I. Les origines de la civilisation mexicaine
Pour la sociologie ethnographique un bien obscur et bien
curieux problème se pose èi propos des civilisations relativement avancées, que les Espagnols, rencontrèrent dans rxVmérique centrale,au nord et au sud de l'isthme de Panama. Sont-elles nées sur place ? Mais il est peu probable que TAmérique ait été un centre de création pour les races humaines ; puisque, ni dans le présent ni dans le passé paléontologique, on n'y trouve de singes anthropomorphes. L'homme américain, même l'homme préhistorique, a donc dû immigrer dans ce que nousappelons le Nouveau-Monde, à une époque extrêmement reculée, quand la conûguralion des continents, la distribution des océans était tout autre que de nos jours, à une époque où les communications entre l'Amérique, d'une part, l'Asie, l'Europe, peut-être même l'Afrique, de l'autre, étaient beaucoup plus faciles qu'aujourd'hui.
Même dans la période moderne, historique, ces communications n'ont pas rencontré d'obstacles insurmontables. Du côté de l'Asie, le détroit de Behring est encore aisément franchi par les barques des Esquimaux; du côté de l'Europe^ les grandes embarcations, souvent plus ou moins pontées,de& Scandinaves ont, sans grande peine, en partant de l'Islande, atteint le Groenland, puis en descendant vers le sud, par une simple navigation de caboteurs, longé le littoral de l'Amérique du Nord. Nous savons qu'au viii® siècle, ils avaient des^ établissements au Groenland. Mais ce que les Scandinaves ont pu faire, pendant les jours sans nuit de Tété arctique, d'autres navigateurs Tout peut être fait avant eux. Enfin^ si la légende de l'Atlantide recouvre quelque fonds de vérité, ce qui est ordinaire pour la plupart des légendes célèbres, l'Afrique septentrionale elle-même, l'Afrique berbère des très anciens jours, aurait pu contribuer à peupler l'Amérique centrale .
En général, les indigènes américains sont mongoloïdes; ceux de l'Amérique méridionale surtout se rattachent nettement au type jaune; mais les Indiens Peaux-Rouges sem-
l'esclavage au Mexique et au Pérou 147
blent bien résulter d'un métissage avec des immigrants de race blanche ; même certaines de leurs tribus, par exemple, celle des Mandans, n'avaient plus rien des races mongoliques. Enfin les plus anciens bas-reliefs mexicains surtout ceux de ITucatan, notamment la célèbre croix de Palenqué, nous représentent un type humain au nez long et busqué, plus que sémitique.
Les vieilles civilisations de l'Amérique centrale peuvent donc être l'œuvre d'immigrants venus de Test ou de l'ouest, mais qui se sont croisés avec les premiers occupants mongoliques ou mongoloïdes. — Au Mexique et dans les pays circomoisins, la dernière civilisation, celle que détruisirent les Espagnols, était représentée par les Aztèques, fortement apparentés à la race peau-rouge et, d'après leurs traditions même, originaires du nord-est. Mais, sur les hauts-plateaux de l'Anabuac, les Aztèques avaient fait irruption au milieu d'une civilisation déjà vieille, fondée par plusieurs flols successifs d'immigrants, notamment par Tes Chichimèques et les Tollèques. Faire la part de ce qui fut l'œuvre de ces diverses populations est à peu près impossible ; le tenter serait d'ailleurs sortir de notre sujet. Nous n'avons, pour le moment, qu'à nous occuper de l'esclavage chez les Aztèques et chez leurs voisins de même race, c'est-à-dire chez les populations nahuas où il peut avoir revêtu une forme hybride, comme la race elle-même.
. II. L'esclavage autour de r ancien Mexique.
Chez tous ces peuples nahuas, on trouve des coutumes analogues à celles des Mexicains aztèques proprement dits ; tous traitaient leurs prisonniers de guerre, avec une extrême cruauté, comme les Peaux-Rouges ; tous aussi avaient des esclaves. Un trait curieux esta noter, chez les nations de Iblhme proprement dit; l'usage des sifflets et des sifflements
148 l'évolution de l'esclwage
était général, comme chez les Mexicains et les Guanches; oa avait même des javelines à manche sifflant. De plus, comme les Mexicains encore, ces Indiens célébraient, lors de lous les événements notables, des danses mimiques, des areitos ou arrêtas (1). Les Tlascaltèques écorchaient vifs leurs premiers prisonniers et se couvraient de leurs peaux poor adorer le dieu de la guerre, exactement comme les Mexicains (2). Les Mosquitos réduisaient ordinairement leurs prisonniers en esclavage, mais auparavant ils avaient soin de leur sectionner le nez (3), sans doute afin de les marquer d'une manière infaillible. Chez les nations de l'isthme, où l'esclavage était commun, puisque tout personnage notable possédait un grand nombre de captifs réduits en esclavage, on se bornait soit à arracher aux esclaves une dent incisive, fsoit h leur tatouer sur un bras ou sur la face la marque de leur propriétaire (4). Autre analogie : dans TYucatan, oii la population servile était nombreuse, on sacrifiait à la mort du roi des centaines d'esclaves dos deux sexes (5), coutume que nous allons tout à l'heure retrouver aussi au Mexique: car les mœurs générales se ressemblaient fort chez les Mayas de rVucatan, du Guatemala, du Nicaragua, et chez les Nahuas. Les traditions yucatèques parlaient bien d'une époque lointaine où Tesclavage était inconnu ; mais, depuis lors il s'était établi et généralisé dans tous les pays mayas. Dans rYucatan, dans le Guatemala, on faisait même un important commerce d'esclaves (6) et il existait, dans ces contrées, toute une législation relative aux esclaves. Ainsi l'on payait au propriétaire le prix d'une femme esclave, avec qui l'on avait eu un commerce intime, ou bien on la rera-l
(1) Bancroft. Native Races, t. I. 774.
(2; Ibid,, t. ï. i3i, t. II. Ch. XIII. (a) Ibld., t. I. 7-23.
(4) Ibid., t. I. 771.
(5) Ibid,, ï. 610.
i(j) Ibid.,J. G49.II.C50.