CHAPITRE m
L'AFFAIRE DU CHANTOUNO. — LA QUESTION DE MONGOLIE. — L'AUTONOMIE DU THI- BET
l'affaire du chantoung
IL est probable que le règlement delà question du Chantoung par le traité de Versailles pèsera longtemps siu" les destinées de la politique intérieure chinoise, sans parler des conséquences qu'il pourra avoir pour la Chine dans le domaine de sa politique extérieure.
II faut savoir ce qu'est le Chantoung pour les Chinois. On peut dire du Chantoung qu'il est un raccourci de la Chine tout entière. En effet, tant au
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point de vue géographique et historique qu'au point de vue économique, il est une sorte de microcosme chinois. Il offre comme l'ensemble de la Chine, la plaine et la montagne ; il a une population nombreuse, mais peu riche, une terre assez fertile, mais facilement inondée, dçs richesses minières considérables. /
Son passé survit dans ses vieux monuments. Le Chantoung est le lieu de naissance des deux plus grands sages de la Chine, Confucius et Mencius. Il possède une montagne sacrée, le Taïchan, lieu de pèlerinage fréquenté depuis qu'un Fils du Ciel y sacrifia, longtemps avant notre ère.
« Dès une antiquité fort reculée, écrit le regretté Edouard Chavannes, les Chinois ont attribué une importance toute particulière à cinq montagnes qui correspondent respectivement aux quatre points cardinaux et au centre. Le Taïchan est le pic qui préside à l'est, il est, parmi les cinq pics, celui qui paraît avoir été vénéré le plus anciennement. »
Le Chantoung est traversé de l'ouest à l'est par le Fleuve Jaune, et du nord au sud, par le Grand Canal impérial, construit en 1200, œuvre gigantesque des générations passées.
Au-dessus des plaines cultivées se dressent les montagnes qui recèlent du charbon, du fer, du cuivre,
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de rétain, voire même de l'or. Les gisements carbonifères, prolongement de ceux du Chansi, sont très importants. Enfin le promontoire rocheux du Chantoung qui sépare de la mer Jaune le golfe du Pé- Tchili, plus encore que Port- Arthur au nord, est une situation stratégique de premier ordre.
La population est de 38.350.000 habitants, sur un territoire qui ne dépasse pas le quart de la France ; elle est donc très dense et tout apport d'éléments étrangers ne pourrait pour le moment que gêner les habitants chinois.
Ce qui, outre les mines, donne au Chantoimg trne valeur particulière, c'est la baie de Kiao-Tchéou, ou plus exactement le port de Tsingtao qui la commande.
Durant des siècles, une simple route partait de la baie de Kiao-Tchéou, vers l'ouest en passant par Tsînan-fou ; aujourd'hui Tiingtao est relié par le chemin de fer de Tsinan à la ligne de Tientsln Jottkéou qui mène au nord à Pékin, au sud à Nankin et Shanghaï. On comprend aisément que ce chemin de fer puisse offrir, le cas échéant, un intérêt autre que commercial, puisqu'il permet d'atteindre rapidement de la mer la capitale de la Chine.
Nous avons reproduit l'accord relatif au Chantoung intervenu, en 19x5, entre la Chine et le Japon. Il y
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en eut un deuxième, le 24 septembre 191 8, sous forme d'un échange de notes entre le ministre des Affaires étrangères du Japon et le ministre de Chine accrédité à Tokio. Voici les sept points sur lesquels il porte :
1° Concentration à Tsingtao de toutes les troupes japonaises établies le long de la ligne Tsingtao-Tsinan, sauf un contingent laissé à Tsinan.
2^ Le gouvernement chinois se charge de la garde du chemin de fer Tsingtao-Tsinan et organise des forces de police en conséquence.
30 Le chemin de fer Tsing tao-Tsinan contribuera pour ime somme appropriée à défrayer les dépenses occasionnées par ces forces de police.
4^^ Les Japonais seront utilisés dans les quai tiers généraux de cette police, les stations principales de chemin de fer et les camps de formation des forces de police.
5^^ Les Chinois seront employés au chemin de fer de Tsingtao-Tsinan.
6^ Quant à la détermination de la propriété dudit chemin de fer, on la réglera comme une entreprise mixte sino-japonaise.
