais lentement, en le perçant à petits coups de leurs longues lances (3). Pour la même faute, les femmes sont traitées avec une cruauté plus raffinée. On commence par leur lier les pieds et les mains ; puis on les fustige durement et longtemps avec des lanières de cuir ; enfin on les livre à la brutalité d'une vingtaine d'hommes (6), comme
(1) A. Guimard, loc. cit., 89.
(2)/6êd.,49.
(3) /6id„ 490, 231.
(4) Ibid,, 414, 490.
{b)Ibid., 174.
(6) Ibid., 120.
124 lVaolution de l'esclavage
on le fait, dans certains pays, pour châtier les femmes coupables d'adultère.
De ces faits Ton peut conclure, que les nomades de la Pampa américaine en sont encore aux préludes de Tesclavage, que leur genre de vie leur rend d'ailleurs peu nécessaire.
Au nord de la Pampa, les indigènes sont notablement plus civilisés ; lesAbipones, les Tobas, les Chiquilos, les Moxos sont agriculteurs en nii^rae temps que chasseurs; ils savent semer et récoller du maïs, même en tirer une boisson fermentée (chicha). Les Tobas sont en outre pasteurs et leurs femmes sont habiles à tisser la laine des brebis et le coton, à teindre leurs fils en rouge et en jaune, à faire des cordes, à soigner le bélail et à cultiver la terre ; d'ailleurs les hommes les aident en ce dernier point (1).
Pour la plupart, ces Indiens sont extrêmement sociables; musiciens nés, ilç ont sans cesse des réunions bachiques et lyriques, auxquelles on invite non seulement tout le village, mais même les villages voisins. Ces goûts et ce caractère sont particulièrement ceux des Moxos, qui passent la majeure partie de leur vie à danser, chanter, rire et boire(2^ Mais pourtant, chez ces Moxos si joyeux, l'esclavage commence à poindre, ils se sont aperçus qu'il yavaitàlirer de leurs ennemis vaincus un meilleur partie que de les luer et même de les manger, comme le faisaient les CanichauaSr leurs congénères (3j. Au siècle dernier, les Moxos épargnaient déjà leurs prisonniers, mais pour les vendre à d'autres tribus esclavagistes (4). Chez les Chiquilos, l'esclavage était organisé, mais paternellement. On attaquait le» voisins pour leur capturer des hommes, que l'on réduisait
(1) D'Orbigny. loc. ci/., II, 89.
(2) Ibid.A\,\\1.
{S,fhld.,\l 101.
Ct) Ibid., 11,241.
i/eSCUVAGE l?iDIGÈÎSE EN AMIÎRIQUE 125
en esclavage, mais à qui Ton donnait ensuite des femmes (1).
Ces mœurs relativement douces, contrastent fort avec celles des Guaranis observés au xvi' siècle par Jean de Léry et par le cordelier Thevet, à qui nous devons des renseignements curieux et de tout point concordants. Les tribus guaranies, dont nous parlent ces anciens voyageurs, n'en étaient encore qu'à la forme embryonnaire de Tesclavage. Sans doute ils épargnaient déjà certains de leurs ennemis vaincus, mais c'était pour les manger plus tard, à loisir, exactement comme le faisaient les Vitiens de laMélanésie. Inefois amenés au milieu de leurs vainqueurs, les captifs étaient bien traités. Leurs capteurs leur donnaient même des femmes, souvent leurs propres filles. Aux captives au contraire on ne donnait pas de maris provisoires ; mais sj les femmes étaient habiles à cultiver la terre oti à pécher les coquillages, de même si les hommes étaient bons chasseurs ou pêcheurs, on gardait vivants les uns et les autres pendant un temps plus ou moins long ; même on avait soin de les engraisser ; car, en fin de compte, on les destinait à être mangés.
Le jour de Texécution était un jour de fête non seulement pour le village des capteurs, mais pour tous les villages voisins. On s'assemblait, on buvait, on chantait et le prisonnier tenait à honneur d'être plus joyeux que les autres. Après des heures de liesse, on saisissait la victime, on la liait, mais en lui laissant les mains libres. Si c'était un honame, il bravait et excitait ses bourreaux avec une intrépidité, qui rappelle beaucoup celle des Peaux-Rouges. Léry nous a conservé le texte général des discours tenus par l'homme qui allait mourir. Il dira à l'un : « i'ai mangé de ton père ; à l'autre, i'ai assommé et boucané tes frères. Bref, adioutera-l-il, i'ay en général tant mangé d'hommes et de
(1 D'Orbigny, Zoc Ci7., II, 247.
