‹ L'évolution de l'esclavage dans les diverses races humainesChapitre 93 sur 147 · VI. V évolution servile en Egypte et dans les pays voisins · texte numérisé non relu

VI. V évolution servile en Egypte et dans les pays voisins

Dans ce chapitre, je me suis attaché à rapprocher tous les peuples, de race diverse, qui ont dû concourir à la formation de l'Egypte ancienne et, qui, plus tard, au cours de la longue histoire du royaume des Pharaons, n'ont pas cessé, soit de contribuer à sa civilisation, soit de la subir. Cette méthode comparative, indispensable à nos études, nous a, comme toujours, été fort utile. Grâce à elle, nous avons pu

(1) J. Sibree. Madagascar. 143.

(3) Ihid., 143.

LES PÉRIÉGYPTIENS ET l'ÉGYPTE 273

combler dans une certaine mesure, corriger la pauvreté des documents sociologiques relativement à l'ancienne Egypte ; encore une fois, l'ethnographie est venue au secours de l'histoire. 11 nous est donc maintenant possible de nous représenter les phases principales de l'évolution servile dans l'Egypte et les conlrées connexes, les pays, que Ton peut appeler périégypliens.

Tous ces peuples, Lybiens ou berbères, Egyptiens, Ethiopiens du passé et du présent, ont, en se civilisant plus ou moins, restreint l'esclavage, sans pourtant y renoncer. Ils n'ont plus asservi qu'une partie de leurs prisonniers de guerre, et leurs esclaves, assez peu nombreux, sont devenus surtout des esclaves domestiques à l'usage des grands. C'est à des serfs principalement, que l'on a imposé le travail agricole, tandis que les occupations industrielles étaient le lot des artisans corvéables, souvent à volonté, comme ils le sont encore à Madagascar. Dès lors, on n'avait plus un intérêt majeur à asservir les prisonniers de guerre, aussi est-on redevenu très cruel pour eux ; on les a tués ou mutilés à plaisir comme il arrive encore en Abyssinie.

Le salariat a vraisemblablement succédé au servage. Ainsi, chez les Lybiens modernes, chez les Touareg, la classe servile ne se compose guère que de serfs nombreux et de quelques esclaves ; le salarié y semble encore inconnu.

Dans FEgypte ancienne, la coexistence de l'esclavage, du servage et du salariat met bien en relief l'étroite parenté des trois institutions. La première, l'esclavage, a engendré les deux aulres, qui en sont simplement des formes atténuées. On peut aisément se figurer les phases de cette évolution servile. La guerre a créé l'esclavage et grandement favorisé l'inégalité sociale, l'institution des castes et des classes. D'un côté, du côté du petit nombre, ont rayonné le pouvoir, l'opulence, le prestige ; de l'autre, du côté de la multitude, ont été relégués l'indigence, la faiblesse, l'aban-

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don. Aux privilégiés, la possession d'esclaves, soumis jsaii? contrôle à leurs moindres caprices, avait donné rhabitudt de tyranniser les faibles ; ils n'ont pas eu grand peine à réduire en servage la plèbe, la foule, déjà moralement asservie ou matériellement conquise. Dés lors, Tesclavage proprement dit a cessé d'être nécessaire ; il est devenu surloui un objet de luxe. Mais le gros travail social a éié accompli par les serfs de tout sexe ; car, si une semi-indépendan"a élé accordée aux femmes, elle Ta été surtout aux femmedés classes dirigeantes.

Quant aux artisans, serfs ou esclaves émancipés, l'ancienne servitude n'a fait que s'alléger pour eux. N ayant pour tout moyen d'existence que leurs bras, ils ont dû rester plus ou moins à la discrétion des classes privilégiées, qui, du reste, n'avaient pas cessé de tempérer leur liberté trè> relative par de lourdes corvées obligatoires. Ces misérabW artisans d'Egypte, astreints à de pénibles tâches, maltraités, mal nourris, surveillés, roués de coups, « liés à la moindre faute, comme les lotus des marais », sont des derai-esclaves traînant encore un bout de chaîne, et nous avons rencontré leurs analogues chez les Hovas de Madagascar, ^ou^ retrouverons bien ailleurs cette évolution servile ; mais en Egypte, on la peut contempler dans toute son horreur.

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