70 L'administration civile actuellement en exercice sera retirée.
Le point de vue des délégués chinois à la Confé-
rence de la Paix était que ces accords se trouvaient annulés par Tcntrée en guerre de la Chine aux côtés des Alliés et que, quel qu'ait pu être le droit du Japon d'occuper antérieurement au 14 août 191 7 le territoire cédé à bail à l'Allemagne, ce droit avait cessé d'exister du jour de la déclaration de guerre de la Chine à cette puissance ; enfin que, dès ce moment, l'Allemagne aurait dû rendre elle-même Kiao- Tchéou à l'ancien cédant, c'est-à-dire à la Chine, la convention sino-allemande du 6 mars 1898 étant devenue caduque comme tous les arrangements conclus avec les ptiissances ennemies et les droits et privilèges concédés par la Chine à l'Allemagne n'étant point transférables. Il ne faut pas oublier qu'après que la Chine eût déclaré la guerre à cette puissance, le gouvernement chinois notifia aux ptiissances alliées que tous les traités allemands conclus avec la Chine cessaient d'avoir effet. Par conséquent, tous traités signés entre la Chine et l'Allemagne devenaient nuls et non avenus. Le silence du Japon en cette grande occasion équivalait à consentir que les vingt-et-une demandes de 191 5 ne pouvaient rester effectives.
La thèse japonaise soutenait qu'en droit la situation de Kiao-Tchéou était réglée lorsque la Chine avait déclaré la guerre à l'Allemagne, non plus par la
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convention sino-allemande du 6 mars 1898, mais par les accords sino-japonais du 25 mai 191 5, en vertu desquels le gouvernement japonais devait succéder à tous les droits du gouvernement allemand dans le Chantôung. Le gouvernement chinois,même après la déclaration de guerre à l'Allemagne, avait accepté cette interprétation en échangeant avec le gouvernement japonais certains engagements se rapportant au chemin de fer du Chantôung, le 24 septembre 191 8. Enfin, en équité, le Japon devait recevoir la récompense des sacrifices faits par lui pour délivrer Kiao-Tchéou et chasser les Allemands du Pacifique, alors que la Chine n'y avait contribué en rien (0-
(^) Dans un article de la Revue de Paris, M. Félicien Challaye met au point ce dernier argument dans les termes suivants :
« La prise de Kiao-Tcheou coûte aux Japonais 12 officiers tués, 40 officiers blessés, 1.472 hommes tues ou blessés dans l'armée de terre, 320 officiers et marins tués ou blessés dans l'armée de mer, un croiseur, un contrê-torp illeur, un torpilleur et trois dragueurs do mines coulés. Pendant que se poursuivent ces opérations, la flotte japonaise avec les escadres britannique, australienne et française, poursuit les vaisseaux allemands ; elle contribue à en délivrer le Pacifique ; elle s'empare d'une partie des colonies allemandes du Paci-' fique. Le Japon dépense pour la guerre, pendant les trois
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Pour répondre par avance à cette objection du manque de collaboration militaire de la Chinp au cours de la guerre, la délégation chinoise, dans un des mémoires remis par elle à la Conférence, rappelait les faits suivants qu'on a trop peu remarqués.
