‹ L'évolution de la Chine: politique et tendancesChapitre 34 sur 37 · REFORME DE L'ENSEIGNEMENT X · texte numérisé non relu

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naguère que l'histoire de la Chine et la littérature classique. Dans les principales villes du Céleste Emdire des examens littéraires avaient lieu chaque année^dont les lauréats fournissaient à l'État la plupart des hauts fonctionnaires, les mandarins « pères et mères du peuple 2>. Les candidats, dans de petites cellules, et sous de petites tentes dressées dans le « camp des examens d, passaient trois jours dans les tortures de la composition littéraire.

de chercher à mettre notre pays dans un nouvel état' en Id débarrassant de toutes les mauvaises habitudes qu'il a contractées depuis de nombreuses années... Puisque chacun de nous a l'idée de réformer notre Chine^ qu'il s'applique vite à en trouver les moyens.

« Vous allez, Messiem'Sj demander sur quoi seront fondées nos réformes et sur quoi elles porteront. A mon humble avis, je pense qu'il sera nécessaire de prendre les résolutions suivantes :

K Comme vous le savez, Messieurs, une nation doit sa force k, son peuple.En conséquence pour que le peuple de notre Chine se développe magnifiquement, les mesures essentielles à prendre seront de rénover ses coutumes et de cultiver son intelligence... Nous devons guider les arts et les sciences dems le vrai chemin en examinant d'abord les différentes sciences des cinq grands continents et en choisissant ensuite les meilleures, dans le but d'améliorer,, grâce au progrès, nos conditions d'existence. »

En 1908, l'impératrice douairière créa des écoles et une Université à Pékin, dont les programmes devaient s'inspirer de ceux d'Occident. L'effort fut louable et considérable, toutefois le manque de maîtres poussa les jeunes Chinois d'abord vers les écoles du Japon ; ensuite, quand les États-Unis curent décidé de consacrer le montant de l'indemnité que leur payait la Chine depuis l'affaire des Boxers de 1900 à l'enseignement des Chinois, et construisirent aux environs de Pékin un important collège, de nombreux étudiants allèrent en Amérique.

D'autres enfin se rendirent en Angleterre et en France.

Aucim doute que parmi les jeunes Chinois qui étudieront soit dans nos lycées, soit dans nos facultés, il ne s'en trouve qui plus tard joueront dans leur pays un rôle considérable. Il est clair que ces hommes nouveaux, instruits chez nous, connaissant notre pays, imbus de nos idées, auront en Chine une influence qui nous sera favorable. Faut-il encore que les jeimes gens qui nous arrivent de Chine remplissent certaines conditions indispensables, à notre avis.

Il faut tout d'abord ou bien qu'ils aient terminé leurs études chinoises, c'est-à-dire qu'ils aient reçu cette formation littéraire sans laquelle un Chinois, eût-il tous les diplômes de nos facultés, sera toujours

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tenu à l'écart par ses compatriotes des classes élevées ou bien soient mis en état, en France même, d'achever les études, qu'ils auront commencées dans leur pays. Les jeunes Chinois qui parlent couramment une langue étrangère et sont incapables de lire un joiuTial chinois et de rédiger en chinois, se voient souvent mal récompensés de leurs efforts à leur retour ; ils s'aigrissent, se déclarent trompés, font des déclassés et des ennemis du pays qui les a instruits. Le programme de l'imiversité chinoise qui s'est ouverte à Lyon a très heureusement paré à ce gros inconvénient par des cours de professeurs chinois alternant avec ceux des professeurs français. L'idée est judicieuse et neuve ; dans aucun pays encore on ne l'avait eue.

.Passons à la deuxième condition.

Il faut que les jeunes voyageurs aient reçu avant leur départ une initiation suffisante à notre langue, qu'ils soient capables de suivre les cours, autrement c'est poiu* de longs mois la tristesse et peut-être le découragement. Pourquoi découronner nos écoles de Chine de leurs meilleurs sujets — car ce sont les seuls dont nous devions souhaiter l'arrivée — avant qu'ils soient vraiment capables de profiter de notre enseignement en France? Ces écoles peuvent parfaitement les préparer jusqu'au moment où ils seront

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en état de recevoir un enseignement relativement élevé. A quoi bon les en enlever poxir leur apprendre ici le français ou ne leur donner qu'une instruction primaire ?

. Troisième condition. Des ressources suffisantes doivent être assurées à ces étudiants. Qu'ils s'en tiennent à l'enseignement qu'ils recevront à l'Université de Lyon ou que de là, ils passent dans nos grandes écoles et dans nos diverses facultés aux* quelles cette université les aura préparés, il est indispensable que pendant leur séjour à Lyon autant qu'après, ils disposent d'un budget honorable, «non l'on s'imagine aisément quelles seront leurs réflexions et celles de leurs familles. (Une fâcheiise et très pénible expérience a déjà été faite à ce sujet.) Il importe que ce point soit sérieusement envisagé par qui de droit et que l'on trouve le moyen le plus pratique en même temps que le plus libéral d'entretenir en France tout sujet chinois vraiment apte aux études et,si possible, quelle que soit la situation de fortune de sa famille.

