V. Vue générale sur Vesclavage malais et indochinois
Eq terminant le dernier chapitre je faisais remarquer, que,, dans ces recherches sur les origines et révolution de Tescla^ vage, nous étions arrivés au point où les faits généraux se précisent, où Ton commence à entrevoir quelque chose qui ressemble à une loi d'évolution. L'étude, que nous venons de faire sur l'esclavage chez les mongoloïdes de la Malaisie et deTIndo-Chine, fortifie encore ma remarque. Curieuse au point de vue des détails, cette étude ne fait pourtant que compléter les précédentes. De plus en plus nous nous convainquons que les causes de l'esclavage sont partout les mêmes, que toujours elles dérivent du désir de se décharger sur les faibles, les êtres sans défense et sans protection, des plus fatigantes besognes sociales ; que ces sacrifiés sont, presque invariablement, les femmes et les esclaves, entre lesquels on ne fait pas toujours de différence bien grande .
Quant aux origines, elles se ressemblent aussi, dans tous les pays que nous avons explorés. La grande pourvoyeuse est la guerre ; puis vient, dans les contrées où la vie économique est quelque peu complexe, l'insolvabilité des débiteurs. L'emprunteur s'hypothèque lui-même et souvent avec lui sa femme et ses enfants; carie droit du père de famille est d'abord romain dans la forme. Les femmes, les enfants sont la propriété de l'homme, du père et du mari ; il a le droit de les vendre et ils se confisquent, s'asservissent avec lui. — Enfin l'une des principales origines de Tesclavage, dans les sociétés sorties de la sauvagerie, mais très barbares encore, c'est l'origine juridique. L'esclavage est, dans certains cas, une pénalité.
Relativement à la Malaisie et à l'Indo-Chine, une autre remarque est à faire : c'est que le pouvoir royal étant deve-
2i8 l'évolution de l'esclavage
nu énorme, la masse des sujets répulés libres vil néanmoins dans un état de demi-esclavage. Elle est, en principe, la propriété du monarque, comme la famille privée est celle du père : et ce droit de propriété du maître suprt^me 5^ traduit par de lourdes et de longues corvées, conflsquanl une grande partie de la vie des sujets.
En même temps, etc estmême un précieux correctif, l'arbitraire s'est légalisé, les abus se sont codiflés et du même coup limités. La loi ou la coutume précise les droits du maître et les devoirs de l'esclave ; le bon plaisir est endigué. Ainsi le maître peut, si bon lui semble, châtier, frapper, blesser son esclave ; on lui défend de le tuer, etc. ; or. ces restrictions indiquent que le sens moral se développe, <jue Ton commence à considérer l'esclave comme un homme et non plus tout-à-fait comme un bétail.