126 l'évolitio?! de l'esclwage
femmes, voire des enfans de vous autres, ToOotipinam' baoults, lesquels j'ai prins en guerre, que ie n'en sçaurais dire le nombre ; et au reste ne doutez pas, que pour venger ma mort, les Margaias de la nation d'où ie suis, n'en mangent encore cy après autant qu'ils en pourront attraper »{!'.
— Après le discours deux gardiens maintenaient le prisonnier immobile à Taide de liens qui lui ceignaient la taille. Puis on lui apportait des pierres, des têts de vieux pois cassés et on lui disait : « Venge-toi avant que mourir ». Il n'y manquait point et lapidait de son mieux les assistanL«, que parfois même il blessait gravement. Enfin, après un dernier colloque de bravades et de menaces, on assommait cet insolent captif et sa femme d'occasion feignait de le pleurer. D'autres femmes, des vieilles, se hâtaient d'échauder et de nettoyer le cadavre, que les hommes dépeçaient promptement avec des pierres tranchantes. Puis toute cette chair humaine était immédiatement mise sur les claies à boucaner et« les vieilles femmes, dit Léry, (lesquelles appètent merveilleusement de manger de la chair humaine) estans toutes assemblées pour recueillir la graisse, qui dégoutte le long des bastons de ces grandes et hautes grilles de bois, exhortans les hommes de faire en sorte qu'elles ayent tousiousde telles viandes et en leschans leurs doigts disent Ygnatou. c'est-à-dire « il est bon » (2). Si les prisonniers laissaient enceintes les femmes qu'on leur avait provisoirement données, leurs enfants étaient aussi mangés, souvent au moment même de leur naissance, parfois quelques temps après
— Enfin, avec le sang des captifs sacrifiés on barbouillait les enfants de la tribu afin de leur inoculer la haine héréditaire, dont leurs parents étaient enflammés. Avec les os longs du mort, on fabriquait des instruments de musique ;
(1) Lettres édifiantes, X. 106.
(-2) DH)rbigny. loc. cit., II, 166.
l'eSCLVVAGE indigène EIS AMERIQUE 127
avec ses dents, des colliers (I). Le crâne était suspendu, comme trophée, à des pieux au-dessus des Migwams (2).
Tout cela est atroce, mais cette atrocité même atteste que les Guarani? étaient cannibales plutôt par esprit de vengeance que par gourmandise et c'est d'ailleurs Topinion de J. Léry (3). Avec le temps l'esclavage serait sorti de ces sanguinaires coutumes : car Léry nous parle de prisonniers mangés seulement après un délai de vingt ans (4), et en général les captifs, dont on pouvait tirer quelque parti, attendaient plus longtemps que les autres le supplice final.
Chez ces tribus guaranies, si féroces pour leurs prisonniers, qu'ils utilisaient surtoutcomme animaux de boucherie, le sort des femmes était des plus durs. C'était à elles qu'on imposait tous les travaux pénibles ; aussi les hommes tâchaient de se procurer le plus grand nombre possible de ces utiles auxiliaires. Sous ce rapport, nous dit Thevet (5), les plus vaillants guerriers étaient les mieux partagés, d^'oii Ton peut induire que ces privilégiés s'appropriaient au moins certaines de leurs captives .
L'agriculture extensive des sauvages exige de perpétuels déboisements; car on ne peut cultiver deux fois la même parcelle. Chez les Guaranis, ce travail de déboisement était effectué par les hommes : mais le reste ne les regardait plus : c'était aux femmes à semer, à récolter, à préparer la chicha etc. ; en résumé, les femmes exécutaient la plupart des travaux réservés aux esclaves, dans les contrées où l'esclavage est institué. Les hommes ne s'occupaient guère que de leurs
(1) Jean de Léry. Histoire cVu7i voyage fait en la terre du Brésil, (Édition Gaffarelj, t. lï , chap. XV.
(2) Loc, rit.
(3) J. de Léry. loc. cit.
/i) Thevcl. SingxilaTntes de la France antarctique, ch. XL et
5; J. de Léry. loc, cil.
128 l'lvolutio.n de l'esclavage
armes, de la chasse, de la pêche et eaûn de la guerre (I i. Par un contraste moral, assez commun chez les primitifs, ces <;annibales n'étaient cruels que pour leurs captifs et durs que pour leurs femmes. Entre eux, ils étaient au contraire d'une extrême sociabilité : tout leur était prétexte à réunions et réjouissances ; sans cesse ils se visitaient les uns les autres et s'abreuvaient ensemble de chicha (2).