« En août 191 4, mentionnait textuellement ce mémoire, ie gouvernement chinois fit coimaître qu'il était prêt à déclarer la guerre à TAllemagne et à prendre part aux opérations dirigées par les Anglo- Japonais contre la garnison allemande de Tsingtao, dans le territoire cédé à bail de Kiao-Tchéou. S*il n'insista pas,c'est qu'il fut avisé que la participation proposée était susceptible de lui créer des « complications avec ime tierce puissance ». Vz
a De nouveau, en novembre 191 5, il exprima le
premières années, 200 millions de yens, — environ 600 millions de francs, — une somme inférieure à celle que dépensait en une semaine la Grande-Bretagne, — remarque la revue anglo-japonaise de Tokio, le New East (septembre 1917). A partir de novembre 1914, le Japon cesse, en fait, de participer militairement à la guerre jusqu'à son intervention de 1918 en Sibérie.» D'autre part, dans une interview de novembre 1919 au Japan Advertiser^ le baron Hayashi lui-même disait : « Quel sacrifice a fait le Japon en vainquant les Allemands au Chantoung ? Si le Japon ne s'était fondé que sur sa victoire, il n'aurait pas gagné autant qu'il a gagné ; ses gains sont basés surtout sur les traités conclus. «
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désir d'entrer en guerre aux côtés des Alliés, mais le gouvernement japonais refusa d'agréer la proposition Enfin, en 191 7, il déclarait la guerre à l'Allemagne et à l'Autriche, le gouvernement japonais ayant levé son opposition dans des circonstances qui sont décrites dans un rapport de M. Kroupensky, ancien ministre de Russie à Pékin — , alors ambassadeur à Tokio, à son gouvernement, en date du 8 février 191 7 et où ce diplomate relate les efforts qu'il a dû faire pour amener le Japon à ne plus s'opposer à ce que la Chine se joignît aux Alliés. »
Malgré tout, la Conférence cédant à la crainte que les Japonais ne suivissent l'exemple des Italiens et ne quittassent brusquement Paris, eux aussi, comme ils eurent soin d'en laisser percer la menace si on ne leur donnait pas pleine et entière satisfaction, surtout après leiu* désistement dans la question (américaine) de l'égalité des races — la Grande-Bretagne et la France s'étant, d'autre part, engagées à soutenir les demandes japonaises se rapportant au Chantoung et aux colonies japonaises situées au nord de l'Equateur, — la Conférence jugea uniquement en droit sur documents diplomatiques, passa outre aux arguments des délégués chinois et inscrivit dans le traité de VerdaiUes, partie IV, section VIII :
Art. 156. — L'Allemagne renonce, en faveur du Japon, à tous ses droits, titres et privilèges concernant notamment le territoire de Kiao-Tchéou, les chemins de fer, les mines et les câbles sous-marins qu'elle a acquis en vertu du traité passé par elle avec la Chine le 6 mars 1898, et de tous autres actes concernant la province du Chantoung.
Tous les droits allemands dans les chemins de fer de Tsingtao à Tsinan-fou, y compris ses embranchements, ensemble ses dépendances de toute nature, gares, magasins, matériel fixe et roulant, mines, établissements et matériel d'exploitation des mines, sont et demeurent acquis au Japon, avec tous les droits et privilèges qui s'y rattachent.
Les câbles sous-marins de l'État allemand de Tsingtao à Shanghaï et de Tsingtao à Tchéfou, avec tous les droits, privilèges et propriétés qui s'y rattachent, restent également acquis au Japon, francs et quittes de toutes charges.
Art. 157. — Les droits mobihers et immobiliers que l'État allemand possède dans le territoire de Kiao- Tchéou, ainsi que tous les droits qu'il pourrait faire valoir par suite de travaux ou aménagements exécutés indirectement, et concernant ce territoire, sont et demeurent acquis au Japon, francs et quittes de toutes charges.
Art. 158. — L'Allemagne remettra au Japon, dans les trois mois qui suivront la mise en vigueiir du traité présent, les archives, registres, plans, titres et documents de toute nature concernant les administrations civile, militaire, financière, judiciaire ou autres du terri-
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otire de Kiao-Tchéou, à quelque endroit qu'ils s© trouvent.
Dans le même délai, l'Allemagne notifiera au Japon tous les traités, arrangements ou contrats concernant les droits, titres ou privilèges visés aux deux articles cidessus.
Le baron Makino, second délégué japonais à la Conférence, déclara de son côté dans xuie interview du 6 mai 191 9 au journal Le Temps « que la politique du Japon consistait à restituer la presqu'île du Chantoung à la Chine en pleine souveraineté, en conservant seulement les privilèges économiques qui avaient été accordés à l'Allemagne, ainsi que le droit d'établir, dans les conditions usuelles, une concession à Tsingtao ; que les propriétaires du chemin de fer, qui devait devenir une entreprise mixte sino-japonaise, n'emploieraient une police spéciale que pour assurer la sécurité du trafic ; que celle-ci ne serait employée à aucun autre usage ; que la force de police serait composée de Chinois et que les instructeurs japonais que les administrateurs du chemin de fer pourraient choisir, seraient nommés par le gouvernement chinois ».
