DÉFINITION DE LA FOI DANS L'ÉCRITURE
Les Pères, afin d'établir que non seulement l'on peut, mais l'on doit appuyer sa foi sur des preuves, avaient recours, en général, à deux textes du Nouveau Testament, dont il est utile de préciser le sens exact.
C'est d'abord cette définition ou plutôt cette description de la foi que nous trouvons au chapitre xi de VEpître aux Hébreux : « Fides sperandarum substantia rerum, argumentum non apparentium. » Substantia, argumentum ; mots bien scolastiques ; ils ne le sont qu'en latin ; voici la traduction sur le grec (upostasis ; elegkos). « La foi est une ferme attente^ des choses que l'on espère, une conviction de celles qu'on ne voit pas » ; d'après d'autres : « une preuve de celles qu'on ne voit pas », c'est-à-dire que la foi nous donne, comme nous donnerait une preuve, la certitude de l'invisible. En tout cas, il s'agit là, non des preuves de la foi, mais de la foi équivalant à une preuve.
Bien plus considérable est la différence de sens entre le texte grec « logikén latreian » et le « rationabile obsequium » du chapitre XII de l'Épître aux Romains, texte qui n'a jamais cessé et ne cessera sans doute jamais de se prêter à l'édifiant contresens : il faut que notre foi soit une obéissance raisonnable, c'està-dire fondée sur des motifs rationnels, justifiée par l'intelligence. Or voici la traduction véritable et' le contexte qui l'explique: ce Frères, je vous exhorte à offrir vos corps comme un sacrifice
I. L' « assurance », comme au verset i4 du chap. m. Les Pères ont plutôt traduit par essence, réalité : la foi rend réelles pour nous les choses espérées, comme si elles étaient présentes.
2i6 l'évolution de la foi catholique
vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera votre culte raisonnable. » La « logikê latreia » est opposée ici au culte charnel des Juifs et des Gentils et correspond aux « victimes spirituelles » dont parle saint Pierre (i Petr., II, 5) ; en tous cas, il ne s'agit pas, dans ce passage, de la foi, mais de la mortification de nos passions.