‹ L'évolution de l'esclavage dans les diverses races humainesChapitre 92 sur 147 · V. De Vesclavage à Madagascar · texte numérisé non relu

V. De Vesclavage à Madagascar

Pour achever d'étudier l'esclavage chez les populations plus ou moins colorées, qui dans le passé ont pu subir l'influence de l'Egypte ancienne, il me reste à parler des indigènes de Madagascar et plus particulièrement des Hovas, les seuls que nous connaissions suffisamment. Une théorie, qui a cours, mais ne repose point sur une base suffisante, veut que les Hovas soient d'origine malaise ; ils auraient été portés à Madagascar par la mousson soufflant de l'est ? mais il est une contre-mousson, qui souffle de l'ouest, et l'on pourrait tout aussi bien prétendre que cette dernière a conduit les Madécasses en Malaisie. Si l'on veut bien prendre en considération la coutume des monuments mégalithiques, menhirs et dolmens, encore conservée à Madagascar, même et surtout les caractères de race des Hovas, qui par la cou-

(1 Combes et Tamisier. t. III. 147.

(2) A. d*Abbadie. Loc. cit. 8.

leur, la chevelure, les traits du visage différent beaucoup des Malais, on est porté à les rattacher en partie aux Ethiopiens, en partie aux Lybiens de l'antiquité. Il y a donc lieu, pour nous, de les étudier en même temps que les Egyptiens: et les Ethiopiens.

Or, les esclaves des Hovas se divisent en deux grandes catégories ; les esclaves du roi et ceux des particuliers : le< premiers sont, ou Malgaches, ou noirs. Les esclaves royaux, (le race malgache, remplissent dans le palais les fondions de confiance (écuyers, pages, valets de chambre) ; ils ont la liberté d'épouser des femmes libres. Au contraire, les noirs ne peuvent se marier qu'entre eux ou avec dés esclaves appartenant aux particuliers ; mais ils servent, soit dans la garde, soit dans l'armée, où ils peuvent arriver aux plus hauts grades; certains sont officiers du palais; quel- ([ues-uns sont quatorzième honneur ; d'autres ont des era- {)lois civils (1).

Les origines de l'esclavage à Madagascar sont celles que nous connaissons maintenant beaucoup : les esclaves sont ou des prisonniers de guerre, ou des individus condamnés avec leur famille à l'esclavage pour crime ou délit politiques, ou des débiteurs vendus parleurs créanciers, ou enfin des descendants de toutes ces catégories serviles (2). A Madagascar, l'esclavage est très doux ; les vieux esclaves s'appellent <( les pères ou les mères » de la maison ; les jeunes, (( parents, amis » ; quand on a quelque travail à leur demander on ne leur donne pas d'ordres, on les cajole, on les flatte. Souvent les esclaves sont propriétaires ; rarement ils sont maltraités et, parfois, à cause même de leur valeur pécuniaire, ils échappent à la mort. Certains esclaves ont reçu une bonne éducation et même vivent sur un pied d'égalité apparente avec les fils des grands. D'autres occupent des

(1) Dupré. Trois mois à Madagascar. 143. (2> James Sibree. Madagascar, etc. 234.

LES PÉRIÉGYPTIKNS BT l'ÉGYPTE 271

charges de confiance. En résumé, les esclaves sont ordinairement plus heureux que les pauvres de la classe libre (1). C'est seulement depuis Tintroduction du commerce des esclaves dans Tîle, sous l'influence de Tavidilé européenne, que les Malgaches se sont laissés aller k commettre des actes de cruauté sur leurs esclaves (2).

Les Malgaches de condition libre jouissent d'une liberté très-relative ; tous sont plus ou moins asservis au gouvernement royal. Comme en Indo-Chine, comme en Egypte, les Malgaches doivent des corvées en guise d'impôts. Les simples soldats sont même plus à plaindre que les esclaves. En dehors du service militaire, le gouvernement et les chefs féodaux requièrent des services industriels et plus un homme est adroit, plus il est réquisitionné, toujours sans la moindre rémunération {H),

La condition des femmes à Madagascar rappelle fort celle qu'elles semblent avoir eue dans l'ancienne Egypte. Elles ne sont pas méprisées ni jugées inférieures aux hommes ; elles peuvent régner et souvent même des chefs de sexe féminin ont exercé un pouvoir considérable (4) . A la maison la principale occupation des femmes est la fabrication des étoffes, des lambas. Ces étoffes sont lissées et filées à la main ; Tusage du rouet est inconnu ; les fuseaux sont en os ou en écorce de fougères. Le filage^ est la grande occupation et une expression malgache « enfant du fuseau » est synonyme de fille (5).

Au total, les femmes, sans être flattées et même flagornées, comme elles le sont parfois en Europe, dans les classes dirigeantes, ne sont ni maltraitées, ni accablées de

(1) James Sibree. Madagascar^ 135. Dupré. Loc. cit.

(2) Ibid. 179.

(3) Ibld, 220-236.

(À) Ibid. 179.

272 l'évolution de l'escuyage

durs travaux, comme en Indo-Chine et même en Chine.

L'agriculture, notamment la culture du riz guipasse avant toutes les autres, se fait chez les Malgaches, un peu par loul le monde. On procède d'abord par semis, puis par repiquage, comme en Chine et en Indo-Chine, les premiers travaux sont d'ordinaire exécutés par des esclaves ; le propriétaire, sa femme et sa famille se bornent à surveiller (i). Point de charrues ; une bêche à fer très long et très étroit, qui s'enfonce par son propre poids dans le sol détrempé, suffit (2)... — Pour la récolte, tout le monde met la main à la besogne; des familles entières viennent de lavillepour travailler dans leurs propriétés rurales. Enfin, après la moisson, la récolte s'emmagasine dans des silos à la mode africaine (3).

Par bien des traits, ces mœurs, cette répartition du travail, cette liberté relative de la femme, rappellent fort l'Abyssinie et par suite TEgypte ancienne ; en revanche, tout cela s'éloigne très fort des mœurs et coutumes de la Malaisie, d'où l'on s'obstine à faire venir les Hovas.

Page 1