C'est de cette interview, première information écrite qu'il eut sur ce point, que M. Lou Tseng- Tsiang, ministre des Affaires étrangères et chef de
la délégation chinoise, dut déduire, pour a^nsî dire,
la décision qui avait été prise en Conseil des Trois,
plusieurs jours auparavant, au sujet de son pays (^),
Dès le mois de mai, les délégués chinois avaient
(*) M. J. R. Lou Tseng-Tsiang débuta, en 1891, dans la carrière diplomatique comme interprète à la légation de Chine à Petrograd. Ses qualités se précisèrent et son talent se développa rapidement. En 1899, il était désigné comme délégué adjoint à la Conférence de La Haye. En 1906, on le nommait ministre plénipotentiaire en Hollande. L'année suivante, il siégeait à la deuxième Conférence de La- Haye convme premier délégué chinois. En 1911, il était ministre à Petrograd. En 1912, Yuan Chi-Kaï lui confiait le portefeuille des Affaires étrangères et, peu de mois après, il devenait président dn Conseil. La guerre le surprit en mission à Paris d*oii le Président de la République chinoise le rappela d'urgence pour le charger du ministère des Affaires étrangères. En janvier 1919, il arrivait à Paris comme chef de la délégation à la Conférence de la paix, accompagné des quatre autres délégués : MM. Chenting Thomas Wang, V.Wellington Koo, ministre à Washington, Sao-Ke Alfred Sze, ministre à Londres, Sun-Tcheou Wei,ministre à Bruxelles. Pendant son séjour en France, M. Tcheng-Loh, aujourd'hui ministre plénipotentiaire à Paris, fut ministre des Affaires étrangères par intérim. M. Lou Tseng-Tsiang donna sa démission à son retour à Pékin, en 1920. Il est actuellement haut-conseiller diplomatique à la présidence de la République chinoise.
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demandé que la question du Chantoimg restât réservée et ne fût pas réglée dans les termes que stipulait le traité. Cette demande ne fut pas accueillie par le Conseil suprême des Alliés qui désirait que la délégation signât le traité tel qu'il était et ne formulât des réserves qu'ensuite.
Dans la matinée du 28 juin, jour de la signatiure du traité de Versailles, le chef de la délégation se rendit auprès du président de la Conférence pour exposer de nouveau le point de vue chinois. Ce point de vue n'ayant pas été admis, la délégation décida alors de ne point signer le traité et elle ne fut pas présente à Versailles.
Nous donnons pour mémoire deux déclarations de la délégation. Première déclaration :
La délégation chinoise envisage avec regret le règlement proposé par le Conseil des Trois au sujet de la question du Chantoung. La Chine est venue à la Conférence animée d*une confiance absolue dans les principes adoptés par les puissances alliées et associées, comme bases d'une paix mondiale juste et durable. Aussi, grands seront le désappointement et la désillusion du peuple chinois, quand il connaîtra le règlement proposé.
La délégation chinoise croit savoir c[ue la décision du Conseil a été motivée par le fait que la Grande-Bretagne et la France s'étaient engagées, en février et mars 1917,
à soutenir à la Conférence de la Paix le» revendications du Japon tendant à l'obtention des privilèges allemands dans le Chantoung. Cependant, la Chine n'a participé à aucun de ces accords secrets et n'a pas davantage été informée de leur contenu lorsqu'elle a été invitée à se joindre à la guerre contre les puissances centrales. Il semble donc qu'on ait fait des destinées de la Chine un objet de négociation s et de compensations après qu'elle eut définitivement adhéré à la cause des Alliés...
Si le Conseil a fait pleinement droit aux revendications du Japon dans le but de sauver la Ligue des Nations, ainsi qu'on l'a laissé entendre, la Chine aurait, bien entendu, moins de motifs de se plaindre, estimant que c'est un devoir de faire des sacrifices po\ir une caus« aussi noble que la création d'une Ligue des Nations.
La délégation chinoise ne peut cependant s'empêcher de formuler l'avis que le Conseil aurait été mieux inspiré en demandant au Japon d'abandonner des revendications apparemment inspirées par le seul désir d'agrandissement — ce qui eût été plus conforme à l'esprit de la Ligue des Nations, — qu'en demandant à la Chine d'abandonner ce qui lui appartient de droit.
Seconde déclaration :
Le Conseil des Trois a donné au Japon, non seulement plus que n'avait l'Allemagne au Chantoimg,mais aussi plus que le Japon ne réclame de la Chine par les traités de 1915 et les notes de 1918. Le règlement qu'il a proposé semble sanctionner, par exemple, le droit de police sur les chemins de fer du Chantoung, privilejge que les
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Allemands n'ont ni exercé, ni réclamé, et il est à craindre qu'il ne substitue un régime japonais permanent, sous contrôle japonais, à un bail allemand limité à un certain nombre d'années.
