H INE
tant que les plénipotentiaires chinois signeraient le traité avec la réserve faite le 6 mai, destinée à pe^ mettre à la Chine de demander, après la signature du traité, un nouvel examen de la question du Chantoung.
Ceci encore fut refusé, et le refus fut expliqué par le fait que le Conseil suprême avait décidé de n'admettre aucune réserve d'aucun genre, pi dans le texte du traité, ni en dehors du texte, avant qu'il fût signé, mais que la délégation pourrait lui envoyer une déclaration après sa signature. Comme la validité d'une déclaration faite après la signature du traité aurait été douteuse, la délégation insista sur le droit d*en faire une par avance, mais par déférence pour la décision du Conseil de n'admettre aucune réserve, elle proposa une autre modification de la rédaction, en ce sens que la signature du traité par les plénipotentiaires chinois ne pût être interprétée comme empêchant la Chine de demander, à un moment approprié, un nouvel examen de la question du Chantoung. Cette proposition, à la surprise de la délégation, fut encore refusée.
Après avoir échoué dans toutes ces tentatives sérieuses de conciliation, et ayant vu rejeter tout compromis honorable, la délégation chinoise n'avait d'autre voie ouverte à elle que de faire son devoir vis-à-vis de Son pays. Plutôt que d'accepter par sa signature les articles 156, 157 et 158 du traité, contre lesquels se heurtait son sentiment de droit et de justice, elle s'abstint de signer le traité tout entier.
Les plénipotentiaires chinois regrettent d'avoir eu à suivre la voie qui semble porter atteinte à la solidarité des puissances alliées et associées ; mais ils ont cepen-
l'affaire du chantoung 97
dans la ferme conviction que la responsabilité de cet acte ne retombe pas sur eux-mêmes, qui n'avaient pas d'autre voie honorable à suivre, mais plutôt sur ceux qui les ont injustement et sans nécessité privés du droit de faire une réserve pour se sauvegarder contre toute interprétation qui pourrait empêcher la Chine de demander, à un moment approprié futur, un nouvel examen de la question du Chantoung, dans l'espoir que l'injustice faite à la Chine puisse être réparée plus tard, dans l'intérêt de la paix permanente en Extrême-Orient. La Conférence de la Paix ayant dénié de rendre justice à la Chine dans le règlement de la question du Chantoung, et ayant par ce fait empêché aujourd'hui de signer le traité sans sacrifier le sentiment de droit, de justice et de devoir patriotique, les délégués chinois soumettent leur cas au jugement impartial du monde.
Le 19 janvier 1920, le ministre du Japon à Pékin notifiait au gouvernement chinois qu'en conformité du traité de paix, le Japon était prêt à négocier directement avec la Chine au sujet du Chantoung. Dans le Cabinet même de Pékin, les ministres furent partagés sur la réponse à faire. Ceux qui penchaient vers la négociation directe avec Tokio faisaient remarquer que si la Chine a refusé de signer le traité de paix, il n'en reste pas moins que ce traité est entré en vigueur et que les clauses concernant le Chantoung sont par le fait effectives. La Chine se sent-elle assez puissante pour les faire annuler? Croit-elle,
DUBOSCQ 7
d'autre part, que le Japon va abandonner le Chantoung de son plein gré? N*est-il pas plus probable qu'il va continuer son Occupation et qu'il profitera d'une occasion qui ne manquera pas de se présenter, pour rendre perpétuelle sa possession comme il l'a fait pour la Corée?...
Telle était la première thèse.
Les membres du Cabinet qm soutenaient la seconde disaient qu'il serait pour le moins puéril et illogique de négocier avec le Japon, qui fonde ses demandes sur les clauses d'un traité que la Chine a refusé de signer. Les droits, titres et privilèges qu'aux termes des articles 156 et suivants du traité de Versailles, le Japon reçoit de l'Allemagne au Chantoung constituent la main-mise du Japon sur cette province. A quoi bon ouvrir des négociations et s'attirer le ressentiment de la nation pour arriver à pareil résultat ? Mieux vaut se réserver de porter un jour l'affaire devant le tribunal de la Société des Nations.
Telle était la seconde thèse. Nous ne la trouvions pas sans péril pour la Chine, d'autant' que nous savions que le budget dressé par le ministre de la guerre japonais pour être présenté à la Diète conter nait, comme dépense ordinaire,une demande de crédits pour l'occupation militaire du Chantoung. Pouri
l'affaire du chantoung 99
ia première fois, cette dépense était explicitement mentionnée, comme si elle était destinée à devenir normale. Il nous semblait, d'autre part, que le Japon se trouverait fort ^êné s'il devait maintenir le statu quo, à cause du boycottage dont il était l'objet, qui lui enlevait lé bénéfice de son occupation. C'était pour lui une considération qui pouvait l'amener à prendre ime attitude plus souple et à modifier les bases de la négociation qu'il proposait. Des conversations officieuses entre Chinois et Japonais pouvaient peut-être opérer ce changement et préparer une rencontre officielle.
Au lieu de cela, des télégrammes de Chine annonçaient à la fin du mois de mai 1920 que décidément le gouvernement de Pékin renonçait à toute négociation directe sur la base du traité de Versailles et en avait avisé le ministre du Japon à Pékin, M. Obata.
Cependant, trois notes étaient, échangées en juin entre Pékin et Tokio. Oii y remarquait de la part de Tokio une certaine tendance à la modération. Le Japon se disait prêt « à organiser promptement des forces de police pour remplacer les troupes japonaises gardant le chemin de fer, même avant que raccord fût conclu », ce que rien ne laissait entendre jusque-là. Cette offre du Japon ne dépendait donc pas de l'ouverture des négociations au sujet de Kaao-
♦v Tchéou ; on pouvait y voir comme une détente 1 de l'intransigeance japonaise et cela était de bon augure.
Malgré tout, un an se passa dans le statu quo. Mais au début de juin 1921, lorsqu'il fut question de la Conférence impériale de Londres où serait examinée la politique générale de l'empire britannique, y compris le sort du traité anglo-japonais qui tout d'abord devait y être réglé, on entendit dire que depuis plusieurs mois des conversations officieiises avaient été ébauchées entre Pékin et Tokio au sujet de ce règlement et que le Japon avait décidé de retirer ses forces de police du chemin de fer du Chantoung. En même temps un télégramme de Pékin parvenait à la légation de Chine à Paris, informant que « dès que le Japon aurait remis Tsingtao à la Chine, celle-ci mettrait à exécution l'intention qu'elle avait toujours marquée de faire de Tsingtao un port ouvert ». D'après des informations venues de Tokio, au moment ou nous écrivons, des négociations officielles entre les deux pays seraient sur le point de s'ouvrir. (^)
(^) Depuis que ces lignes ont été composées, le Japon a soumis à la Chine, le 7 septembre exactement, un projet de règlement de l'affaire du Chantoung que le gouvernement de Pékin n'estima pas satisfaisant et n'ac-