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L ESCLAVAGE INDIGÈNE EN AMÈRIOCË

hommes et même la conservèrent en méprisant les hommes, et afin que certaines d'entre elles ne fussent pas plus heureuses que les autres, elles tuèrent ceux de leurs maris, qui étaient restés dans le pays et vengèrent leur mort par la destruction de leurs voisins. Alors, ayant obtenu la paix à la pointe del'épée, elles s'unirent avec leurs plus proches voisins de peur que leur race ne pérît. Elles mettaient à mort tous les garçons qu'elles enfantaient et élevaient leurs filles à leur manière, non pas en les laissant vivre dans Toisiveté ou en les occupant à des ouvrages de laine, mais en les exerçant à manier les armes^ à monter à cheval et à aller à la chasse. Elles leur brûlaient la mamelle droite^ dans leur enfance afin qu'elles ne fussent point embarrassées à bander l'arc et à lancer des flèches . C'est pourquoi elles furent appelées Amazones. » Nombre d'écrivains de l'antiquité, même Hippocrate (1), ont reproduit sans commentaires le fond de cette légende. Certains même ont raconté les conquêtes des Amazones, notamment en Ethiopie. Les preuves, seules, manquent. Personne n'a vu ces Amazones, dont l'existence est toujours reportée dans l'obscurité protohistorique, quoique des médailles aient été frappées en leur honneur (2) . Un fait, plus d'une fois observé, a sans doute engendré celte légende des Amazones. Chez divers peuples, particulièrement chez les peuples nomades, les femmes suivent parfois les hommes sur les champs de bataille et même prennent une certaine part aux combats. De là à supposer l'existence d'armées féminines et d'états féminins, il n'y a qu'un pas facile à franchir. Les Grecs auraient sûrement retrouvé leurs mythiques Amazones dans le royaume du Dahomey, s'ils avaient pu connaître ces intrépides guerrières, qui faisaient la force des petites armées daho-

(!) De Vair, des lieux, de Veau.

(2) P. Petit. Traité hist, sur les Amazones, Leide. 1817.

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raéennes et insultaient celles d'entre elles, qui faiblissaient, en leur disant : « Tu n'es qu'un homme » (1). Que des femmes, convenablement dressées, puissent combattre aussi bien que des hommes, l'histoire et l'ethnographie en fournissent nombre d'exemples. Ce qui n'a jamais été établi par l'observation, c'est l'existence d'Etats uniquement peuplés? de femmes.

Dans nos temps modernes, la légende des Amazones a repris pied. On la reportée ou retrouvée précisément chez les Indiens d'Amérique, dont nous nous occupons en ce moment. Elle avait cours, chez les indigènes, tout le long du fleuve des Amazones, auquel elle a donné son nom. La voici, recueillie de la bouche d'un chef Tupinamba par le père d'Acunha : « Trente-six lieues au-dessous du dernier de nos établissements, se trouve, du côté du nord, une rivière nommée Canaris^ ainsi appelée de la tribu, qui habite ses bords. Derrière les Canaris et en remontant la rivière, on trouve les Apantos, ensuite les Tagnans, puis lesffwacaras. C'est avec ces derniers que les Amazones trafiquent et qu'elles ont des communications, sans lesquelles leur race serait bientôt éteinte. Elles habitent de hautes montagnes, parmi lesquelles s'élève celle qu'on nomme Yacamiaba, toujours battue par les vents et les tempêtes qui la frappent de stérilité. Les femmes guerrières se maintiennent sans le secours des hommes sur ces montagnes escarpées, particulièrement sur la Yacàmiaba . Elles règlent elles-mêmes le temps auquel les Guacaras doivent les visiter. Elles les attendent alors, l'arc et la flèche à la main de peur de surprise ; mais à peine se sont-elles assurées de leurs intentions qu'elles courent en foule aux canots des Guacaras. Là, chacune d'elles saisit un hamac, puis va le suspendre dans sa cabane et se livre ensuite au Guacara auquel appartient le

'1) A. Giraud-Teulon. Orig. du mariage, etc. (1884). p. 310.

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hamac. Après quelques jours de cohabitation^ ces hôtes passagers retournent dans leur pays et, tous les ans à la même époque, le voyage se renouvelle. Les filles, qui naissent de ce commerce, sont nourries par leurs mères, qui les instruisent surtout au travail et au maniement des armes. On ignore ce qu'elles font des mâles. Selon quelques témoignages, elles les donnent aux pères ; d'autres croient, ce qui est plus probable, qu'elles les tuent, au moment de leur naissance (1) ».

Nombre de légendes d'origine asiatique ont cours parmi les Indiens d'Amérique, celle-ci peut être de ce nombre et cela expliquerait sa concordance générale avec la légende hellénique des Amazones. On remarquera que ces Amazones d'Amérique n'ont pas plus été vues que celles de l'antiquité grecque ; qu'elles habitent dans un pays éloigné de celui da narrateur, sur une montagne presque inaccessible. On ne saurait donc prendre l'histoire au sérieux.

Au siècle dernier, quelques passages d'une intéressante relation relative aux Peaux-Rouges, celle du père Lafitau, ont redonné une vie nouvelle à la théorie gynécocratique. Dans certaines tribus peaux-rouges, les femmes auraient exercé une grande influence ; elles auraient eu leurs orateurs, mais des orateurs mâles, dans les Conseils de leurs tribus. Mais de là à posséder le pouvoir politique, le matriarcat, il y a loin ... En effet, d'autres observations plus récentes nous ont appris, que, là où elle existait, la royauté des femmes n'était qu'une royauté de ménagères distribuant et gardant les provisions communes.

La théorie du matriarcat politique semblait bien morte. De récents travaux sur les origines et l'évolution de la famille l'ont ressuscitée. Il est en effet hors de doute, et j'ai eu occasion de l'exposer, il y a quelques années (2), que la

1. Alphonse de Beauchamp. Histoire du Brésil, i. III. 40-41 1815). 'X Ch. Letourneau. Evolution du mariage de la famille.

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famille paternelle, la patriarcat^ tel qu'il existe dans nos sociétés civilisées, n'est que le terme dernier d'une longue évolution. Les sociétés devenues humaines, alors qu'elles ont commencé à réglementer la horde anarchique et bestiale des anthropopithèques, ont vécu d'abord sous le régime du clan familial à promiscuité réglementée. Puis, quand les hommes se sont souciés de filiation, ils ont eu, et pour cause, des familles maternelles, la détermination de la paternité étant fort difficile dans ces associations confuses. Enfiu, et en dernier lieu, à une époque relativement récente, on a institué la famille paternelle.

Mais, môme durant la période de la famille maternelle, la femme n'a exercé aucune domination politique ; tout au plus sa sujétion a-t-elle été un peu moins grande. A de très rares exceptions près, la subordination des femmes aux hommes a été universelle et constante, d'autant plus dure que la sauvagerie était plus grande. Dans les sociétés grossières, on respecte surtout la force ; or, la femme a eu l'irrémissible tort d'être plus faible que son compagnon.

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