On donne au Japon tous les droits allemands sur le chemin de fer de Tsingtao à Tsinan et ses embranchements, et aussi les mines qui se trouvent auprès. On donne au Japon les câbles sous-marins allemands de Tsingtao à Shanghaï, et de Tsingtao à Tchéfou. On donne au Japon tous les droits de propriété publique sur le territoire de Kiao-Tchéou.
Plus la délégation chinoise étudie le règlement proposé, moins elle en comprend la signification et le but.
Le règlement de la question du Chantoimg fut mal accueilli en Chine. « Les puissances de l'Entente, ritalie et le Japon, écrivait naguère encore un publiciste chinois, liées les unes aux autres par des accords secrets, conclus à Tinsu de la Chine et des autres puissances instigatrices de la politique de la « Porte ouverte » et des « Opportunités égales » en Chine j conseillèrent aux délégués chinois de s'adresser à la Société des Nations,qui n'existait pas encore au moment où ce conseil fut donné. Etrange attitude que celle de cette Conférence qui s'arroge le droit de reconstituer les nationalités et les gouvernements sur des bases de paix et de concorde et qui, au lieu de détruire les germes de conflits, contribue à les conserver et à les développer I »
94 l'évolution de la chine Sur tout le territoire chinois et principalement
dans les ports, le mécontentement se traduisit par un boycottage en règle des produits japonais. Le Cabinet dut donner sa démission. D'autre part, pour des raisons de politique intérieure, il est vrai, autant qu'extérieure, le Sénat américain se dressa en masse contre la décision de la Conférence. Cette explosion d'indignation ne tarda pas à se calmer. Quoi qu'il en soit, les délégués chinois refusèrent de signer le traité de paix et exposèrent, le 29 juin, dans le mémorandum qui suit les raisons de leur refus :
Sentant l'injustice du règlement de la question du Ghantoung établi par la Conférence^ la délégation chinoise envoya une protestation formelle au Conseil des premiers miniartres, à la date du 4 mai^ et fît une réserve à la session plénière du 6 mai dernier, sur les clauses des conditions de paix relatives à cette question, qui, prenant ce règlement pour base, ont pour but de transférer les droits allemands dans la province chinoise du Ghantoung au Japon, au heu de les restituer à la Chine, souveraine légitime du territoire et loyale cobeUigérante aux côtés d«s puissances aUiées et associées dans la guerre.
Le règlement annoncé en Chine souleva la protestation de la nation entière, protestation à laquelle 6'est jointe celle des Chinois dans toutes les parties du monde. Vu l'opposition unanime de l'opinion publique^ le gouvernement chinois n'avait d'autre voie à suivre que de
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décliner Facceptation des clauses en question. A cet effet, il instruisit les délégués chinois à Paris, qui, en conséquence, notifièrent au président de la Conférence, le 26 mai dernier, par une communication formelle, qu'ils signeraient le traité de paix avec l'Allemagne sous la réserve faite le 6 mai dernier. Le 28 mai suirantj le secrétaire général de la Conférence accusa réception de la notification et déclara ^ qu'elle avait été transmise aux délégations des principales puissances alliées et associées représentées au Conseil suprême. Depuis ce jour, la délégation chinoise ne reçut mot de la Conférence au sujet de la réserve.
Ce ne lut pas avant le 24 juin courant que la délégation chinoise fut informée par le secrétaire général, de la part du président de la Conférence, que des réserves dans le traité de paix n'étaient pas permises, par suite du manque de précédent, bien qu'il y eût un précédent notable dans le traité de Vienne du 9 juin 1915, qui fut signé par le plénipotentiaire suédois avec une réserve sur trois articles du traité, apposée sous sa signature.
Ce que les délégués chinois proposèrent d'abord de hxt% c'était simpl^nent d'écrire dans le traité, audessus de ieuiv signatures, les mots : « Sous la réserve laite à la session plénière du 6 mai 1919, et relative à la question du Chantoung (articles 156, 157 et 158). »
Quand cette insertion fut refusée, la délégation chinoise proposa de faire de la réserve une annexe au traité. Ceci lui ayant été refusé, elle proposa d'envoyer le matin, au président de la Conférence, avant de se rendre à Versailles, une déclaration écrite séparée, por-