‹ L'évolution de la foi CatholiqueChapitre 144 sur 164 · MONTAIGNE ET HUET · texte numérisé non relu

MONTAIGNE ET HUET

Montaigne (i533 à iSga). — « Pour juger des apparences que nous recevons des subjects, il nous fauldroit un instrument judicatoire; pour vérifier cet instrument, il nous y fault de la démonstration ; pour vérifier la démonstration, un instrument : nous voylà au rouet... Finalement, il n'y a aulcune constante existence, ny de nostre estre, ny de celuy des objects ; et nous, et notre jugement, et toutes choses mortelles vont coulant et roulant sans cesse : ainsin, il ne se peult establir rien de certain de l'un à l'aultre, et le jugeant et le jugé estant en continuelle mutation et bransle. »

u La première repréhension qu'on faict de son ouvrage*, c'est que les chrestiens se font tort de vouloir appuyer leur créance par des raisons humaines, qui ne se conceoit que par foy, et par une inspiration particulière de la grâce divine. En cette objection, il semble qu'il y ayt quelque zèle de pieté ; et, à cette cause, nous faut-il, avecques autant plus de doulceur et de respect, essayer de satisfaire à ceulx qui la mettent en avant. Ce serait mieulx la charge d'un homme versé en la théologie que de moy qui n'y sçais rien : toutefois je juge ainsi, qu'à une chose si divine et si haultaine, et surpassant de si loing l'humaine intelligence, comme est cette Vérité de laquelle il a pieu à la bonté de Dieu nous esclairer, il est bien besoing qu'il nous preste encore son secours, d'une faveur extraordinaire et privilégiée, pour la pouvoir concevoir et loger en nous; et ne crois pas que les moyens purement humains en soient aulcunement capables ; et, s'ils l'estoient, tant d'âmes rares et excellentes et si abondamment garnies de

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