La plupart des autres tribus ou peuplades de TAmérique <îu Sud, notamment les Chiquilos et les Moxos, sont doués de ces mêmes instincts sociables. Tous musiciens nés, ils adorent le chant, les jeux, la danse, la chicha enivrante. Aussi souvent que possible, ils tiennent des réunions bachiques, auxquelles ils invitent non seulement tout leur village, mais même les villages des alentours. Tous sont agriculteurs en même temps que chasseurs ; tous aussi sont polygames ; tous enûn sont sédentaires et les Moxos vivent encore en grandes familles, c'est-à-dire en clans nombreux (3 ). Les Chiquitos ont même des maisons communes où tous les jeunes gens habitent ensemble (4). Moxos et Chiquitos ne mangeaient plus leurs prisonniers ; sans doute ils en faisaient commerce, puisqu'ils attaquaient leurs voisins pour se procurer des esclaves, tantôt vendus (5), tantôt conservés, et alors on leur donnait des femmes (6). Ces indigènes commencent à se civiliser ; ils ne s'habillent plus seu- .lenient de peaux, comme les nomades de la pampa; leurs femmes savent filer, teindre, tisser le coton et h laine, là où il y a des brebis (7). L'industrie des hommes est plus
(1 > J. (le Léry. Loc. cit.
(t) /6ûZ,,ch. XLIL
(3; D'Orbigny. Homme américain, t. II, 3J4. — Thevet. toc. cil.
(4) D'Orbignj. loc. cit.. 308.
(3) D'Orbigny. L7iom;/ie américain. 11,211.
(G) Ibid. m.
(7; Lettres édifiantes^ t. X,190.
l'esclavage INDlGÉr<E EN AMÉRIQUE 129
simple et se borne le plus souvent à la fabrication des armes (1). — A mesure que Ton remonte du sud au nord vers les grands États de l'Amérique centrale, vers le Pérou, le Mexique ancien et les États voisins de moindre importance, mais de civilisation équivalente, on trouve une civilisation générale plus avancée, mais aussi des tendances et des institutions esclavagistes, inconnues aussi bien aux Peaux-rouges de l'Amérique septentrionale qu'aux nomades Indiens de la Pampa.
Nous venons de voir les Moxos et les Chiquitos faire des razzias pour se procurer des esclaves à vendre ; les tribus sauvages disséminées autour de l'ancien Mexique ne se conduisaient pas autrement. Certaines volaient les enfants des autres tribus et même, à leur défaut, vendaient les leurs (2) ; d autres étaient franchement esclavagistes. Ainsi les anciens Mayas de Tabasco connaissaient et provoquaient l'esclavage (3). De même, dans la province de Cuba, le prisonnier de guerre devenait l'esclave de son capteur (4). Les Indiens des Pueblos, relativement civilisés, guerroyaient avec une grande cruauté, torturaient les prisonniers mâles et vendaient le plus tôt possible les femmes et les enfants capturés (5). Chez les Pipiles de Salvador, l'esclavage était si bien établi qu'il était en partie juridique ; ainsi l'homme adultère devenait l'esclave du mari outragé par lui (6). 11 semble donc que l'esclavage soit un vice social particulièrement inhérent aux civilisations, barbares encore,, mais pourtant sorties de la sauvagerie primitive . Les raisons en sont évidemment dans le progrès même de l'industrie. A. ce stade social, on ne vit plus seulement dechasse, dépêche^
(1) D'Orbigny. Xoc. cit, 467.
(2) Bancroft. Native Races ofthc Pacific, States I. 510.
(3) Bancroft. Loc. cit. t. I. 161.
(i) Ibid, I. 764.
(5) /6id.II,675.
Letourneau. a
de cannibalisme ; il est diverses occupations jugées nécessaires ou très utiles, comme la culture de certaines plantes, la confection des vêtements, la fabrication de boissons bachiques, etc. dont les hommes profitent, mais qu'ils laissent volontiers aux femmes et aux esclaves. Enfin on a en même temps ridée des échanges commerciaux,à peu près inconnus aux sauvages tout à fait primitifs ; or, l'esclave est une valeur d'échange et Ton épargne assez volontiers les captifs pour en tirer quelque profit. Telle a été l'évolution de l'esclavage dans l'Amérique méridionale et centrale encore sauvages .