Enfin, quatrième condition et non la moins importante : une sélection doit être faite en Chine parmi les jetmes gens désireux de s'instruire en France. Cette sélection doit porter non seulement sur les aptitudes intellectuelles de chaque candidat, maisj

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dans la mesure où on le peut, sur sa moralité. Nous entendons par là qu'étant donné le nombre considérable de ces étudiants, nous devons savoir qui sont ces jeunes hommes qui habiteront sur notre sol, afin qu'il ne se glisse pas parmi eux d'indésirables. La sélection doit se faire à la fois par les autorités chinoises et les autorités françaises qui devront s'enquérir de l'esprit et des antécédents des candidats. Dans une entreprise d'émigration de jeunes intellectuels telle que celle-ci, deux organismes administratifs officiels doivent se tenir aux deux pôles. Un organisme émetteur et un organisme récepteur en relation constante et étroite l'un avec l'autre doivent assumer la responsabilité de leurs choix. Mieux vaut ici, du reste, la qualité que la quantité.

En résumé, pour éviter toute surprise désagréable, pour ne pas aller à l'encontre du but que l'on poursuit de part et d'autre, il est de toute nécessité de s'assurer, dès le principe, que les Chinois qui viendront en France seront dans les conditions voulues pour y séjourner, pour profiter de leur séjoxu: et pour acquérir plus tard une certaine influence en Chine grâce à leurs diplômes. C'est seulement ainsi que l'œuvre entreprise sera vraiment belle et utile et fera honneur à ses promoteurs français et chinois.

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En Chine même, un eflfort intéressant a été fait par nous. A côté des institutions créées par les Américains, les Anglais et les Allemands, les Français ont créé des écoles dans bien des villes. Shanghaï, centre actif d'affaires et d'idées, a vu naître un collège français qui est devenu important, une Université, r « Aurore », due à l'initiative des Jésuites, mais dont le diplôme de fin d'études a reçu de notre gouvernement l'équivalence de notre baccalauréat ;- enfin, cette année y a été inauguré « l'Institut franco-chinois d'Industrie et de Commerce » dans l'ancienne Ecole d'ingénieurs allemande qui nous fut "^allouée par le traité de Versailles.

Pékin, Tientsin, Nankin, Hankéou, Canton, les provinces de l'ouest comptent également des écoles françaises. A Tchengtou, ville principale du Seutchouen, nous avons ime école de médecine. En somme, sur tout le territoire chinois, des maîtres français instruisent des milliers d'enfants et de jeunes gens ; mais il faut tendre à instruire les fils des classes élevées de la société autant que ceux du peuple, car c'est principalement parmi les premiers que se recruteront les hommes qui assumeront un jour la lourde tâche de conduire les destinées de lanation.

Il est incontestable que le goût des études occi-

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dentales, et en particulier des sciences positives et appliquées, croît de jour en jour parmi les Chinois. Un moyen pratique de s'en rendre compte est de considérer le progrès qu'a fait en peu d'années la « Commercial Press », maison d'édition de Shanghaï qui occupe à présent plus de mille employés. Cette maison publie des manuels chinois d'histoire universelle, de géographie, de mathématiques, toutes matières négligées autrefois par les Célestes, des livres de lecture et des classiques étrangers. Nous y avons vu une centaine de traducteurs constamment à l'œuvre. On y cherche des signes idéographiques qui correspondent aux termes spéciaux et techniques des arts et des sciences.

Il faut avouer que la langue idéographique ne facilite pas la tâche des étudiants. Sans doute, cette langue écrite, universellement comprise sur le territoiie chinois, fut de tout temps un moyen excellent pour unir la population de l'immense territoire et lier les unes aux autres les générations qui depuis des décades de siècles s'y succèdent ; mais il faut y adapter les connaissances nouvelles que Confucius n'avait pas prévues. A côté de cette langue écrite, bloc de granit — un Chinois dirait de jade — qui n'a pour ainsi dire pas été ébréché, qui n'a pas bougé depuis tant de siècles, il existe une langue

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parlée, plus flexible, qiii a subi peu à peu des modificatioas sensibles et qui se plie davantage aux apports des langues étrangères. Parmi les partisans des réformes qui proclament l'instruction obligatoire, certains préconisent l'emploi de cette langue dans les livres, mais ils se heurtent à ime résistance que le temps seul pourra réduire. D'autres, et ce sont les plus nombreux, cherchent à écourter l'intervalle qui sépare les deux langues* Parmi ceux-ci, M, Liang Chi-Chao, ancien ministre, est le premier. Son action comme éducateur de la jeunesse des écoles est considérable, et la Chine, à ce point de vue, lui doit déjà beaucoup.

Une mention toute spéciale est due à l'Université gouvernementale de Pékin, lorsqu'on parle de la réforme de l'enseignement. Grâce au zèle et à l'esprit de progrès de son recteur, M. Tsaï Yuan-Pei, l'Université de Pékin a récemment développé son programme d'études d'une manière tout à fait remarquable. En même temps les locaiix de Valma mater chinoise ont été notablement agrandis. Le nombre de jeimes gens qui y suivent des cours de professeurs chinois et étrangers augmente sans cesse. D'après une statistique du ministère de l'Instruction publique datant de l'été de 191 7, la Chine possédait h cette époque 120.74^0 écoles et environ 10 millions

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